L’euskara en Pays Basque Nord par Erramun Bachoc

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Nous arrivons cette semaine au terme de notre radioscopie des 50 dernières années en Iparralde. Après la démographie, l’emploi et le logement, le quatrième et dernier dossier traite de la situation de l’euskara.
Erramun Bachoc nous décrit l’évolution de son utilisation depuis les années 60.

Erramun Bachoc
Après de nombreuses années passées au Québec commme professeur de philosophie et chercheur en sociolinguistique au Centre international de recherches en bilinguisme, Erramun Bachoc a été professeur de linguistique appliquée à l’Université du Pays Basque (EHU). Durant dix ans il a été président de l’Institut culturel basque.

Auteur de nombreux ouvrages références, il a publié Euskaraz Bizi, méthode multimédia d’apprentissage du basque (Ikas), la chronique « Soziolinguistika » dans la revue Jakin. Il a participé aux 4 enquêtes sociolinguistiques, à l’enquête sur les adolescents « Regard sur l’avenir 99″, à la recherche Identité et culture basques au début du XXIème siècle ». Ses dernières publi-

cations portent sur la situation de la langue basque au Pays Basque Nord, analyse commanditée par l’Office public de la langue bas-que (2007) et, en collaboration avec Battittu Coyos, « L’enseignement du basque aux adultes natifs et non natifs en Pays Basque Nord » (2010), et « Les loisirs, les jeunes et l’euskara » (2011) pour Euskaltzaindia.

Evolution
de l’euskara
en Iparralde

Les quatre enquêtes sociolinguistiques (1991, 1996, 2001, 2006) nous décrivent l’état de l’euskara chez les locuteurs de 16 ans et plus, répartis chaque fois en cinq tranches d’âge, autour de 20 ans, 30 ans, 42 ans, 57 ans et au-delà de 65 ans. En effectuant le tuilage des 20 tranches d’âge des quatre enquêtes, nous avons l’évolution de l’euskara entre 1915 et 1980. Dans le cadre ci-dessous, la tranche d’âge est désignée par la date médiane de naissance.
Nous avons là les pourcentages de ceux qui parlent bien ou assez bien l’euskara. Ou-blions les résultats de l’enquête 1 qui sont manifestement trop optimistes. La génération d’avant-guerre était bascophone à près de 40% mais le « baby boom » d’après guerre ne l’était plus qu’à 27% (1949) et leurs enfants à 11% (1976). C’est le trou noir de l’euskara. Et pourtant c’est cette génération 1970-1980, dramatiquement débasquisée, qui a mis ses enfants en ikastola et en section bilingue à 34% pour le primaire et même 43% en maternelle. Déjà la courbe de la transmission se redresse fortement avec les 16-24 ans de la dernière enquête (16%). Que s’est-il passé?

La loi Deixonne (1951)

En 1951, la loi relative à l’enseignement des langues et dialectes locaux autorise les maîtres à utiliser les parlers locaux dans leur enseignement s’ils en font la demande. L’enseignement est facultatif. Les universités peuvent créer des instituts de langues et littératures locales qui accorderont les diplômes correspondants. La nouveauté réside dans la reconnaissance de 4 langues locales, dont l’euskara, dans l’enseignement public.

Par ailleurs, rien à attendre de cette loi où tout est conditionné par le bon vouloir de tout le monde, mais la loi Deixonne, par son insuffisance même à suscité une quantité incroyable d’initiatives militantes dans toute les régions. Quelques événements clés de la militance basque.

L’Association Ikas (1959)

Les journées pédagogiques sur l’enseignement du basque sont organisées à Bayonne et ré-unissent un groupe d’enseignants et d’inspecteurs du public et du privé. Il en résulte une association loi 1901, nommée Ikas, qui se donne comme but de « provoquer » et d’aider l’enseignement du basque et en basque à l’école publique et privée. Une motion réclame la création d’un réseau d’itinérants dans le département.

Les réalisations d’Ikas sont remarquables: manuels, méthode multimédia, l’université d’été, le centre d’études basques pour la préparation des diplômes, la convocation des Assises de la langue et de la culture basque, concertation avec les autres régions par le biais de la fédération Défense et promotion des langues de France (DPLF), participation à l’Association internationale pour la défense des langues menacées (AIDLM).

