Comme le poisson rouge

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Martine Bisauta
Martine Bisauta
Ecologiste, Maire-adjointe en charge du Développement Durable et de la Participation Citoyenne à Bayonne.
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Poisson RougeA nouveau, nous sommes plongés dans une séquence compliquée. Après le refus du gouvernement d’octroyer à notre territoire une organisation pérenne satisfaisante, la foire aux illusions bat son plein.

Le préfet des Pyrénées-Atlantiques nous offre différentes solutions qui ont toutes pour caractéristiques d’être peu réalisables ! En prime nous avons droit à un étrange discours : “Si vous n’êtes pas  capables de faire un choix, que vous succombez à des divergences importantes alors j’exercerai mon droit et je passerai outre” !

En privé il hésite encore moins et affirme “en cas d’échec, je serai cruel”…

Je me pose une question récurrente, existe-t-il un autre morceau de territoire de la République où les élu-es sont traité-es de la sorte ?

Dans une version plus récente, et face aux questionnements sur la possibilité de faire fonctionner des assemblées pléthoriques, nous avons eu droit à une forme thérapeutique particulière “le Pays Basque réussit ce qui ne marche pas ailleurs…”.

J’y ai entendu le même mépris, j’ai eu la profonde conviction d’être renvoyée dans la corporation des imbéciles patentés ! L’Etat n’a cure du Pays Basque et nous faisons face à une tentative de  déstabilisation d’une rare perversité. Nous sommes invités à faire le choix dans un éventail de solutions qui n’en sont pas, qui toutes posent des problèmes de légitimité des assemblées, qui se heurtent à un hiatus entre la représentation démographique et la représentation démocratique.

En effet que l’on opte pour la Communauté d’agglomération comme nous y incite fermement le préfet, ou pour la Communauté urbaine, nous nous retrouverions avec plus de 200 élu-es et des exécutifs de près de 70 personnes! Cela n’a aucun sens ! A droit constant c’est-à-dire sans intervention nouvelle du législateur ceci est tout simplement impensable et n’existe nulle part ailleurs en France !

De plus la règle, une commune égale a minima un délégué-e entraîne de facto un puissant déséquilibre dans la représentation entre les différentes parties du territoire et c’est tout simplement inacceptable.

C’est bien là que nous sommes attendus du reste, et on aura beau jeu de nous dire, vous voulez une organisation au périmètre du Pays Basque et vous êtes incapables de vous entendre ! Cqfd !

J’ai bien conscience ici de sortir des limites du politiquement correct et de dire ce qui ne peut normalement que se chuchoter, mais j’ai le sentiment qu’un piège de taille se referme lentement sur nous. Bien sûr une menace nous guette, le fameux “passer outre” qui semble être l’arme nucléaire de ce gouvernement, qui consisterait en la création de 3 ou 4 intercommunalités de petites tailles ce qui ferait du Pays Basque un nain dans l’hyper région qui nous attend ! Pensez de Niort à Hendaye, que pèserait notre capacité de contractualisation dans une telle configuration. C’est bien là que le bât blesse et chaque jour qui passe resserre un peu l’étau.

Nous avons là un vrai choix entre la peste et le choléra, assorti d’une manoeuvre qui fait lourdement peser l’intégralité de la responsabilité sur les élues locaux! Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas en rester là, il est urgent de résister à cet inconvenant dilemme, urgent de poursuivre une réflexion collective et de mettre en place une mobilisation d’envergure. Nous ne pouvons être ce poisson rouge qui tourne dans son bocal et qui se heurte éternellement à la même paroi !

Le Conseil des élu-es a décidé de mettre en place une nouvelle expertise, les travaux sont en cours et ils pourraient être de nature à dégager de nouvelles pistes. Nous devons essayer à nouveau de peser dans le débat législatif tout en ayant conscience que les novations qui naissent en Isère ou en Limousin ont beaucoup plus de chances d’aboutir que si elles viennent du Pays Basque. Qu’importe ! Les batailles que l’on perd à tous les coups, sont celles que l’on ne mène pas ! Mais surtout et plus que jamais il importe que nous réussissions un combat collectif, car c’est seulement après les fortes mobilisations de 2013, que l’Etat s’est souvenu que nous existions.

Batera proposera différentes initiatives dans les semaines qui viennent, une autre voie doit être possible, à nous de la construire !

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