
L’Édito du mensuel Enbata
Quel est le point commun entre Gérard Collomb, la cancoillotte, un Village des alternatives, Macron, et l’euskara ? Jean-Marie Girier. Diligent préfet des Pyrénées-Atlantiques, réputé pour préférer l’ombre à la lumière, il ne rate pourtant pas une occasion de se faire remarquer depuis sa prise de fonction en novembre 2024 à Pau. Socialiste féru et fidèle de Gérard Collomb, Girier fait la girouette et rejoint le prometteur mouvement En marche ! au point de devenir directeur de campagne d’Emmanuel Macron en 2017 (« c’est notre projeeeeeeet !”), ce qui lui vaut d’être propulsé préfet de Belfort, en Franche- Comté. Il troque ensuite le fromage fondu pour le farci poitevin en s’établissant préfet de la Vienne deux ans plus tard. C’est là qu’il entame ce qui s’avère aujourd’hui être sa croisade pour la défense du contrat d’engagement républicain (CER), en demandant le retrait des subventions à Alternatiba Poitiers suite à l’organisation de formations à la désobéissance civile non-violente lors d’un Village des alternatives. Quelle meilleure destination pour sa vocation purificatrice que le Pays Basque où, de la défense de la chambre d’agriculture alternative à la lutte contre la LGV, en passant par l’organisation des premières ikastola, les Artisans de la Paix et l’accueil des migrants, pullule la revendication d’un droit à défendre ce qui est juste quand bien même ce ne serait pas encore légal ?
Bingo : prudent les premiers mois, Girier a ensuite multiplié les attaques envers les différents secteurs. Il s’est opposé à la création du Conseil de l’agriculture et de l’alimentation, a réduit les financements à l’Office public de la langue basque et à l’Institut culturel basque, mené une politique ultra répressive envers les migrants : il faut tout un dossier d’Enbata pour détailler son palmarès. Paueko jauntto prefeta, handia duzu kasketa! Dernier fait d’armes en date : le refus d’octroyer à l’association de défense des milieux populaires Alda l’agrément d’association de défense des consommateurs, que son activité quotidienne de soutien aux droits (5 000 personnes soutenues en cinq ans) et son apport pour défendre le droit au logement sur le territoire justifient largement. Le motif ? « Les modes d’actions entrepris dans certains cas, qui consistent à dénoncer publiquement des agences ou des propriétaires en occupant de force des lieux privés ou en organisant des manifestations ou occupations de la voie publique non-déclarées ne paraissent pas compatibles avec les principes de l’engagement républicain.”
C’est vrai que violer le règlement de compensation et mettre des locataires dehors pour louer à prix fort pendant la période estivale, imposer des loyers dépassant les plafonds légaux, louer des logements indécents, faire signer des baux abusifs, ça, en revanche, c’est très républicain. Le préfet semble ignorer l’époque – pas si lointaine – où les actions d’Alda pour dénoncer les baux frauduleux donnaient lieu à des échanges très républicains dans ses bureaux de Pau, avec le précédent préfet, et contribuaient à la création d’un mécanisme unique dans l’Hexagone, le Comité de lutte contre les baux frauduleux… par le préfet et le procureur de la République eux-mêmes ! En 2025, le journal Le Monde constatait que, quatre ans après la mise en oeuvre du contrat d’engagement républicain, « un constat s’impose : le CER a été parfois détourné de son objet, en servant à sanctionner des associations n’ayant rien à voir avec l’islam radical”, son objet initial. Car derrière le croisé Girier, c’est toute une politique de restrictions des libertés associatives et de tentative de musellement de la société civile qui est à l’œuvre.
« Derrière le croisé Girier, c’est toute une politique de restrictions des libertés associatives et de tentative de musellement de la société civile qui est à l’œuvre. »
On se demande qui, en réalité, foule les principes de la République. Citons Jaurès sur la désobéissance civile pour réveiller sous la casquette de Girier les réminiscences de son socialisme passé : « La République, c’est le droit de tout homme à avoir sa part de souveraineté”.
