Mensonges de prédateur

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Ellande Duny-Pétré
Ellande Duny-Pétré
Engagé dans le mouvement abertzale depuis le Procès de Burgos. Responsable de la chronique Hegoalde dans Enbata.
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MagUni 

L’Édito du mensuel Enbata

Consulter les sites des agences immobilières — en particulier celles de luxe qui orientent le mouvement — nous apprend beaucoup sur l’état d’Iparralde. Nous y lisons noir sur blanc à quel prix et sur quels arguments elles vendent le pays des Basques sommé d’accueillir toute la richesse du monde.

La palme revient à cette agence qui titre “ Biarritz, 20 000€ le m² pour un appartement en front de mer ”. Pour convaincre le milliardaire alléché, russe, australien, suisse, de Dubaï ou de Paris, elle ajoute que des biens se sont récemment vendus entre 10 et 12 millions d’euros sur une Côte basque, “ facilement accessible en TGV, en avion et en voiture ”. Nous sommes heureux d’apprendre que notre pays est “ une terre de culture et de traditions ”, et que “ le mode de vie basque attire les nouveaux arrivants ” qui “ délaissent les grandes métropoles pour profiter du grand air apporté par l’océan ”. Ils adoreront Guéthary qui “ a su préserver son authenticité et résister aux sirènes du bling-bling ”, le taux de sa taxe d’habitation y reste “ raisonnable (16 %) ”, le village offre une “ gastronomie de terroir, sans perdre son âme et sa fierté basques ”. Les spots “ exceptionnels ” de surf sont comparables “ à ceux de Hawaï et de Californie ”, tant “ les Basques sont intimement liés à l’océan ”. Les “ maisons de maître ou de caractère à l’intérieur des terres ”, font partie des biens les plus recherchés. Ciboure “ a su garder l’identité et la convivialité du village de pêcheurs de ses origines ”. “ À Saint-Jean-de-Luz, immobilier et tourisme sont les rois ”, avoue Barnes immo, on y compte 40 agences immobilières pour 14 198 habitants et la ville abrite “ 44 % de résidences secondaires ”. “ Investir dans une ou plusieurs propriétés à Saint-Jean-de-Luz pour les louer, est un investissement sûr, de par le prestige de la destination et la demande en période estivale ”. Indiquer que Biarritz “ accroît sa population de 110 000 habitants en été ” et “ se gonfle de 200 000 estivants tout au long de l’année ”, pourrait être dissuasif. Mais non, une prestigieuse agence use de cet argument pour démontrer combien la ville attire le monde entier, en particulier “ les entrepreneurs de la finance et de la technologie ”. 87 agences s’y disputent le marché et grâce à Dieu, Biarritz “ n’a construit que peu de logements à loyers modérés (8%) ”. Autres arguments de poids en faveur de Bidart et “ ses 48 % de résidences secondaires ”, le “ village typiquement basque (…) regorge de nombreux biens immobiliers ”, on y déniche des restaurants montrant “ que la gastronomie compte vraiment dans la culture basque ”. Cerise sur le gâteau, “ vous y trouverez le terrain à la surface souhaitée dans lequel investir ”.

L’agence Michaël Zingraf Real Estate chiffre l’envolée des prix comme argument pour démontrer l’attractivité de la région: un trois pièces biarrot passe en deux ans de 350 000 à 790 000 €. Les marchands du temple reprennent pour en faire des arguments de vente tout ce que les abertzale dénoncent pour tirer la sonnette d’alarme. Nous ne sommes pas du même monde.

Participant de ce grand élan promotionnel, le Mag supplément hebdomadaire de Sud Ouest, publie en son n°528 une splendide photo sur double page : à Biarritz, Côte des Basques déserte, mer et ciel immenses. Sur un banc de sable à peine découvert, un surfer seul au monde “ se concentre et recharge son énergie avant de s’élancer dans les vagues ”, dit la légende. Sous entendu dans le propos subliminaire, venez tous en ce pays de rêve faire du surf ! Or chacun sait que nos plages sont impraticables tant elles sont envahies de monde, que les surfers s’insultent et en viennent aux mains sur les spots, que la pollution de l’eau de mer est régulièrement dénoncée par les surfers eux-mêmes… Ce mensonge par omission, ces visions défigurées du Pays Basque, réductrices et folklorisantes, prédatrices sur fond de spéculation et de profits éhontés, dangereuses pour l’avenir de notre peuple, son identité et sa langue, ses équilibres économiques et écologiques, sa démographie, ces agressions subies, font froid dans le dos.

Nous savons comment la surfréquentation tue un pays et au final, le tourisme même, sur le mode : “ Voici la sauce à laquelle nous allons vous manger, voici nos dollars, nos roubles, nos euros, ôte-toi de là que je m’y mette ”. “ Y a bon Bwana ” n’est pas loin. Tout est dû à cette arrogante ploutocratie.

Les abertzale et nos compagnons de route en sont convaincus. Avec d’autres, EHBai a pris le problème à bras le corps. Nos combats actuels en témoignent. Porté par ses récents succès électoraux, EHBai entend poursuivre le mouvement lors de son prochain congrès du 26 novembre. Il fixera la ligne du parti pour les quatre ans à venir, une période clef où le droit des Basques à habiter en Pays Basque va se jouer. Tous les abertzale et au-delà, les Basques “ de position ” et pas seulement “ de filiation ”, quelle que soit leur sensibilité, se doivent d’y apporter leur pierre et bâtir un outil efficace qui pèsera dans le bon sens au cours du débat politique. Il en va de l’avenir de nos trois provinces et de notre projet de société.

4 Commentaires

  1. jacques etcheverry
    Publié le 08/11/2022 à 09:42 | Permalien

    malgre nous on est dans la modialisation du tourisme Quatar Dubai et autre destinations de luxe proposent les même arguments. Paris est a un peu moins de 10000 euro le metre carré/ Les analystes financier annonce la crise de l’immobilier avec quels effets pour nous????

  2. Pierre Lasterra
    Publié le 09/11/2022 à 13:08 | Permalien

    Eskerrik asko testu argitsu honengatik, Ellande.

  3. sorhaits
    Publié le 09/11/2022 à 19:09 | Permalien

    Comment expliquer que ce débat sur les agences immobilières de luxe n’existaient pas lorsqu’elles étaient  » sauvagement malmenées  » en Pays Basque par les ancêtres de ces mémes surfeurs juste capables de se disputer aujourd’hui pour une vague sur laquelle flottent des plstiques flottant allègrement dans son bouillon d’escherichia colis ?
    Encore un dégât collatéral de la mondialisation ,

  4. Soulier
    Publié le 12/11/2022 à 10:00 | Permalien

    Nous sommes des agneaux apeurés.
    Comment pouvons nous laisser ces agents immobilier détruire notre pays et nous détruire quelque part ?
    On voit Carmen et leur « airbnb » à eux Poplidays pourrir le pays basque et attirer tous les investisseurs

    A quand de vraies actions ?

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