L’année scolaire 1969-1970 est marquée par la nomination des premiers enseignants itinérants et, nouvelle révolution, la création de la première ikastola. A partir de là l’association Seaska va étendre de commune en commune une féderation d’écoles en immersion basque. La pédagogie soulève des critiques mais les ikastolas sont conformes à la loi Falloux sur la liberté d’enseignement et à la loi Deixonne autorisant l’utilisation des langues locales. L’enseignement Seaska reste minoritaire mais sera de plus en plus une référence dans l’enseignement des langues régionales.

Par ailleurs, à partir de 1979, AEK coordonne les gau eskolas pour la rebasquisation et l’alphabétisation des adultes.

Pizkundea (la renaissance)

En 1981 les socialistes arrivent au pouvoir avec la proposition 54 sur le département Pays-Basque et la proposition 56 sur les lan-gues régionales. La même année, à l’appel d’Euskaltzaindia et d’Ikas se tiennent les As-sises de la langue et de la culture basque en 1981.Le document final d’une part affirme les principes de réparation historique et de statut institutionnel et d’autre part fait des propositions concernant l’enseignement, les médias, la culture, l’utilisation de l’euskara dans les services publics. 23 associations et 2 syndicats signent ce texte qui servira longtemps de base à nos revendications linguistiques et culturelles.

En 1984 ces mêmes associations se rassemblent en une fédération, Pizkundea pour la réalisation du programme « Pour un statut de la langue et de la culture basques ».

Survient une cruelle série d’échecs institutionnels: le gouvernement socialiste refuse le département Pays Basque et gèle le projet de loi Destrade; en compensation le Rapport Ravail propose un Conseil de développement et un Conseil culturel qui sont dénaturés par le Conseil général de droite; les associations basques quittent le Centre culturel du Pays Basque qui n’apportait plus grand-chose à notre culture.

La militance reprend pas à pas sa méthode lente mais efficace: des assises de réflexion se basant sur le droit linguistique européen, notamment la Charte des langues régionales du Conseil de l’Europe repris par le Manifeste pour la langue basque; d’immenses manifestations Deiadar (alerte) pour réclamer nos droits linguistiques ou justice pour les Basques aboutissant à des acquis progressifs sanctionnés a posteriori par une loi ou une circulaire (Jospin, Savary, Fillon). Voici quelques avancées de cette politique linguistique militante: la création d’un Institut d’études basques (1981), les radios d’expression basque (1982), l’enseignement bilingue public et privé grâce à la pression des associations de parents Ikas Bi, Euskal Haziak, Biga Bai(1983), les diplô-mes universitaires basques (1985), l’Institut culturel basque (1990), la convention Seaska – ministère de l’Education (1994).

En 1995, Euskal Konfederazioa prend le relais de Pizkundea, sur la base du Manifeste et se donne comme objectif la co-officialisation de l’euskara. En effet, alors que l’Europe favorise la diversité linguistique, le français est proclamé langue de la République dans l’article II de la Constitution. En 1994 la Loi Toubon en fait « la langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics » avec cependant un nonobstant en faveur des langues régionales (art. 21). En 1999, la Charte européenne des langues régionales est signée par le gouvernement mais retoquée par le Conseil constitutionnel. Tout reste à faire. Les efforts d’Euskal Konfederazioa sont renforcés par Kontseilua (1998), fédération qui mobilise les forces vives de l’ensemble de la société bas-que (campagnes Bai Euskarari et Euskaraz Bai), tandis que la plate-forme Batera (2002) met en synergie nos revendications culturelles et institutionnelles.

L’institutionnalisation (partielle) de l’euskara

Elle peut se résumer en 5 événements majeurs.

1) En 1990, deux institutions virent le jour pour soutenir la langue et la culture basques. D’une part l’Institut culturel basque, qui a établi la jonction entre les associations fédérées dans Pizkundea et les représentants du pouvoir public. D’autre part le Syndicat Intercommunal a regroupé l’ensemble des mu-nicipalités du Pays Basque pour soutenir l’Institut culturel et mener ses propres actions en faveur de la langue basque.

