Savoir gérer le temps long d’un «rapport de forces permanent»

G.-Simeoni-J.G.-Talamoni-E.-Macron-678x381Un débat a lieu au sein de la majorité territoriale Corse, qui continuera tant que dure la mandature : comment gérer durablement la relation avec l’Etat ?

Au départ, il y a eu le « binôme institutionnel », formé par Gilles Simeoni et Jean Guy Talamoni participant ensemble à toutes les réunions officielles. Puis il y a eu la position de Corsica Lìbera, demandant à ses élus de ne plus participer aux réunions ministérielles. Jean Guy Talamoni a relayé cette position, et, à plusieurs occasions de visites ministérielles, il a refusé d’accompagner Gilles Simeoni au contact des émissaires du gouvernement.
Une exception avait été consentie début juin pour la venue du Ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, quand Jean Guy Talamoni a participé à la réunion tenue avec les deux chambres consulaires autour de la situation économique de la Corse. Mais cela a été vite rectifié par un communiqué : « quelques minutes seulement de réunion ont suffi à constater l’inutilité de cette nouvelle visite ministérielle (…) nouvelle mise en scène médiatique visant à faire croire que Paris est attentif à la situation de la Corse ».

Puis ce débat a rebondi quand le Président de l’Assemblée de Corse a annoncé qu’il ne serait pas présent à Paris lors du rendez-vous fixé par Edouard Philippe le 02 juillet 2018 pour faire le point de la réforme constitutionnelle.
Jean Guy Talamoni a écrit au premier ministre : « J’en déduis que l’on me demande d’avaliser par ma présence le résultat d’un faux dialogue et de consentir à voir mépriser les institutions légitimes des Corses. Je ne le ferai pas. (…) j’ai encore un pouvoir : celui de dire non. Celui de ne pas aller à Canossa. Celui de ne pas déférer à vos convocations. »

Femu a Corsica, par contre, a approuvé la décision de Gilles Simeoni d’y participer.
« Je suis Président du Conseil exécutif de Corse, et ai pour fonction et pour devoir, à travers cette fonction, de représenter la Collectivité de Corse, et tous les Corses. Concernant le sens de la rencontre du 2 juillet à Matignon il ne s’agit à l’évidence pas, en rencontrant Edouard Philippe, de déférer à une invitation du Premier Ministre, et moins encore d’acquiescer à la politique de l’Etat en Corse, (…) il s’agit simplement de clore ce cycle de discussions, initié à travers les rencontres que nous avons eues avec Mme Gourault, Ministre en charge du dossier Corse à Aiacciu le 5 janvier 2018, et M. Philippe, Premier Ministre, le 13 mars 2018, mais également avec Emmanuel Macron, le Président de la République, le 6 février 2018 au siège de la Collectivité de Corse à Aiacciu. »
Et le Président de l’Exécutif de la Collectivité de Corse ajoute : « la politique de la chaise vide n’est pas tenable ».

En effet, la logique du cycle de réunions engagé et qu’il faut terminer, pour pertinente qu’elle soit, n’est qu’une facette de la question. Une fois la séquence de la réforme constitutionnelle passée, si tant est que l’amendement déposé par la droite à Paris pour annuler l’article 72-5 du projet de réforme n’est pas adopté, privant la Corse de toute mention dans la constitution, la vie va continuer pour ceux qui sont à la tête de la Collectivité de Corse. Les futurs contrats de plan, les budgets européens pour la Corse, l’achèvement du PEI et sa poursuite sous une autre forme, les postes « langue corse » au rectorat, etc… : la conduite des affaires de la Corse est une négociation au quotidien avec les services de l’Etat, et le plus souvent l’arbitrage se fait au niveau ministériel. Comment penser conduire les affaires de la Corse, ce qui est le devoir de la majorité actuelle, en coupant tous les ponts avec l’Etat ? Ce serait bien sûr intenable.

En fait, les nationalistes à la tête du pouvoir territorial doivent inscrire leur relation avec l’Etat dans un temps long, celui d’un « rapport de forces permanent », jusqu’à l’autonomie, et au delà, puisque, par définition, l’autonomie, même de plein droit et de plein exercice, supposera la continuité d’une relation avec l’Etat.
La vision simplificatrice d’une « démarche de rupture », pour légitime qu’elle soit au regard du droit à l’autodétermination, ne serait qu’une fuite en avant et ne conduirait qu’à une impasse, puis à une inéluctable défaite électorale. Or notre force dans le « rapport de forces permanent » avec l’Etat tient avant tout aux 56,5% des voix que nous avons rassemblées en décembre dernier.

C’est ce capital qu’il nous faut préserver, en organisant notre force politique, et en conduisant les affaires de la Corse avec pragmatisme et efficacité.

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