Elections catalanes : Victoire des indépendantistes

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Ellande Duny-Pétré
Ellande Duny-Pétré
Educateur. Engagé dans le mouvement abertzale depuis le Procès de Burgos. Responsable de la chronique Hegoalde dans Enbata.
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Pere Aragonès le nouvel homme fort de la Catalogne

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ERC, PDeCat et CUP totalisent 74 députés, soit 6 de plus que la majorité absolue. Les socialistes progressent largement, mais restent minoritaires, sans possibilité d’alliances. Ciudadanos s’effondre, le PP baisse et l’extrême droite Vox fait irruption. ERC souhaite constituer un gouvernement avec les autres formations indépendantistes en y associant En Comù Podem.

Avec quatre députés de plus, les indépendantistes résistent et progressent lors de ce scrutin du 14 février chargé de renouveler le parlement catalan. Il s’agit d’un exploit après trois ans pendant lesquels le pouvoir espagnol n’a cessé par tous les moyens de leur montrer que le projet souverainiste n’avait aucun avenir : interdiction du référendum d’autodétermination, destitution de trois présidents de gouvernement, exil et incarcération de tous leurs dirigeants, suspension du statut d’autonomie, dissolution de plusieurs départements de la Generalitat, étroite tutelle sur le budget gouvernemental, colossale occupation policière, mobilisation des services secrets de l’État pour monter des dossiers visant à déconsidérer partis et dirigeants, déménagement des sièges sociaux de grandes entreprises, acharnement judiciaire avec pluie de procès sur des milliers de Catalanistes, amendes astronomiques visant à les ruiner personnellement, pressions diplomatiques, frein à toutes possibilités de négociation politique, blocage global des institutions autonomes et de leurs projets de lois par un pouvoir judiciaire espagnol omniprésent, etc. Le tout couronné par l’envoi in extremis d’un ministre de la Santé chargé de conduire la liste PSOE, pour expliquer aux Catalans les bienfaits et l’avenir radieux qui les attendent.

Une telle avalanche en aurait découragé plus d’un. Mais le 14 février, le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a perdu son pari. Il se targue d’avoir « gagné les élections ». Il n’en est rien, il a le même nombre de députés qu’ERC. Le PSC, succursale du PSOE, ne fait que récupérer le terrain perdu en 2017 suite à une série de scissions et de querelles intestines. Les socialistes retrouvent leur poids électoral classique, sur le dos de Ciudadanos (C’s).

Madrid espérait que le soufflé de l’indépendantisme allait retomber sous la pression conjuguée de la pandémie, de la répression et de l’enlisement. C’est Ciudadanos, né en Catalogne pour s’opposer aux abertzale, qui est balayé. Sa chute est vertigineuse. Une partie des électeurs de cette jeune formation montre son vrai visage : elle vote désormais pour l’extrême droite Vox. La droite traditionnelle du PP voit aussi sa représentation baisser.

Les indépendantistes augmentent leur majorité absolue

Dans le camp abertzale, on assiste à un rééquilibrage. ERC cantonné à la marge durant des décennies, poursuit sa montée en puissance, il est aujourd’hui le premier de sa classe. Sa ligne à la fois radicale et pragmatique, soucieuse de trouver une porte de sortie avec Madrid, se trouve confortée par les électeurs. Le parti de Carles Puigdemont JuntsxCat, hier en tête des forces abertzale, baisse légèrement et arrive en second. Désormais, il talonne les républicains d’ERC. Issus de CiU, les membres de Junts furent hier autonomistes de type PNV, leur mutation en faveur d’un indépendantisme unilatéral, est surprenante. CUP, parti indépendantiste très marqué à gauche, réalise un bond en avant en augmentant de plus du double le nombre de ses députés.

A noter que PDeCat de sensibilité autonomiste présentait aussi des candidats. Il a totalisé près de 3 % des voix et n’a pas obtenu de député.

