14 juillet par Jean Haritschelhar

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Eva Joly candidate à la présidence de la République, a fait une proposition sur le remplacement du défilé militaire par un “défilé citoyen” pour le 14 juillet. Passons sur les réactions “patriotardes” de certains députés membres de la “Droite populaire” où la xénophobie le dispute à la bétise si ce n’est l’injure.
L’Histoire que l’on m’a apprise sur les bancs de l’Ecole de la République du primaire au supérieur offre deux aspects du 14 juillet, celui du 14 juillet 1789 avec la prise de la Bastille et celui du 14 juillet 1790 marqué par la fête de la Fédération, le premier se voulant le symbole de la fin de la tyrannie, même s’il n’y avait que 3 pelés et 4 tondus emprisonnés à la Bastille, le second, au contraire, évoquant l’unité nationale par cette grande réunion des Fédérés venus de toutes les régions. Deux symboles, l’un manifestement guerrier, l’autre totalement pacifique. C’est le premier qui l’emporte dans l’esprit des Français, d’autant plus que c’est celui qui a été enseigné dans l’Ecole de la République depuis 1880 où, en application de la loi du 6 juillet 1880, le 14 juillet devient jour de Fête Nationale.
Nous sommes à une époque où, depuis l’amendement Wallon du 30 janvier 1875, la IIIe République devient une réalité, que les lois constitutionnelles sont votées, que naît dès lors “la République des Républicains” et que sont adoptés les symboles de la Nation: le drapeau bleu, blanc, rouge, l’hymne national, celui du Chant de guerre des armées du Rhin, et la Fête Nationale.
Dans la polémique qui a suivi la proposition d’Eva Joly, les historiens apportent aussi leurs opinions. Au sujet de la descente des Champs Elysées Max Gallo déclare: “Ce n’est pas du tout une parade guerrière marquant la conquête de nouveaux territoires, de l’agressivité ou du nationalisme”.
Certes, en 2011, cela est vrai, mais il con-viendrait d’écrire que “Ce n’est plus du tout” au lieu de “Ce n’est pas du tout” car, depuis 1880, la France de la République, en particulier avec Jules Ferry qui est par deux fois Président du Conseil entre 1880 et 1885, s’oriente vers une stabilisation des institutions et un élan nouveau. L’œuvre de Jules Ferry présente un triple aspect, politique, scolaire et colonial.
Politique par l’organisation des libertés publiques de réunion, de la presse en 1881 puis syndicales en 1884; scolaire avec l’institution de l’école primaire gratuite (1881) laïque et obligatoire (1882). Colonial enfin, par l’expansion de ce qu’on appellera dé-sormais l’Empire colonial français (Tunisie, Afrique noire, Madagascar et Indochine) Anglais et Français rivalisant jusqu’à Fa-choda en 1898.
La descente des Champs Elysées est sous la IIIe République une parade guerrière exaltant l’armée à laquelle on doit l’établissement de l’Empire colonial français. Elle est aussi pour la grande majorité des citoyens qui ont dans leur cœur et dans leur esprit la perte de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine, une marque d’agressivité en-vers l’Allemagne, la preuve que l’on voudrait éclatante du désir de récupérer les provinces perdues et, en même temps, l’exaltation du nationalisme français qui culminera à la veille de la première guerre mondiale par la fameuse “union sacrée”. C’était, avant 1914, le seul moment de présenter son armée à la nation France. Depuis, le 11 novembre et le 8 mai rappellent le sacrifice des soldats français au cours des deux guerres mondiales et la parade militaire le souligne.
Faut-il toujours, en souvenir de la IIIe République, maintenir la descente des Champs Elysées par une armée de métier et en présence à la tribune présidentielle de certains personnages devenus dictateurs sanguinaires?

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