2) En 1995 deux structures furent créées dans le droit fil de la prospective Pays Basque 2010: le Conseil de développement et le Conseil des élus. Après deux ans de réflexion, le chapitre de l’aménagement linguistique fut adopté parmi d’autres. Il définissait l’euskara comme la langue propre au Pays Basque et fixait 4 axes de travail: l’en-seignement du basque et en basque, la toponymie bilingue, les médias basques et l’utilisation du basque dans les services au public.

3) En décembre 2000, l’Etat nous offrit « la Convention spécifique Pays Basque 2001-2006″ en dix volets. Le premier concernait « la politique linguistique », expression qui apparaissait pour la première fois dans un document officiel. Dix opérations étaient actées pour la promotion de l’euskara: le Conseil de la langue, Euskaltzaindia, Ikas, la formation linguistique des adultes, les médias d’expression basque, le Centre Iker, le périscolaire, mais pas l’enseignement bas-que.

4) En 2004 l’Office public de la langue basque fut créé à l’instigation des élus lo-caux. La grande nouveauté fut la signature d’une convention entre le ministère de l’Education et le Conseil général pour aménager l’enseignement basque. En 2006, le projet de politique linguistique se donne « un objectif central, les locuteurs complets et un cœur de cible, les jeunes générations ». 12 enjeux sont déclinés en 3 directions: transmettre la langue par la voie familiale et scolaire, vivre la langue dans tous les domaines de la vie sociale, fortifier la langue en unissant la qualité et la motivation qui constituent le moteur de l’ensemble de la progression. Pour réaliser ce programme, une équipe professionnelle anime la structure et un réseau de techniciens de la langue recouvre les villes et les communautés de communes.

5) En 2008, les langues régionales entrent dans la Constitution comme « patrimoine de la France » art. 75.1. C’est une avancée indispensable mais insuffisante. Comme pour l’art.2, une loi linguistique est nécessaire pour fixer les droits des locuteurs et les devoirs des pouvoirs publics. C’est le débat actuel.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Les 4 enquêtes sociolinguistiques nous donnent une photographie précise de l’état de l’euskara sur 15 ans en termes de connaissance, transmission, utilisation et motivation.

Les données officielles montraient une perte de 10.000 bascophones entre 1991 et 1996. Cette erreur méthodologique a pu être corrigée car les tranches d’âge sont recomptées dans les enquêtes ultérieures. Autre rectification, l’échantillon de 2006, a été reportée à une population prévisionnelle qui s’est avérée inférieure à la réalité de 20.000 habitants. De fait et pour la première fois, le nombre de bascophones a augmenté d’une enquête à l’autre alors que le pourcentage continue à baisser.

Qu’en est-il des 0 à 15 ans? Ils sont 40.000. En 2011, les effectifs du primaire et des collèges s’élèvent à 37.000 élèves. En maternelle 43% utilisent l’euskara à mi-temps ou en immersion, 34% au primaire et 15% au collège pour un total de 10.235 élèves soit 28% de l’ensemble. L’application du standard européen nous donnera la mesure exacte du succès de cet apprentissage. On peut dire que l’école est plus bascophone que l’ensemble du Pays en Iparralde (28%) et en Hegoalde (65%).

Le point noir est le faible usage de l’euskara qui s’utilise surtout en famille et entre amis, dans certaines mairies de l’intérieur mais assez peu dans la vie urbaine et presque rien dans les services publics. Les points forts en plus de l’apprentissage sont la reprise de la transmission familiale, y compris dans les couples euskaldun-erdaldun (44%), la forte conscience identitaire même chez les non-bascophones, le sentiment généralement favorable à l’égard de la promotion de l’euskara. Chez les jeunes l’euskara tend à devenir la « langue émotionnelle » de la communication socio-affective, des moments festifs et des manifestations culturelles, kantaldi, dantzaldi, bertsu saio. Le projet Hogeita de l’Institut culturel vient au bon moment.
Prenons le risque d’une prévision à moyen terme: l’évolution de la démographie et la transmission projetée laisse prévoir que le pourcentage d’euskaldun baissera jusqu’à 19% en 2016 pour repartir à la hausse ensuite. Si, à partir de 2006, l’effectif des élèves de basque augmente de 2% par an (plafond probable 60%), dans 10 ans le nombre de bascophones augmentera d’environ 1.000 locuteurs par an. En 2050, le Pays Basque Nord comptera 320.000 adultes dont 95.000 bascophones, soit 30% de la population et environ 55% des classes d’âge les plus jeunes.

