
Au programme d’Eusko Eguna, Climatø, « show-conférence écolo » de Mathieu Duméry. Alors qu’informer sur le climat ou la biodiversité ne suffit pas toujours à mobiliser -et est même susceptible de produire l’effet inverse-, l’humour peut permettre de créer du lien et de donner envie d’agir. Un spectacle qui interroge aussi nos pratiques militantes.
Iban Grossier

Face à la crise climatique, une question traverse aujourd’hui tous les milieux militants : comment faire passer à l’action, transformer l’inquiétude en mouvement, plutôt qu’en sidération ? À rebours des discours culpabilisants ou fatalistes, l’humour s’impose peu à peu comme un outil à part entière.
C’est le pari que défend Mathieu Duméry depuis plus de dix ans. D’abord à travers la chaîne Youtube Feuillage, puis avec la co-animation de l’émission C’est Toujours Pas Sorcier sur France 4, et aujourd’hui sur scène. Non pas rire pour détourner le regard, mais rire pour mieux l’ouvrir. Car parler climat, biodiversité ou effondrement ne suffit pas toujours à mobiliser. Pire, cela peut produire l’effet inverse. « Beaucoup de gens se retrouvent comme des lapins dans les phares » : informés, mais tétanisés.
L’humour agit alors comme un déverrouillage. Une manière d’entrer dans des sujets complexes sans se fermer d’emblée. « Personne ne dit qu’il n’aime pas rire. L’humour est un langage commun. » En créant une accroche, il permet d’élargir l’audience au-delà des convaincus. Là où les discours frontaux rebutent, il attire, capte, puis amène vers des enjeux que beaucoup évitaient jusque-là.
Sortir de l’écologie punitive
Mais l’enjeu va plus loin. Il s’agit aussi de rompre avec une écologie perçue comme austère, culpabilisante. Pendant des années, les discours dominants ont installé un imaginaire sombre. À force, ils produisent l’inverse de ce qu’ils cherchent : découragement, retrait, et cette éco-anxiété qui paralyse plus qu’elle ne mobilise. « Quand on ne voit que le mur, on finit par ne plus avancer. »
Rire ne nie en rien la gravité de la situation. Il permet de la rendre partageable, d’introduire de la respiration dans des récits saturés d’urgence, de recréer du lien là où la peur isole. En cela, il devient un levier d’engagement.
Cette approche n’a pas toujours fait consensus. Certains y voient une légèreté déplacée. Pourtant, l’enjeu n’est pas de remplacer les autres formes d’action, mais de les compléter. « C’est un combat pluriel. Nous sommes des artistes. On utilise notre savoir-faire en complément du travail des associations, des scientifiques, des politiques. Il y a autant de manières de convaincre que de gens à convaincre. » Mathieu évoque le végétarisme. Cause animale, santé, climat : trois chemins pour une même pratique. Convaincre suppose de toucher la bonne corde.
Comprendre en riant, agir ensemble
C’est dans cet esprit que s’inscrit Climatø, présenté à Eusko Eguna. Entre récit scientifique, approche ludique et interactions avec le public, le spectacle propose une traversée du climat, de ses origines à ses bouleversements contemporains. Pas un cours magistral, mais une narration vivante, nourrie d’anecdotes et d’histoires scientifiques. Un quiz traverse le spectacle et implique le public. On teste ses connaissances, on rit de ses erreurs et on retient l’essentiel sans s’en apercevoir.
Et surtout, il rappelle une chose essentielle : le climat n’est pas un sujet isolé. C’est un fil que l’on tire et qui entraîne tout le reste. Énergie, biodiversité, numérique, alimentation : tout est lié. Comprendre ce système, c’est déjà sortir d’une vision morcelée et fataliste. Et peut-être retrouver une capacité d’action.
À l’heure où l’ampleur des bouleversements donne le vertige, l’approche par l’humour interroge nos stratégies militantes. Comment mobiliser sans accabler, dire la gravité sans produire de la paralysie ? Peut-être en acceptant que la légèreté soit une alliée. Non pour minimiser l’urgence, mais pour transformer nos manières d’en parler, sortir du face-à-face entre catastrophisme et déni en ouvrant de nouvelles perspectives.
L’approche par l’humour interroge nos stratégies militantes. Comment mobiliser sans accabler, dire la gravité sans produire de la paralysie ?
À Eusko Eguna, Climatø ne se contentera pas d’informer. Il cherchera à embarquer, à rendre le climat compréhensible sans l’alourdir, à remettre du mouvement là où l’on hésite encore. Parce que dans ce combat, il ne suffit pas de savoir : il faut aussi avoir envie d’agir. Et un éclat de rire peut parfois faire plus qu’un long discours.
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