La pratique de l’euskara stagne dans l’espace public

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Ellande Duny-Pétré
Ellande Duny-Pétré
Engagé dans le mouvement abertzale depuis le Procès de Burgos. Responsable de la chronique Hegoalde dans Enbata.
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Marché de Bayonne.

Marché de Bayonne.

Plus 1,8% en 33 ans, telle est la progression dérisoire de l’usage de l’euskara dans l’espace public sur l’ensemble du Pays Basque. Notre langue est utilisée dans la rue par seulement 12,6 % des habitants. En Iparralde, la pratique a baissé de 3,6 points depuis 1997. Tels sont les résultats inquiétants d’une récente enquête sociolinguistique. Le spectre d’une évolution “à l’irlandaise” menace.

Avec une légère chute entre 2006 à 2016, la pratique de l’euskara dans l’espace public du Zazpiak bat demeure aujourd’hui extraordinairement réduite, après des décennies de politiques publiques et d’efforts militants. Une grande enquête sociolinguistique diffusée le 25 mai en fait le constat. Elle a été réalisée par Soziolinguistika Klusterra, entre septembre et octobre 2021, le Biarrot Eneko Gorri fait partie de cet organisme. 512.260 personnes et 187.635 conversations ont été observées dans 144 communes du Pays Basque. L’évaluation de l’usage public de l’euskara a fait l’objet de sept enquêtes depuis 27 ans.

Quelques chiffres plus positifs. Une augmentation de l’usage de la langue est à noter depuis cinq ans chez les enfants. Plus les habitants sont jeunes, plus la pratique augmente. Les chiffres sont les suivants : enfants 18,3%, jeunes 12,3 %, adultes 11,5%, et personnes âgées 8,1 %. Chez les adultes, cet usage double ou triple lorsqu’ils s’adressent dans la rue à un enfant, on passe de 8,6 % à 19,3%; les femmes utilisent davantage l’euskara que les hommes. Tous sexes et classes d’âge confondus, la pratique varie beaucoup d’une province à l’autre : Bizkaia (8,8%), Gipuzkoa (31,1%), Iparralde (4,7%), Araba (4,6%) et Nafarroa (6,7%). Curieusement, l’étude révèle que dans les zones qui ont plus de 75 % de bascophones, l’usage de la langue dans l’espace public a baissé depuis cinq ans, alors qu’ailleurs, il a augmenté depuis 1993. Dans les capitales de provinces, il se situe entre 2,4 % et 2,5 % de la population, sauf à Donostia où il atteint 15,3 %. La pratique se maintient à Iruñea depuis 1997, elle progresse à Gasteiz depuis cinq ans et baisse à Bilbo et Donostia. Signe que chacun peut constater en Hegoalde, y compris dans des zones très bascophones : dans les bars, la télévision affiche systématiquement la chaîne espagnole RTVE, jamais la chaîne basque ETB1. Contrairement à nos voisins où la chaîne catalanophone TV3 est systématiquement choisie.

On constate en Iparralde que l’usage de notre langue a baissé dans les zones les moins bascophones et il a augmenté dans celles qui le sont davantage, la Basse Navarre et la Soule. Entre 1997 et 2021, il perd 3,6 points, en passant de 8,3% à 4,7%, alors que le français atteint 86,1%. L’arrivée importante et récente de populations nouvelles sur la Côte ne doit pas être étrangère à ce phénomène.

On constate en Iparralde que l’usage de notre langue a baissé dans les zones les moins bascophones
et il a augmenté dans celles qui le sont davantage, la Basse Navarre et la Soule.
L’arrivée importante et récente de populations nouvelles sur la Côte
ne doit pas être étrangère à ce phénomène.

S’enhardir et faire tache d’huile

Les évolutions sociolinguistiques sont des phénomènes assez lents, dans le sens de la disparition ou celui de la résurrection. Mais ces chiffres sont d’autant plus inquiétants que la courbe démographique basque est catastrophique, avec un taux de natalité quasiment le plus bas d’Europe, à peine devant l’Italie. Nous connaissons en 45 ans une chute de 64,1 % des naissances, et nous sommes très en-deça du renouvellement des générations (1,8 enfants par couple, au leu des 2,2 nécessaires). Le grand écrivain Ramon Saizarbitoria a récemment fait part dans le quotidien Berria de son amertume : l’euskara n’est plus l’élément majeur qui définit la basquitude ; jamais l’euskara n’a été autant su, jamais il n’a été aussi peu pratiqué…

L’état des lieux présenté le 25 mai donne l’impression que les bascophones, en n’osant pas s’exprimer publiquement dans leur langue, ont intégré inconsciemment le rapport de domination où ils sont plongés. Comme un effet secondaire de la dépréciation et de la honte de soi infligés par l’école et la culture dominante.

Euskaldun zahar, euskaldun berri doivent s’enhardir, y compris ceux qui ne sont pas très avancés dans l’apprentissage de la langue, en surmontant la crainte de commettre des fautes et le stress qui va avec. La balle est dans leur camp.

Pour acheter son pain ou son journal, il n’est pas nécessaire d’atteindre un niveau élevé de connaissance de l’euskara, nul besoin de trois ans d’efforts à AEK pour apprendre à rendre la monnaie… et il est surprenant de voir aujourd’hui des personnes nées loin du Pays basque, en particulier des commerçants, faire l’effort d’utiliser l’euskara et s’en sortir fort bien. Alors que des « natifs » restent en rade et dans le meilleur des cas, s’excusent. Cette offre quotidienne et spontanée, cette main tendue, cette banalisation sans agressivité et empreinte de séduction, doivent être la règle, y compris en présence et à l’adresse des non bascophones, pour les convaincre et faire tache d’huile.

