Prise directe sur le pouvoir

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Jakes Abeberri
Jakes Abeberri
Co-fondateur et directeur de publication d'Enbata.
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Communauté d'Agglomération Pays Basque (en haut) et Parlement de Strasbourg (en bas)

Communauté d’Agglomération Pays Basque (en haut) et Parlement de Strasbourg (en bas)

L’Édito du mensuel Enbata 

J’ai eu, pour la première fois, le sentiment de participer à l’assemblée générale d’un mouvement politique se préparant aux exigences de la prise de pouvoir. Ce 9 juillet à Ustaritz, prolongeant la vague municipale d’Euskal Herria Bai sur Iparralde, plus de 150 militants de toutes générations, débattaient sans complaisance mais dans le respect mutuel pour assumer la gestion de la nouvelle et seule institution couvrant l’ensemble du territoire historique de nos trois provinces.

Ici, comme en Hegoalde où la gauche abertzale le démontre par ses spectaculaires progrès aux élections autonomiques du 12 juillet, EHBai fait montre d’une véritable maturité politique.

Une vingtaine d’intervenants, argumentant, sans polémiques, ont plus de trois heures durant débattu des deux options préparées à cet effet par un groupe de 14 personnes désignées pour cela lors de l’AG de décembre 2019.

Devait-on désigner un candidat EHBai à la présidence de la Communauté d’agglomération Pays Basque, ou bien négocier avec le président sortant, Jean- René Etchegaray, pour prendre une place décisive dans l’exécutif en soutenant, notamment, un projet d’organisation participative de pôles locaux?

Le vote, à bulletin secret, décide pour deux tiers une participation à l’exécutif et un tiers pour la candidature d’Alain Iriart.

Vendredi 31 juillet, la seconde plénière de la Communauté Pays Basque a validé la stratégie de prise de coresponsabilité gestionnaire avec le président Jean-René Etchegaray, réélu dix jours avant. EHBai aura donc trois vice-présidents sur 15, contre un sortant et 9 membres du comité exécutif sur 35. De plus 4 abertzale de gauche dirigeront des pôles territoriaux.

Sur cette base de prise directe du pouvoir local et pour le conforter, les abertzale doivent-ils désormais s’organiser en groupe au sein de l’assemblée plénière à l’image de toutes les autres assemblées démocratiques, afin d’y mener une action politique? C’est ce à quoi ils réfléchissent en sachant que cette démarche peut être reproduite par les autres familles politiques du Pays Basque.

Cela ne serait-il pas, alors, l’émergence d’un lieu de débat public propre aux Basques? Notre pays aurait tout à gagner à cette évolution institutionnelle. EHBai ayant démontré sa maturité pourrait y jouer un rôle central et y préparer l’opinion aux échéances futures telles les élections départementales et régionales du printemps 2021 et législatives de 2022. Les élus abertzale y puiseraient une notoriété susceptible de faire fructifier nos audiences habituelles et, qui sait, en faire pour certains les élus majeurs de demain.

Ici, 7=1!

A Bruxelles, après un sommet historique de quatre jours, 27 = 1! Certes l’Union européenne depuis des décennies, parle et agit, au nom d’un ensemble d’États indépendants et associés, plus nombreux qu’à ses débuts à 6. Cette organisation sans équivalence au monde, aujourd’hui délestée du Royaume-Uni qui contrariait sa marche vers le fédéralisme, est devenue le 21 juillet, un quasi-Etat par sa capacité à s’endetter au nom de tous. Par ailleurs, au-delà des contributions de ses membres, elle peut elle-même lever des recettes. Cet objet politique original va désormais subventionner, non-plus ses Etats partenaires, mais des Régions ou des projets industriels privés ou publics afin de faire face à la catastrophe économique provoquée par le COVID-19. Cette manière nouvelle d’appréhender l’Europe est une révolution copernicienne. Héritière d’une histoire éclatée où naquirent nos nations modernes qui n’ont cessé de se faire la guerre, l’Europe invente aujourd’hui la mutualisation de la souveraineté. Elle ne forme pas encore une nation mais une société singulière, plurielle, fondée sur la démocratie. Démocratie qui exige en matière fiscale l’unanimité des 27 Etats pour un plan de relance d’une ampleur inouïe de 750 milliards d’euros. Démocratie qui amènera cet accord à une ratification par le Parlement de Strasbourg élu au suffrage universel de 450 millions de citoyens. Démocratie ensuite par le vote des 27 parlements nationaux et les multiples parlements locaux des fédérations, pour mettre en oeuvre cette relance financière sans précédent. Embarqués sur ce grand navire, tout cela nous concerne au premier chef. Notre engagement pour la nation basque devrait nous conduire, comme la Corse et la Catalogne, à siéger un jour à la table de Bruxelles où s’élabore une large partie de notre destin.

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