Psychodrame

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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Rugby1

Que Jakes Abeberry (1) n’en prenne pas ombrage mais, comme quelques autres bayonnais, je n’aime pas Biarritz. Enfin, je devrais plutôt préciser que je ne connais pas cette ville. Quand je m’y rends, c’est toujours par le même chemin (celui qui aboutit à la grande plage par le carrefour de l’Europe) quitte à faire potentiellement un grand détour pour arriver à destination. Pour moi aussi “Biarritz est une brune” (2) et je ne vois pas de jardins en oasis. Ainsi va l’inimitié entre deux voisins.

Le premier ennemi est toujours quelqu’un de proche. A la sauce des O’Timmins et des O’Hara. Deux familles qui dans Luky Luke se font la guerre depuis des générations sans que personne ne sache vraiment d’où est partie cette haine partagée.

Ici Biarritz la bourgeoise et Bayonne la populaire se côtoient sans se rencontrer.

Cette indifférence est raffermie par plus d’un siècle d’opposition sportive. Notamment en rugby depuis la création du Biarritz stade en 1902 (et du Biarritz olympique en 1913) et de l’Aviron bayonnais en 1904.

Gora sosa askatuta

La passion de l’ovalie, jusqu’à la déraison parfois, est telle, qu’on imagine que le peuple rugbystique de Bayonne et des environs(3) n’a pas d’autre centre d’intérêt que de voir 30 bonhommes se disputer un ballon qu’un anglais malicieux s’est évertué à rendre capricieux !

Certes, il y a des sujets de plus grande importance dans la vie d’un bipède mais force est de se rendre à l’évidence : depuis le retour dans l’élite de l’Aviron bayonnais en 2003, jamais le stade n’avait accueilli autant de spectateurs, surtout depuis 2010 (près de 14.000 en moyenne pour la saison 2013-2014) avec cette année des pics à 17.000 au premier match (Toulon) et au dernier contre La Rochelle.

L’enquête officielle de la CCI en 2010, portant sur la saison 2008-2009, s’appuyant notamment sur le travail de Sophie Herrera, révèle que le rugby pro à Bayonne générait 23 millions d’euros d’activité économique par an. Un impact économique qui va dégringoler avec la retrogradation du club en 2ème division…

Avec une première : jamais le Pays Basque n’avait été absent de l’élite.

Allez les boeufs, allez les branques !

Et bien sûr, le politique n’est pas loin. De fait, quand la Ville de Bayonne octroie une subvention de près de 800.000 euros par an à une entreprise privée. Ou quand certains élus comme Soroste, Ugalde ou Neys sont aux avantpostes.

Si Michel Veunac, maire de Biarritz, a eu une formulation claire sur son espoir de voir une équipe professionnelle de rugby d’une autre envergure géographique, son homologue bayonnais n’a pas eu son courage  politique à l’heure où vociféraient avec moult excès certains supporters bayonnais et dans une moindre mesure biarrots. Ainsi, les menaces proférées à l’encontre du président Manu Merin comme à l’adresse de Serge Blanco déconsidèrent ceux qui les profèrent. Les vertus tant louées du rugby ont volé en éclats. On ne peut que regretter que la réaction tripale, voire hormonale, ait pris le pas sur toute autre considération neuronale. Il y a là du grain à moudre pour les sociologues et autres psychologues du sport. Pourquoi tant de réactions vives ou outrancières? Pourquoi la raison s’efface-t-elle devant la paresse intellectuelle ? Est-ce dans la nature humaine de s’emballer pour si peu?

