Réflexions autour du ScoT

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Peio Etcheverry-Ainchart
Peio Etcheverry-Ainchart
Historien de formation et éditeur de profession; membre d'Abertzaleen Batasuna et conseiller municipal abertzale à Saint-Jean-de-Luz.
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Bureau du SCoT, constitué des délégués des six intercommunalités adhérentes.

 

Le SCoT de l’agglomération de Bayonne et du sud des Landes a enfin été voté. Il était temps : pour un document censé établir les logiques de l’aménagement du territoire sur tout ce bassin de vie, en autorité sur les PLU et autres documents d’urbanisme locaux – bien singulièrement votés avant lui – le retard à l’allumage aura été plutôt conséquent.

Enbata ayant décidé de consacrer l’essentiel de sa livraison au SCoT de l’agglomération de Bayonne et du sud des Landes (plus simplement dit “SCoT nord”), pas la peine de faire des redites. Contentons-nous de souligner une nouvelle fois son importance en rappelant deux éléments: par son PADD il établit une stratégie, qui prend en compte l’ensemble des grands domaines de la vie quotidienne (des transports à l’emploi, des espaces naturels au logement), corrigeant ainsi une énorme lacune des politiques publiques d’avant la loi SRU, celle de la politique au coup par coup ; par ailleurs, cette stratégie couvre un vaste périmètre en tentant d’y donner harmonie et unité (d’où son nom de “cohérence territoriale”), corrigeant là encore une lacune ancestrale, celle du “je fais sur ma commune ce que je veux et je me fous de ce qu’il y a à côté”.

Soulignons par contre deux limites de l’exercice. La première, c’est que si les bonnes volontés sont affichées et si le document fait très joli sur le papier, l’expérience – certes encore récente – des autres SCoT en France ou même celui du sud Labourd montrent que la réalité des faits est bien moins belle, jusques et y compris dans les deux apports importants soulevés plus haut. La deuxième limite réside d’une part dans le fait que les SCoT des franges urbaines du Pays Basque nord laissent en marge tout le Pays Basque intérieur, de sorte que celui-ci devra se débrouiller de son côté, et d’autre part ils pêchent par l’absence d’un document qui les coordonne entre eux, que seule une institution spécifique pourrait apporter. Ceci étant dit, l’outil est là et il reste désormais à s’en servir.

L’enjeu particulier du logement

L’un des enseignements les plus lourds que révèle le diagnostic de ce SCoT est le chiffre suivant, qui n’est pas une énorme surprise puisque les travaux du Conseil de développement l’avaient déjà annoncé il y a une vingtaine d’années mais qui nous est rappelé avec tout son caractère vertigineux: 30.000 personnes de plus sont attendues d’ici à 2025. Au vu des soucis actuels de ce territoire notamment en termes de transports, d’activités économiques ou d’environnement, cela pose de redoutables problèmes.

Mais celui qui saute le premier aux yeux concerne bien évidemment le logement. Cela ressemble presque aux problèmes d’arithmétique posés à nos grands parents, la baignoire et la fuite de robinet en moins: sachant que l’on ne parvient déjà pas à loger tout le monde dans de bonnes conditions aujourd’hui et considérant que ce territoire n’est pas extensible, comment loger ces 30.000 personnes nouvelles? La réponse est donnée dans le rapport de présentation du SCoT: il faut produire 31.500 logements supplémentaires sur la période 2010-2025. En ce qui me concerne, je l’affirme d’ores et déjà: cette réponse ne me satisfait en aucune manière. Bien sûr, poser l’équation “on manque de X logements donc on les construit” peut superficiellement paraître de bon sens. Sauf que la production de logements nécessite du foncier, non seulement pour construire les bâtiments eux-mêmes mais aussi les accès, les réseaux divers, l’assainissement, tout cela au détriment du foncier qui pourrait être destiné aux activités économiques (notamment agricoles) et avec toutes les conséquences que cela suppose aux plans environnemental, paysager et même culturel et social.

Un pays n’est et ne doit pas être figé ;
il serait dangereux de dire
qu’il ne faut plus rien construire et geler le territoire.
Mais tout est dans la mesure
et surtout dans l’avenir que l’on souhaite pour ce pays,
avenir qui demande à être dessiné
par une stratégie à long terme.

Bien sûr, un pays n’est et ne doit pas être figé ; il serait dangereux de dire qu’il ne faut plus rien construire et geler le territoire. Mais tout est dans la mesure et surtout dans l’avenir que l’on souhaite pour ce pays, avenir qui demande à être dessiné par une stratégie à long terme. Or à poser d’emblée qu’à une demande de logements on répond par une production quasi équivalente, il me semble qu’on ne se pose pas toutes les bonnes questions: quel pays veut-on ? Avec combien et quel type d’habitants ?

Un pays qui vit au quotidien

Si l’on se pose ces questions-là, on en vient fatalement à regarder si les logements manquent réellement sur le territoire de ce SCoT nord. On me dira que je radote, mais je le maintiens: quand on prétend accueillir tant de milliers de nouveaux habitants, que l’on veut économiser l’espace tout en maintenant l’équité sociale face au logement, on regarde si les logements existants peuvent répondre à la demande avant même d’en construire de nouveaux. Or, avec plus de 19.000 résidences secondaires sur le périmètre du SCoT nord, on comble plus des 2/3 des nouveaux besoins. Si réellement nous ne manquions pas de logements, ces résidences secondaires ne seraient pas un problème. Mais qui peut dire qu’actuellement elles n’en sont pas un et donc, aussi, une part de la solution ?

Si l’on ajoute à ces considérations statistiques le fait que ces logements-là entraînent aussi une dramatique dévitalisation de centres-villes tels que celui de Biarritz, une spécialisation commerciale autour du luxe et du saisonnier, et tant d’autres effets néfastes pour si peu d’effets positifs, on se dit vraiment qu’il est temps d’agir et que le projet de loi ALUR est une nouvelle occasion manquée. Quant aux dispositions de ce SCoT en ce domaine, elles peuvent être de très bonne politique, dans les conditions actuelles elles seront toujours les moins mauvaises des solutions.

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