L’arbre et la forêt

PrintFriendly and PDF
Jean-Louis Davant
Jean-Louis Davant
Enseignant agricole à la retraite, écrivain, membre de l'Académie de la Langue Basque, co-fondateur d'Enbata et d'EHAS.
D'autres articles

MonarchieUne

Chacun(e) le sait, la République Française est actuellement régie par un régime de monarchie élective. Elle le doit à la constitution de la Ve République votée par référendum le 28 septembre 1958. Cette constitution donne des pouvoirs très importants au président de la République et limite au contraire ceux du parlement. La tendance monarchique fut aggravée par l’élection du président au suffrage universel direct, également adoptée par référendum le 28 octobre 1962 à la demande du président de Gaulle, qui fut déjà l’inspirateur de la constitution de 1958.

L’onction populaire renforce le pouvoir personnel du chef de l’état : les Français mettent sa légitimité très au dessus de celle du parlement, oubliant que celui-ci aussi est élu par eux, directement pour la chambre des députés ou Assemblée nationale, indirectement pour le Sénat. Mais le parlementarisme fut-il jamais populaire en France ? Quand la majorité des députés est du parti du président, celui-ci les traite en godillots. Mais quand l’opposition au président est majoritaire, ils ne sont guère mieux lotis : leur gouvernement les astreint à voter ses projets de loi, trop de lois d’ailleurs, à la hâte, à la chaîne, à l’emporte-pièce.

Dans les deux cas de figure, après chaque gros événement négatif il en produit une nouvelle, apparemment sans vérifier si le corpus existant ne suffirait pas, et du même coup l’exécutif profite de son pouvoir excessif pour rogner sans cesse les libertés publiques.

Au début de la Ve République l’on pouvait se dire que cette distorsion entre l’exécutif et le législatif était dû à l’immense prestige du général de Gaulle, gigantesque statue du Commandeur pesant de sa taille historique au sommet d’une France pyramidale. Mais en fait, le caractère monarchique du régime n’a fait que s’accentuer de président en président, celui-ci intervenant de plus en plus par dessus le gouvernement qui, selon la constitution, est quand même sensé diriger la politique de la France, en accord avec le parlement.

Le passage du septennat au quinquennat en 2002 n’a fait qu’aggraver la tendance en faisant du président un hyper premier ministre qui cumule en fait les deux fonctions, celle de chef de l’état et celle de chef du gouvernement, au point que Sarkozy considérait son premier ministre Fillon comme un simple “collaborateur”, et avec Macron la centralisation du pouvoir atteint l’Everest de la verticalité.

Désormais le président est constamment en première ligne, s’occupant du quotidien dans le détail, toujours en campagne électorale, s’exposant à la pression du public, à portée d’injure, de crachat et même de gifle, mais tranchant finalement de tout dans le secret de sa tour d’ivoire.

Comment s’étonner qu’il perde le respect de ses…sujets ? Sarkozy a été rejeté au terme de son quinquennat, Hollande au milieu de celui-ci, et Macron au bout de sa première année de mandat. Passe encore pour l’impopularité, tous les présidents passent par ce purgatoire pour être enfin aimés au paradis de la retraite. Mais la haine particulière dont bénéficie Macron est pour moi un mystère : qu’a-t-il fait de pire que ses prédécesseurs ? Tous ont plié devant le néo-libéralisme tout en disant le contraire. Sa faute à lui serait-elle de l’assumer ouvertement ? C’est bien possible, tant les mots ont de force dans ce pays féru de littérature. Mais quand même, un tel niveau de détestation relève pour moi de la psychanalyse collective.

Je crois que les Français veulent un Père, et Macron est loin d’en avoir le profil. Il n’est pas le paternel tout-puissant et bienveillant à la fois, mais le jeune frère ambitieux et sûr de lui qui a trop bien réussi comme en se moquant de vous. Toutefois ils ont tort à mon avis de faire une telle fixation sur sa personne : il est l’arbre qui cache la forêt du centralisme en son avatar monarchique, cancer de la démocratie française.

Et pour nous, Basques et Gascons, cette monarchie élective est la fine pointe du nationalisme français qui écrase notre personnalité, à commencer par nos langues, comme vient de le confirmer le récent oukase du Conseil Constitutionnel.

De façon plus globale, ce nationalisme jacobin, centralisateur à outrance, efface l’initiative populaire et la diversité des territoires. Il génère l’éloignement, entre abstention et révolte désordonnée, l’une et l’autre totalement inefficaces. Le pire est que beaucoup de Français soutiennent cette verticalité monarchique tout en vouant à la guillotine le roi qu’ils ont élu. Le centralisme français est-il réformable ? L’on voit bien que non. Et la France peut-elle s’en libérer ?

Un commentaire

  1. ANTTON B
    Publié le 23/01/2022 à 21:25 | Permalien

    Qui incarne la décentralisation aujourd’hui dans un programme électorale . Plus personne !
    Méme EELV ne parle plus de ça et vont de plus en plus vers un mouvement citadin véganiste et vont jusqu’a interdire le foie gras de leurs tables . Le Larzac ne fait plus réver personne .
    Jean Lassalle ( méme si je pense qu’il est temps de prendre sa retraite comme députè ) porte en lui un peu de terroir et de ruralité , mais idéologiquement incapable d’aller vers une forme d’autonomisme .
    Valérie Pécresse peut étre , si elle veut gagner , pourrait aller faire un tour du coté de l’Alsace , de la Bretagne , Savoie , Corse , Pays Basque , outre mers et autres et discuter sérieusement avec les élus locaux et apporter de véritable réponse ! Mais pour l’instant , elle a du mal a comprendre quelle est rentrer en campagne face a un président télé-évangéliste , séducteur et qui dispose du chéquier entre les mains .

  • Newsletter



  • Soutenez Enbata

    En-kiosque2015-05-FR

    Soutenez Enbata ! A partir de 40€, recevez chaque mois Enbata magazine dans votre boite aux lettres.

    Abonnez-vous / Soutenez-nous

  • Thématiques

  • Mots-clés

  • Vidéos

    video