La parole se libère

A la décharge de certains supporters, les staffs des deux clubs respectifs ont fait montre d’amateurisme en cachant ce qui était une réalité et qui plus est en niant une évidence. Une source autorisée m’a confié, au surlendemain de la dernière journée, que le projet de la création d’une entité professionnelle en Pays Basque et en Top 14 était quasiment ficelé. Il était question de ne pas renouveler 18 contrats au BO et 8 à Bayonne. Mieux, le déficit de l’Aviron Bayonnais rugby pro d’une hauteur de 1,8 millions d’euros et celui du BO de 2,5 millions auraient été couverts par un apport de Serge Kampf… Contrairement à ce qu’à laissé entendre Jean-René Etchegaray au journaliste de Sud Ouest Pierre Penin, la fusion n’était que juridique. Personne n’a jamais proposé la disparition des deux clubs amateurs. Ce que certains esprits peu éclairés ont gobé et que d’autres, pour d’absconses raisons, ont volontairement propagé…  Et donc, plus que la question de la fusion, se pose la question de la survivance d’un club en 1ère division. Si nous n’en voulons pas, il ne faut rien changer. Et on se contentera de compétitions rugbystiques de seconde zone. Si, par contre, nous voulons voir un rugby professionnel au plus haut niveau en Euskal Herria,  il n’y a pas d’alternative. Ce n’est plus le choix de la passion mais celui de la raison. Financière d’abord, par la recherche de nouveaux partenaires,  et notamment en Pays Basque Sud. Et géopolitique ensuite, que ne peut renier aucun abertzale. Finies les querelles de clochers ! Et vive “Bayonne Biarritz Pays Basque” qu’ose appeler de ses voeux l’ex-maire bayonnais Jean Grenet aujourd’hui, alors qu’avec son ex-confrère biarrot Didier Borrotra, il n’a eu de cesse que d’encourager une fuite en avant. Ce sont eux qui ont financé avec notre argent, il y a 7 ans, la rénovation concomitante des deux stades voisins de 5 kilomètres, à hauteur de 14 millions d’euros…

Chiche, on réfléchit ensemble ?

Enfin, comment oublier les associations de supporters, pas vraiment à la hauteur, qui ont eu beau jeu de critiquer à juste raison l’opacité des discussions de rapprochement alors qu’eux-mêmes n’ont su enclencher ni  débat approfondi, ni consultation de leur base. C’est en partant de ce constat d’un manque criant d’échanges et de pédagogie que le Collectif Citoyen bayonnais a décidé d’organiser un débat public le vendredi 19 juin à 18h15 sur l’avenir du rugby professionnel en Pays Basque. Il sera question de prendre un peu de hauteur, de faire appel à une sociologue et à un juriste du sport, à des politiques, à des anciens joueurs, entraîneurs, aux associations de supporters afin de nous éclairer sur la complexité de ce sport de haut niveau et de comprendre les mécanismes qui concourent à tant de passions…

(1) Jakes Abeberry est responsable de la publication du journal Enbata et aussi indécrottable biarrot !
(2) Comme le clamait notre regretté chanteur d’opérette.
(3) 70 % des abonné(e)s au stade Jean Dauger n’habitent pas Bayonne. Un ami luzien supporter du BO jure sur la tête de Blanco que parmi eux 30 % viennent des Landes…

Un commentaire

  1. CASENAVE
    Publié le 16/06/2015 à 00:58 | Permalien

    Cher Jean-Marc , contrairement à tes dires, pour l’AB et Bayonne , la création d’un club unique , vu les statuts prévus , c’est la très probable disparition de la section rugby amateur de l’AB .
    Pourquoi ?
    Pour créer comme prévu par les statuts du club unique une équipe AB en fédérale 3, pour respecter les statuts de la FFR , il faut en quelques semaines puisque la reprise sportive est imminente créer 2 équipes de seniors réglementaires , donc mobiliser 40 à 50 joueurs seniors d’ici le début de la nouvelle saison , ,ce qui parait pratiquement impossible .
    Si ces 2 équipes seniors ne sont pas réunies , il est impossible de maintenir les sections junior ( ou U18) et cadet (ou U16) et l’école de rugby : c’est la mort du rugby amateur AB .

    Si par surprise , 2 équipes seniors sont réunies en quelques semaines , la pratique des juniors ( ou U18) et cadets (ou U16) se fera à un faible niveau : au lieu de jouer contre Bègles ou Agen , les jeunes joueraient contre Saint-Palais , Hasparren , niveau fort honorable , mais beaucoup moins attractif pour les jeunes rugbymen ambitieux locaux ou de l’extérieur .

    Il est à noter que la perte du centre de formation AB ( très performant en lui-même ) , perte relative par « fusion » avec celui du BO , sera source d’économies , mais aussi cause de la formation de 2 fois moins de joueurs espoirs de bon niveau : est-ce une bonne chose que diminuer la formation dans n’importe quel domaine ?

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