Euskaldunen kopurua aitzina doa. Jarraipena hobetu da bikote gazteekin. Erabilera barnatuz doa gune sozioafektiboetan. Gizarte erabilerak badu legearen behar gorria. Anartean euskalgintzak eta hizkuntza politikak euskara zabaltzen dute komunikazioaren eremu askotara. Ez etsi. Irabazteko urraspidean ga-biltza.

Elections cantonales
Appel des anciens candidats abertzale

Le choix du titre de cette chanson pour rappeler notre cheminement n’est pas un hasard: le mouvement abertzale est né, a poussé et a grandi au cœur de notre culture, dans la chaleur des kantaldi, à l’air libre… en assistant à des pièces de théâtre politiques, à la manière des meetings politiques d’aujourd’hui.
Comme beaucoup d’autres, nous aussi nous avons eu une multitude de sigles, des divisions, nous avons commis des erreurs, mais depuis 1963 et Enbata, nous nous sommes développés jusqu’à aujourd’hui avec la même idée, celle que Lertxundi chante dans un exercice mathématique: «combien sommes-nous?» et en y répondant: «nous sommes un pays».
Nous, abertzale, nous avons soigné, protégé, transformé et embelli ce pays durant toutes ces années. Nous n’avons pas honte d’être ce que nous sommes lorsque nous regardons les albums de famille jaunis par le temps ou les récentes photos de l’ère du numérique.
«C’est comme ça» disaient les biens pensants, de fausses larmes dans les yeux, en parlant du «progrès» et de la «modernité», face à la progressive disparition du basque, face aux fermes qui se vidaient peu à peu, face à la côte qui se submergeait de riches touristes et face à notre jeunesse qui s’exilait par trains et par avions entiers.
Nous nous sommes souvent engagé(e)s politiquement avec réticence sur le terrain électoral rebuté par les pratiques notabilistes que nous avions sous les yeux. Mais petit à petit, nous avons pris de plus en plus de place dans le paysage.
Nous nous sommes appelés Enbata, EHAS, MUA, EMA, EB, AB, EA, Batasuna et nous nous avons pris mille autres différentes étiquettes, nous avons continué en suivant toujours la même voie en faveur de la construction de ce pays. De générations en générations nous avons su passer le témoin, nous avons fait des kilomètres, par milliers, pour que les revendications que nous portions en tant qu’a-bertzale soient entendues.
Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus nombreux, nous avons rencontré de nouveaux militant(e)s sur notre chemin, amoureux du Pays Basque, avec toujours plus de ferveur au fur et à mesure que se rapprochent les élections. Le vote abertzale progresse et croît toujours. À l’époque si nos voix étaient négligeables, aujourd’hui elles sont comptées et sollicitées!! Le mouvement abertzale est le moteur de la reconnaissance du Pays Basque, des paroles aux actions. Nous avons joué le difficile mais responsable rôle d’aiguillon et nous le jouons encore.
Aujourd’hui nous prenons plaisir à faire cette déclaration, à constater que les efforts que nous avons fournis portent leurs fruits, à apporter notre soutien à cette coalition, et comme le signifie EH Bai, depuis toujours nous disons OUI au Pays Basque!!
Nous ne voulons pas d’un Pays Basque construit n’importe comment: parce que nous voulons un Pays Basque avec une société qui se fonde sur la justice. Parce que nous som-mes abertzale et de gauche.
Aujourd’hui, alors que s’ouvre une nouvelle phase qui nous mènera à la reconnaissance démocratique de ce pays, le travail en commun des abertzale progressistes est nécessaire.
Comme nous n’avons pas peur, comme nous n’avons pas honte d’affirmer qui nous sommes et ce que nous sommes, nous continuerons de l’avant, en nous soutenant épaule contre épaule.
Le dimanche 20 mars prochain, nous ici présent(e)s, ceux-celles qui n’ont pas pu venir, et en souvenir de ceux-celles que nous avons perdu(e)s en route, nous appelons l’ensemble des hommes et femmes qui croient en ce Pays à voter pour EHBai! Aujourd’hui voter pour EHBai, c’est faire que le Pays Basque soit plus fort demain!

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