Quelques propos (désabusés) d’actualité

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Les chiffres viennent de tomber: France 1.5%, Allemagne 3.6% (moyenne européenne 1.6%). Les 7 dernières années ont été des années de redressement économique pour l’Allemagne, en particulier, réduction de son déficit. Elle s’est effectuée par la hausse de la TVA de 2 points (taxé d’impôt injuste, car frappant les petits revenus plus que les gros, cela aurait été difficile en France, critiqué aussi par les tenants de la conservation de la consommation des ménages). L’Allemagne a fait cette «idiotie» mais a réussi. Vive le pragmatisme de l’Allemagne! C’est aussi une caractéristique de ses syndicats: réformistes et non doctrinaires. La France se débat dans la recherche de LA solution la plus juste, la plus conforme avec ses idéaux, mais le temps passe et les déficits se creusent… il faudra trouver entre les réductions des dépenses publiques et les hausses de prélèvements entre 90 et 120 milliards d’euros, sur 3 ou 4 ans. Soit DSK futur président devra le programmer, soit DSK patron du FMI l’imposera à la France… (comme le dit J. Attali dans un «express» récent). Aussi les élections de 2012 ont finalement peu d’enjeu!

La haute technologie
sauveur de l’industrie en France?
Une autre idée tenace réside dans le seul recours à la technologie et à l’innovation, mais un exemple récent montre combien cette idée peut être fragile. L’AGV d’Alstom (train à grande vitesse de dernière génération), a maintenant un concurrent «low cost» en Corée. Ce concurrent, moins cher, se retrouve sur le marché du Brésil. Mais, c’est en 1994, que le contrat signé par Alstom, gagné de haute lutte sur Mitsubishi, a ligoté Alstom par des marges réduites, le transfert de toutes les technologies, et, une fabrication locale (en Corée) d’au moins 50%.
En 1996, la Corée s’est lancée dans la création de son propre TGV à 90% local et moins cher.
Ne nous hâtons pas néanmoins d’écrire que l’opération est négative (travail pour Alstom de près de 1.000 salariés pendant 3 à 4 ans), mais, obligation d’avoir un «coup technologique d’avance», avec des investissements en R & D colossaux. Un exemple comparable a permis au coréen Kepco de ravir le marché nucléaire à Abu Dhabi, devant Areva et ses alliés qui rivalisaient pour le leadership dans une lutte franco-française, aussi stupide que caractéristique des industries hexagonales stratégiques liées à l’énergie, l’aviation, et le militaire.
Pour conclure, il semble aussi digne d’intérêt de booster l’initiative économique dans les technologies industrielles classiques mais avec un esprit de souplesse et d’opportunisme, en gros de réhabiliter «l’usine», de parier sur le «made in local», et de consommer «local», malgré le prix.

Défendre l’impossible
(syndicats de dockers à Marseille)
Nous avons tous lu et entendu les informations liées au conflit de 33 jours de grève (demande de départ anticipé de 4 ans à la retraite pour travail pénible). La Cour des comptes souligne (rapport de fin 2010) l’abus de la rente de situation de ces personnels. Cette même Cour avait, dans son rapport de 2005, relevé cette même anomalie. La situation ne s’est pas améliorée dans l’intervalle. Tout se passe comme si certains sujets étaient tabous. Aucun document comparatif (journalisme d’enquête) n’a donné d’études approfondies sur le sujet, à part tout ce qu’on a entendu à la radio depuis: salaire mensuel net entre 3.500 et 4.500 euros, plus 20 primes différentes possibles, ratio tonnage par grue moitié plus faible qu’à Barcelone, un nombre important de jours de fermeture dans l’année, moins de 15h de travail effectif par semaine, etc. Mais, la vraie responsabilité est à rechercher aussi dans les organes paritaires chargés de gérer le port: quelle est la position de la commission portuaire? Quelle est la position de la Région, propriétaire du foncier? Quelle est la position du concessionnaire? Et comment trouver un équilibre satisfaisant pour tous?
En attendant, Amsterdam passe au 4e rang en doublant Marseille-Fos, et Valencia n’est pas loin. Les négociations reprennent entre les Grands ports de France et la CGT. Une issue sera trouvée, elle permettra, à chacun, de sauver la face et de ne pas parler de ce qui fâche. La Cour des comptes épinglera de nouveau cette gestion en 2017 ou plus…

Le traitement de l’économie
par le journalisme
Les événements récents du Magreb ont encore soulevé le problème du traitement journalistique de l’information. M. Ben Ali n’a commencé à être un personnage peu recommandable qu’après sa chute! Que le gouvernement fasse preuve d’une certaine prudence (tout le monde a pu noter, qu’en la matière, la France a été à la traîne par rapport à la position des USA, beaucoup plus courageuse), cela paraît, malgré tout, presque logique. Que ce même gouvernement soit, par sa ministre des Affaires étrangères, en décalage sur l’appréciation des réalités, est une faute grossière. Mais le monde de l’information ne pouvait ignorer la situation de la Tunisie, Et, sauf erreur, nous ne connaissions pas l’étendue des dysfonctionnements. Il a fallu lire entre les lignes, dans les informations qui ont suivi, pour comprendre. Lors de la création d’entreprises significatives sur le plan des capitaux à investir (par exemple certaines compagnies aériennes) le groupe financier porteur du projet, n’avait l’accord du gouvernement, qu’à la condition que la famille Ben Ali obtienne une partie de ce capital (on a évoqué jusqu’à 20%). Tout naturellement, ainsi, 1/5 des revenus des affaires majeures de la Tunisie pouvait être détournées «légalement».
Sur le plan économique, je n’avais pas entendu cela avant les fameux événements!

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