La LGV, non merci !

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Martine Bisauta
Martine Bisauta
Ecologiste, 3ème Vice-présidente de la Communauté d’agglomération Pays Basque (en charge de la Transition écologique et énergétique et de l'Agglomération Citoyenne), Conseillère municipale de Bayonne.
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Photo : Daniel Velez

Photo : Daniel Velez

C’est la réponse claire et nette que près de 80% des élu.es du Pays Basque ont adressé le 18 décembre au gouvernement et à la Région Nouvelle Aquitaine ! Trois heures de débats ont permis à tous celles et ceux qui le souhaitaient de faire valoir leurs arguments permettant ainsi un vote éclairé de l’assemblée… Exemplaire, le Pays Basque peut se féliciter d’avoir eu la possibilité de voter en premier sur le principe même d’une voie nouvelle de Bordeaux à Hendaye, alors que dans toutes les autres collectivités on a mêlé cela au financement imposé aux collectivités. Ce qui a donné un joyeux désordre !

Le conseil départemental par exemple après avoir moqué, avec raison, l’idée d’un tunnel sous le Pays Basque a voté un engagement à financer le projet en réduisant le montant de sa participation et en l’assortissant de multiples conditions ! Au final est-ce une façon de dire non ou de dire oui ?

Du côté du Béarn, si autrefois Paris valait bien une messe, il semble qu’aujourd’hui la LGV vaut bien quelques contorsions ! Contorsions aussi pour une modification de vote le temps d’un trajet de Bordeaux à Bayonne ! Pour les promoteurs du projet, seul le mépris a répondu aux expressions des territoires, entérinant une fois de plus l’idée que le train passera quel que soit les avis formulés ! Pas encore compris semble-t-il que cela a des effets catastrophiques détournant de plus en plus de personnes du débat public avec les conséquences que nous connaissons…

Le Préfet Guyot avec un optimisme inaltérable a fait savoir immédiatement que l’affaire allait se poursuivre, estimant que pour les 235 millions à trouver les collectivités auront à se débrouiller ! Avis aux amateurs !

Le vieux projet de 30 ans d’âge va encore hanter nos débats, provoquer des défilés, radicaliser des positions mais l’important c’est de poursuivre…

Après le premier confinement, il semblait pourtant qu’il était de bon ton de se battre la coulpe, de reconnaître que nous avions dépassé les bornes, que nous devions aller à l’essentiel, que le toujours plus n’était plus d’actualité, que nous devions en responsabilité changer de logiciel !

Nous sommes en train de nous arracher des sociétés industrielles et post-industrielles pour basculer dans des sociétés numériques et écologiques” écrit Jean Viard dans son dernier livre “La révolution que l’on attendait est arrivée” ! De fait, cela n’aura duré qu’un instant, le temps de mettre un terme à la sidération dans laquelle ce satané virus nous avait plongés et inconscients que nous sommes nous renouons avec nos pires démons ! Le retour en force de ce vieux projet de 30 ans en est le plus fort et le plus détestable des symboles !

En vrac : saignée invraisemblable sur quelques centaines de kms, expropriations, 7.000 ha d’espaces naturels engloutis, 3.000 de forêts, 14 milliards d’euros, 500 millions d’émissions de gaz à effet de serre, perte intense de biodiversité, disparition de paysages remarquables… pour les gains faibles que vous connaissez.

Refuser ce projet serait “favoriser la décroissance”… les grands mots qui font peur sont lâchés ! Parce que bien entendu le progrès, la modernité sont dans le camp de ceux qui imaginent que tout est dans la main de l’homme qu’il convient de domestiquer la nature, de bousculer tous les équilibres, de mettre le profit au premier rang des préoccupations, sans que cela ne se retourne contre l’Humanité toute entière ! C’est ce débat qui a traversé le Conseil Communautaire. Au travers de beaucoup d’interventions on est sorti du prisme resserré genre “pas dans mon jardin” pour entendre des interventions qui se projetaient bien au-delà des limites du territoire, et qui défaisaient l’image que l’on aime nous coller d’un Pays Basque autocentré ! Elles, ils ont dit que c’était aussi un choix de société, une projection du monde que l’on voulait, une responsabilité à laquelle chacun, chacune voulait répondre en conscience… comme un air de nouveau monde dans l’enceinte de la salle Lauga !

Il est des moments où les choix politiques ne relèvent pas seulement de l’expertise, de la bataille des chiffres mais plus fortement d’une intime conviction ou même d’une vision qui porte loin avec le sentiment clair que la décision à prendre engage, nous rend comptable devant toutes les générations !

Cela a été le sens de ce vote sans appel !

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