
L’Édito du mensuel Enbata
Le premier mois de 2026 vient de s’achever et, déjà, cette impression que le monde vacille : Venezuela, Iran, États-Unis, Rojava en Syrie… Les lignes de fracture s’élargissent. La violence se poursuit en Palestine, en Ukraine, au Soudan, et ailleurs encore. Sommes-nous prêts à affronter ce qui vient ? Et surtout, comment garder l’espoir ? Celui d’un monde meilleur.
Le mois dernier, Jean-Louis Davant, comme toujours en quatrième de couverture, signait sa dernière chronique sur Enbata. À 90 ans, l’espoir demeure le fil conducteur de son message, tendu vers les générations qui viennent.
Pourtant, face à l’actualité, il confie ressentir aujourd’hui les mêmes angoisses que lorsqu’il n’avait que quatre ans, au moment où la Seconde Guerre mondiale éclatait. Cette angoisse collective, ce basculement où l’avenir semble se fermer. À cette époque déjà, de grands humanistes comme Stefan Zweig perdaient toute lueur d’espoir devant la souffrance de voir leur peuple se déchirer.
Comment garder l’espoir quand on voit l’humanité retomber dans des travers que l’on pensait derrière nous ? L’absurdité de ces violences répétées, c’est le rocher de Sisyphe que l’humanité se traîne. Peut-on encore croire au progrès, celui profond de nos consciences ? Ce progrès que l’on appelle sagesse, nous n’avons pas encore appris à le mettre en œuvre pour transformer notre monde sans heurts, sans brutalité, pour l’adapter à notre réalité.
Ce progrès que l’on appelle sagesse,
nous n’avons pas encore appris
à le mettre en œuvre pour transformer notre monde
sans heurts, sans brutalité,
pour l’adapter à notre réalité.
Et pourtant, ce monde-là est bel et bien à bout de souffle. Ce vieux monde se meurt. Gramsci l’avait formulé avec justesse : lorsque le nouveau tarde à apparaître, c’est dans le clair obscur du crépuscule que surgissent les monstres. Ils ont aujourd’hui des visages bien identifiés : Trump, Poutine, et tous ces dirigeants qui s’accrochent désespérément à un ordre finissant, prêt à déterrer l’impérialisme, la domination et le fascisme. Des egos d’hommes qui prennent de l’âge sans en acquérir la sagesse, et qui entraînent le monde dans leur fuite en avant pour retarder l’inéluctable.
Comment garder l’espoir quand la question du changement climatique est reléguée au second plan, alors même que ses effets s’aggravent ? Jean-Louis Davant l’écrit dans sa chronique, en quatre-vingt-dix étés, il en est un témoin direct. Refuser de le reconnaître, c’est s’accrocher au vieux monde d’hier et retarder l’inévitable transformation que notre époque réclame.
Le même refus de l’évidence se manifeste à notre échelle, dans notre réalité locale et politique. Lorsqu’un préfet agit avec des réflexes jacobins d’un autre âge, lorsqu’il privilégie le rapport de force à l’écoute, l’injonction verticale au dialogue, c’est le même logiciel qui s’exprime. Ou encore quand à Bayonne, le refus obstiné d’un candidat à admettre que la gauche qui gagne doit prendre en compte les aspirations du territoire. S’accrocher à ses certitudes, à ses positions, aux équilibres politiques anciens, c’est refuser de voir la réalité telle qu’elle évolue. Et imposer son vieux monde sur celui qui advient ne produit rien de bon.
Alors, comment garder l’espoir ? En se levant et en disant simplement : “non”. La révolte, selon Camus, est cette force qui refuse, tout en acceptant paradoxalement le mouvement et la transformation. Dans la pratique, c’est cette révolte qui s’exprime aujourd’hui à Minneapolis aux États‑Unis, où malgré des températures glaciales, des manifestations de grande ampleur ont éclaté pour refuser l’arbitraire violent de la police des frontières ICE.
C’est aussi cet élan collectif qui, pour l’agriculture, l’euskara, le logement ou l’environnement, nous rassemble dans les rues de Bayonne et d’Euskal Herria.
Et là est certainement la source de l’espoir sage de Jean-Louis Davant. Les pages se tournent, mais cette même histoire continue de s’écrire (dans Enbata).