En Comù Podem correspondant à Podemos en Espagne, maintient son score, alors que généralement il s’affaiblit dans la Péninsule. Il s’agit d’une bonne nouvelle. En Comù Podem est favorable au droit des Catalans à l’autodétermination via un référendum, mais défavorable à l’indépendance. Le résultat de ce scrutin conforte sa personnalité la plus connue, Ada Colau qui dirige la capitale Barcelone de façon exemplaire. Elle en fait un champ d’expérimentation socio-politique d’avant-garde observé de partout dans le monde et lutte vaillamment contre le phénomène des locations Airbnb qui tuent le centre-ville, elle s’oppose à la hausse des prix des loyers, elle a reconnu officiellement une monnaie locale alternative, etc.

Tous ces résultats doivent toutefois être nuancés, tant l’abstention a été forte et rend ce scrutin atypique. Contre l’avis d’ERC, Pedro Sanchez espérait en tirer profit pour atteindre un résultat plus conforme à ses attentes. Visiblement, il n’en a rien été.

Quel scénario d’alliance

Pere Aragonès, leader d’ERC, est au pied du mur. Il doit constituer une majorité pour gouverner le pays. Son projet est de rassembler les trois partis indépendantistes, ainsi qu’En Comù Podem pour négocier le mieux possible avec Madrid. Pere Aragonès commence à rencontrer CUP, mais comme toujours, c’est avec sa formation la plus proche, PDeCat, que les négociations seront les plus délicates. Un accord avec En Comù Podem serait intéressant, dans la mesure où Podemos fait partie du gouvernement de gauche espagnol, son leader Pablo Iglesias occupe le poste de vice-président. Il s’est illustré le 8 février en pleine campagne électorale, avec une déclaration qui révulse les Espagnolistes : « La situation politique et démocratique n’est pas tout à fait normale en Espagne, lorsque deux dirigeants de partis gouvernent la Catalogne, l’un est en prison, l’autre à Bruxelles ».

Une dizaine de leaders catalans incarcérés avaient pu bénéficier pendant une quinzaine de jours de la liberté conditionnelle et ils ont activement participé à la campagne. La cour suprême et le tribunal constitutionnel réclament leur retour derrière les barreaux.

Et Valls dans tout ça ? Ciudadanos, seul à le soutenir, s’est effondré. Le conseiller municipal de Barcelone fait la gueule, comme d’hab.

Les résultats des élections autonomiques du 14 février

Participation 53,56 %, soit – 25,6% par rapport à 2017 (79,09%).
+ Partis indépendantistes : 74 députés sur 135 (majorité absolue : 68), 48,05 % des voix. En 2017 : 70 députés pour 47,5 % des voix.

  • ERC : 33 députés (+1), soit 21,31 % des voix. En 2017, 32 députés pour 21,38 % des voix.
  • JuntsxCat : 32 députés (-2), soit 20,06 % des voix. En 2017, 34 députés pour 21,66 % des voix.
  • CUP : 9 députés (+5), soit 6,68 % des voix. En 2017, 4 députés pour 4,46 % des voix.

+ Partis proches des souverainistes

  • PDeCat : 0 député, 2,72 % des voix.
  •  En Comù Podem : 8 députés (=), 6,86 % des voix. En 2017, 8 députés pour 7,46 % des voix

+ Partis espagnolistes : 53 députés sur 135 (majorité absolue : 68), pour 40,13 % des voix. En 2017 : 57 députés pour 43,45 % des voix.

  • PSOE (PSC) : 33 députés (+16), soit 23,02 % des voix. En 2017, 17 députés pour 13,86 % des voix.
  • Vox : 11 députés (11 députés (+11), soit 7,69 % des voix. En 2017, pas de candidats.
  • Ciudadanos (C’s) : 6 députés (-30), soit 5,57 % des voix. En 2017, 36 députés pour 25,35 % des voix.
  • PP : 3 députés (-1), soit 3,85 % des voix. En 2017, 4 députés pour 4,24 % des voix.

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