
Une canicule précoce d’une intensité inédite. Le risque de pénurie d’eau annoncé depuis des années. Ou encore, plus localement, l’énorme danger du projet E-CHO à Lacq qui menace l’ensemble de la forêt pyrénéenne… Stopper de tels projets destructeurs et s’adapter au dérèglement climatique. Il n’existe pas de plan B.
Le fort coup d’Enbata vient de faire chuter la température de plus de douze degrés, clôturant en cette mi-juillet une canicule d’une précocité, d’une longueur et d’une intensité inédites. Il produit cet effet secondaire d’emporter avec lui mon immense fatigue pour ne plus laisser place qu’à de la colère mêlée d’incrédulité. Colère d’une telle impréparation de la part de nos politiques publiques alors que les scientifiques nous alertent depuis tant d’années sur le dérèglement climatique et l’intensité accrue des phénomènes dits exceptionnels.
Villes fournaises, logements inadaptés, hôpitaux en galère, écoles invivables, infrastructures électriques défaillantes, transports en train paralysés… la liste de tous les secteurs en crise est longue. On a vu des scènes de gens s’écharpant pour acheter un climatiseur, imaginons trente secondes ce qui adviendra quand ce sera pour de l’eau si on laisse la débrouille individuelle pallier le manque d’adaptation collective. Car c’est bien cela la suite annoncée depuis des années : la pénurie d’eau.
« Quand les rails fondent, les ailes prennent le relais »
On ne pourra plus dire sans vergogne comme Monsieur Macron : « On ne s’adapte pas à un pic » qui n’a « jamais eu d’équivalent dans notre histoire ». Nous sommes dorénavant en insécurité climatique. On sait bien que les canicules vont recommencer avec leur lot de désastres humains et environnementaux, de sécheresse et d’incendies. Et on sait déjà que les suivantes feront apparaître celle de l’été 2026 comme un été clément. Alors, qu’allons-nous faire maintenant ?
On ne pourra pas s’adapter si le dérèglement climatique devient trop important, et la réduction des émissions de gaz à effet de serre est un enjeu vital. Ce n’est d’ailleurs pas gagné. Un seul petit exemple : en pleine canicule, l’aéroport de Limoges a lancé cette opération de communication d’un cynisme débridé pour inciter à prendre l’avion : « Quand les rails fondent, les ailes prennent le relais ».
Mais même si on parvient à limiter drastiquement nos émissions de CO2, la mécanique du dérèglement est lancée, et il faut s’adapter. Et anticiper notamment le partage de l’eau.
Débattre largement du partage de l’eau
Il existe déjà des outils de gestion des cours d’eau, de leurs bassins et des zones humides (Comités de bassins, Commission locale de l’eau) qui ont une gouvernance locale et qui ont édicté des règles à respecter pour préserver la ressource en eau et organiser son partage en cas de pénurie. Mais ces instances sont inconnues du public. La gestion de l’eau concerne cependant tout le monde : avec la fin de l’abondance de cette ressource, qui pourra l’utiliser, en quelle quantité et pour en faire quoi ? Comment éviter l’appropriation pour au contraire privilégier un partage réfléchi, accepté, visant l’intérêt général et non des intérêts particuliers ? Ce débat mériterait d’être élargi à l’ensemble de notre territoire et popularisé. L’adaptation sera collective, comprise et acceptée, ou elle ne sera pas.
Détruire la forêt pour faire voler des avions, vraiment ?
Mais cette résilience passe aussi par la volonté politique locale de s’attaquer à toutes les sources de pollution de l’eau qui la rendent impropre à son utilisation. Elle passe aussi par la volonté de stopper des projets destructeurs. Sur ce dernier point, les dérogations souvent brandies pour développer des projets et rogner sur les zones humides ne devraient plus être une option envisageable.
« Même si on parvient à limiter drastiquement nos émissions de CO2, la mécanique du dérèglement est lancée, et il faut s’adapter. Et anticiper notamment le partage de l’eau. »
La préservation de nos forêts est également essentielle. Elle permet de stocker le carbone et de limiter ainsi le dérèglement climatique, mais aussi de maintenir de l’humidité et de générer des pluies. Mais là encore, un danger immense contre lequel il va falloir mener bataille localement menace la forêt pyrénéenne avec le projet E-CHO de Lacq qui vient d’être déclaré « Projet d’intérêt national majeur ». Ce projet vise à fabriquer du kérosène en utilisant la ressource en bois de nos forêts. Détruire la forêt pour faire voler les avions, on croit rêver, ou plutôt cauchemarder… Mais comme évoqué plus haut au sujet de l’aéroport de Limoges, tout le monde n’a pas encore pris la mesure de ce qui nous arrive. Je regarde les prévisions météo : « Aucun risque de pluie ». Cette formulation usuelle me ramène brutalement quelques années en arrière, quand l’été était synonyme d’insouciance et le beau temps sec espéré pour profiter de loisirs et de vacances. Mais aujourd’hui… Ne serait-ce pas plus réaliste de nous alerter par un « Aucun espoir de pluie » ?

La pluie, la pluie, tout le monde la réclame quand on atteint des températures au-delà du supportable.
La peur de la guerre de l’eau.
L’eau ne devrait pas manquer si elle était bien Politiquement gérée, mais hélas, trois fois hélas…..
Les romains à l’époque géraient bien, les constructions d’aqueducs étaient bien profitables, qu’attendent les politiques publiques ? Les sources ne sont pas taries, dans les profondeurs de la terre l’eau coule en abondance mais celle-ci est préservée pour les riches et ultras riches sûrement. On nous restreint l’eau pour arroser nos jardins qui nous nourrissent alors que certains agriculteurs arrosent les champs de maïs et autres à 14H de l’après-midi en plein pic de canicule.
Tout ce qui doit être fait dans le bon sens est actuellement banni, le monde politique tourne en sens inverse, c’est comme cela qu’une société s’enlise et disparaît…..
L’eau des profondeurs de la terre se tarit aussi malheureusement, car on la pompe excessivement, entre autre pour de l’irrigation mal pensée. On la pompe tellement qu’à force de prélever dans les aquifères le sol se tasse en profondeur, de manière extrême en Iran, en Inde ou dans le sud de l’Espagne, mais dans beaucoup d’autres regions aussi, et une fois tassé il ne peut plus contenir autant d’eau qu’avant.
En Pays Basque Nord le problème est en quelque-sorte pire, car comme la plupart des regions de piémont nous n’avons pas d’aquifère, toute notre eau ne provient que de la pluie, et nous fonctionnons toujours comme s’il pleuvait régulièrement toute l’année. Ce n’est plus le cas, c’est pour cela qu’autant de sources en montagne se sont taries en 2022 puis de nouveau cet été. Plus on traîne à s’adapter plus cela va nous coûter cher.
La question de la gouvernance de l’eau est une question non résolue, selon mon expérience personnelle empirique (comité de bassin, régies des eaux, comité départemental de l’eau, police de l’environnement, loi d’urgence agricole, etc.). Le non arbitrage des conflits d’usage au bon niveau augmente régulièrement la probabilité de « guerres de l’eau ». Pourtant de grands pays désertiques ou assimilés ont déjà en place le partage de l’eau. Même si le contexte socio-culturel freine toute comparaison, n’est-ce pas malgré tout une source d’inspiration.