La république, c’est nous

Première version de la devise de la République française, adoptée par les révolutionnaires lors de la proclamation de cette dernière le 22 septembre 1792. (© Bibliothèque nationale de France)

Alors que le non-respect des valeurs républicaines est de plus en plus souvent brandi par les opposants aux abertzale pour les disqualifier, il est nécessaire de revenir au sens du mot “république” et de revendiquer le caractère républicain de l’abertzalisme, loin du dogme français de la “République une et indivisible”.

L’argument est devenu classique. Pour les opposants aux abertzale, le non-respect des “valeurs républicaines” est l’arme facile pour tenter de les disqualifier. Une action symbolique pour le droit au logement, l’usage de l’euskara, la revendication d’une autonomie ou d’une simple collectivité à statut particulier : il n’en faut pas plus pour être classé “anti-républicain”.
À l’heure où droite et extrême droite brouillent les repères et renversent les valeurs, il devient crucial de comprendre cette notion et de s’en approprier le sens, plutôt que de la rejeter en bloc.
Et si, au fond, les républicains, c’était aussi, et d’abord nous ?

Back to basics

Etymologiquement, la notion de république vient du latin res publica : la chose publique. Par extension, ce qui appartient à tous, ce qui relève de l’intérêt général, par opposition aux intérêts privés. C’est aussi une façon de gouverner, un régime politique selon un principe simple : le pouvoir appartient au peuple, qui l’exerce directement ou par l’intermédiaire de représentants. Que ce soit dans la Rome antique ou au siècle des Lumières, la République s’est historiquement construite contre l’arbitraire monarchique, comme une promesse d’émancipation collective. Sur le papier, difficile donc d’en contester l’horizon.

L’abertzalisme n’est pas anti-républicain par nature, bien au contraire. Au sud du Pays Basque, il s’est forgé dans l’opposition à la monarchie et à la dictature franquiste.
Mais surtout, il s’incarne aujourd’hui dans des pratiques concrètes et ancrées. Quoi de plus républicain que de défendre l’intérêt général ? Que de faire sortir des enjeux de la sphère privée pour les porter dans le débat collectif, comme dans la lutte contre les meublés de tourisme ? Que de combattre de front l’extrême droite ? Que de revendiquer plus de démocratie, plus de pouvoir local, plus de suffrage direct ?
Quand des habitants s’organisent collectivement, ils ne tournent pas le dos à la République, ils en incarnent l’esprit.

L’indivisibilité : un dogme pas si républicain

Les valeurs de la Ve République française, indivisible, laïque, démocratique et sociale sont souvent présentées comme un bloc. Pourtant, il serait légitime de questionner l’application de l’“indivisibilité”. Érigée en principe fondamental, elle est héritée d’un État centralisé construit dans la continuité de l’Ancien Régime, comme si finalement la Révolution n’était pas allée au bout de la rupture. L’exemple des États voisins le rappelle : la Suisse, confédération composée d’entités dont beaucoup sont appelées républiques, montre que l’indivisibilité n’est en rien consubstantielle à l’idée républicaine.

Mais cette notion d’indivisibilité sert bien souvent aujourd’hui à nier les réalités locales, linguistiques et culturelles. Elle justifie un modèle vertical où l’unité se confond avec l’uniformité.
Et pourtant, dans les faits, la “République une et indivisible” relève largement de la fiction : entre statuts particuliers, processus d’autodétermination et adaptations institutionnelles, la diversité existe bel et bien, sans que le régime français n’en soit menacé.

Instrumentalisation dangereuse

Les professeurs d’histoire-géographie le savent bien : plus un régime se dit républicain, plus il faut se méfier, comme avec la Corée du Nord par exemple, aussi appelée “République populaire démocratique de Corée”.
Donald Trump, leader des Républicains, n’est pas pour autant un républicain au sens historique ou philosophique.

Dans l’Hexagone, la logique est la même quand la candidate Les Républicains à la mairie de Marseille revendique sans sourciller la devise “Travail, Famille, Patrie” du régime de Vichy, qui avait pourtant sonné le glas de la 3ᵉ République française. Ce sont les membres de ce même parti qui nous font des leçons de républicanisme, convaincus d’en avoir le monopole.

À force de lier uniformité et République, ils renforcent paradoxalement ce qu’ils cherchent à limiter, comme le montre encore l’avancée d’EHBai lors des municipales. Et ce, en banalisant la vraie menace pour la République, à savoir l’extrême droite.
Au Pays Basque, promouvoir la langue, la culture, la solidarité et la démocratie locale n’est pas une rupture avec les valeurs républicaines ; c’est simplement en désaccord avec une conception partiale et centralisée de celles-ci.

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