Révolution pas à pas

En pleine pré-campagne électorale, le chef du gouvernement autonome Francisco Lopez, s’est prononcé en faveur d’un rapprochement progressif et sous conditions des prisonniers politiques basques. Il a fait cette déclaration le 29 septembre au parlement de Gasteiz, à l’occasion du débat annuel de politique générale qui a lieu lors de chaque rentrée parlementaire. Les preso qui souhaitent bénéficier de cette clémence relative doivent «clairement et publiquement rompre avec ETA» et collaborer avec les institutions pénitentiaires pour rendre possible leur réinsertion, leur retour dans la vie démocratique. Dans un contexte autre, tout cela ne constituerait guère une nouveauté. La grande différence aujourd’hui est qu’ETA ne fait plus parler les armes depuis deux ans, que la trêve est officielle depuis le 10 janvier et que pour la gauche abertzale, la dé-marche est définitive, même si cela n’a pas été annoncé comme tel par ETA lui-même. A telle enseigne que l’ex-Batasuna parle au lendemain de la déclaration du Lehendakari socialiste, d’un «pas dans la bonne direction», bien qu’«insuffisant» et qui «doit s’accompagner de nombreux autres».
Dans son discours, Francisco Lopez fait explicitement référence aux victimes des escadrons de la mort, à ceux qui souffrirent des «excès policiers», de «pratiques aux antipodes de l’Etat de droit, telles que celles du Batallon Vasco-espagnol ou du GAL». Le chef du gouvernement basque, en «reconnaissant» ces faits et en «rejetant» de tels actes, en a surpris plus d’un. Il a également fait état de la légalisation des partis «respectant la légalité», dans la cadre d’un «grand accord de réconciliation». Le ton général de son propos comme son contenu, sont effectivement une première, bien que, pour l’instant, il ne s’agisse que d’une proposition. Alfredo Perez Rubalcaba, candidat socialiste à la succession de Zapatero, a aussitôt soutenu et conforté la déclaration de Lopez. De la part du «grand prêtre» de la lutte anti-ETA, cela ne doit rien au hasard et montre que quelque chose d’important vient de bouger entre les deux camps.
L’ouverture a minima du président basque n’est pas exempte d’arrière-pensées électorales. Elle devrait lui permettre de ne pas arriver devant les électeurs les mains totalement vides, alors que son bilan est pitoyable, plombé qu’il est par la crise financière.

Les signes qui ne trompent pas
Quelques jours plus tôt, le 29 septembre, le collectif des prisonniers politiques basques avait annoncé qu’il acceptait l’Accord de Gernika (1). Egalement une première qui apparaît comme un signal dans la mouvance indépendantiste. Il y aurait actuellement 535 prisonniers dispersés dans 52 prisons espagnoles et 144, pour la plupart dispersés en France.
La confirmation du phénomène en cours est soulignée par deux autres signes. Le 1er octobre, l’organisation Ekin annonce sa dissolution «dans le contexte du Gudari eguna». Les symboles ont ici tout leur poids. Ekin qui existe depuis une douzaine d’années, est l’héritier de KAS, il s’agit de la structure qui encadre politiquement l’ensemble de la gauche abertzale. En somme, le noyau dur de la démarche politico-militaire, chargé d’assurer la cohérence de l’ensemble du mouvement et considéré comme «le gardien du temple». Cette auto-dissolution n’est évidemment pas neutre.
Deuxième signe le 2 octobre, ETA indique dans un communiqué qu’il accepte de collaborer avec la Commission internationale de vérification, chargée d’évaluer la situation du cessez-le-feu permanent et général décrété par l’organisation armée basque le 10 janvier. Cette Commission, composée de cinq personnalités internationales prestigieuses, mais peu connues du grand public et qui ont joué un rôle dans la résolution de conflits importants, venait de se présenter le 28 septembre à Bilbao auprès de délégués de partis politiques, de syndicats patronaux et salariés, et de l’église catholique. Cette instance n’est toutefois pas reconnue par le pouvoir socialiste espagnol et les deux partis PP et PSOE qui la considèrent comme un rideau de fumée mis en œuvre à des fins médiatiques et politiques par la gauche abertzale.
Une conférence internationale sur la résolution du conflit en Eskual Herria aura lieu à Donostia le 17 octobre. Elle rassemblera deux organismes basques et quatre fondations ou ONG norvégienne, anglo-saxonne, sud-africaine re-groupant des experts spécialisés dans l’analyse des conflits et les processus de paix.
Txelui Moreno, porte-parole de l’ex-Batasuna, souhaite que très rapidement et avant le 20 novembre, date des élections législatives, le parti Sortu soit enfin légalisé. Pour lui, le choix des voies démocratiques a été une décision «unilatérale» de la part de la gauche abertzale, parce que la «paix c’est la paix, point-barre. Il n’y a pas de contrepartie en échange». On ne saurait être plus clair et montrer combien ETA et Batasuna ont aujourd’hui tiré un trait sur plus de 30 ans de choix stratégique et mangé leur chapeau ou… accompli courageusement leur révolution copernicienne.

(1) Le texte de cet Accord signé le 25 septembre 2010, demande l’arrêt définitif de la violence d’ETA et se prononce en faveur d’une solution négociée, sans vainqueur ni vaincu.

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