Dans un contexte bien différent, on sait combien l’usage quasi généralisé de la langue a contribué à l’émergence et au renforcement du catalanisme.

Le tableau présenté par Soziolinguistika Klusterra sera examiné de près par les pouvoirs publics et les instances en charge de ces questions. Euskaraldia et sa campagne Ahobizi/Belarriprest a du pain sur la planche. Elle aura lieu cette année du 18 novembre au 2 décembre. L’exercice se base sur deux « rôles » que les participants décident d’endosser et qu’ils signalent en portant un badge: les rôles d’Ahobizi et de Belarriprest. Ses participants prennent pour toute la durée de l’exercice des engagements relatifs au rôle qu’ils ont choisi.

 

4 Commentaires

  1. Nicolas Goñi
    Publié le 04/08/2022 à 18:45 | Permalien

    Karrikako erabilera bezala, idatzizko eta irakurrizko erabilera aztertzen ahalko ginuke ere, eta ohartuko ginateke alfabetatzean badela bidea oraindik. Nahiz eta gure aitatxi-amatxien belaunaldiekin konparatuz oraingo euskaldunok bederen badakigun euskaraz irakurtzen eta idazten, iduritzen zait halere irakurtzeko ohitura oso guti badela oraindik, eta idazteko gutiago ere, bereziki Iparraldean. Ohitura horiek aldatu behar dira erruz.
    Segitzen badugu Iparraldean nagusiki frantsesez idazten (Enbatan idazten dugunok barne) eta irakurtzen, eta Hegoaldean nagusiki espainolez, herri euskaldunaren helburua ez zaigu hurbiltzen, eta Hegoalde / Iparralde arrakala kulturala, jadanik zabala dena, gehiago zabalduko da.
    Diglosia egoerak ez digu lana errexten noski, korronte erdaldunaren kontra igeri behar baitugu eta honek ahalegina suposatzen du, barneratu ditugun ohiturak gainditzeko. Baina ahalegin hori gabe ez dut garbi ikusten nola herria eraiki. Bakoitzak bere aldetik frantsesez eta espainolez nagusiki komunikatzen duten Iparralde eta Hegoaldek, ezin dute elgarrekin herri sendo bat osatu.

    • Sara
      Publié le 06/08/2022 à 07:44 | Permalien

      « L’état des lieux présenté le 25 mai donne l’impression que les bascophones, en n’osant pas s’exprimer publiquement dans leur langue, ont intégré inconsciemment le rapport de domination où ils sont plongés. Comme un effet secondaire de la dépréciation et de la honte de soi infligés par l’école et la culture dominante ».
      Vous vous trompez. Ceux qui parlent par exemple le navarro labourdin trouvent que le batua est une horreur. De plus, ils ont honte de passer pour des arriérés qui n’ont pas appris le basque unifié à l’école. Le problème est intrinsèque à la société basque et ne subit aucune influence extérieure. Malheureusement. La solution d’un équilibre intérieur entre les différentes influences de la langue est ainsi beaucoup plus difficile à trouver. Plus intéressant serait un audit sur la qualité de la langue basque écrite et parlée par les jeunes. Au nom d’une idéologie il serait inacceptable que les jeunes parlent et surtout écrivent un basque plein de fautes, maîtrisent encore plus mal l’espagnol et le français. Une telle personne n’a aucune chance nulle part sur le marché travail.
      Oker zaude. Navarro laborantzan hitz egiten dutenek, adibidez, batua izugarrikeria bat dela uste dute. Gainera, lotsatu egiten dira eskoletan euskara batua ikasi ez dutelako. Arazoa intrintsekoa da euskal gizartean eta ez du kanpoko eraginik jasaten. Zoritxarrez. Hizkuntzaren eragin ezberdinen arteko barne-oreka aurkitzea askoz zailagoa da horrela. Are interesgarriagoa litzateke euskararen kalitateari buruzko autentifikazio bat gazteek idatzi eta hitz egiten dutena. Ideologia baten izenean onartezina litzateke gazteek euskaraz hitz egitea eta batez ere hutsegitez beteriko euskara idaztea, gaztelania eta frantsesa are okerrago menderatuz. Horrelako pertsona batek ez du inolako aukerarik inon lan merkatuan.

      • Nicolas Goñi
        Publié le 08/08/2022 à 08:51 | Permalien

        Hemengo hainitzek bezala euskalki hori jaso nuen etxetik, eta ez zait inoiz iduritu euskara batua « itsusia » denik. Euskara normalizatu nahi badugu, batua behar da, bertzela ibiliko gara gibelaturik bakoitza bere zokoan, Irungoak ezin Urruñakoekin elgar ulertu, Baigorrikoak Doneztebekoekin… Eta zer da batua, ez baldin bada justuki euskararen barneko oreka bat atsemateko entsaioa?
        Berdin aipatzen duzun lotsa horrek ez du zerikusirik batuarekin, lotsa hori Iparraldean frantses eskolak sartu zien XX. mende hasierako ikasleei, gero frantsesez zabaldu zen gizartearen modernizatze eta industrializatzeak, aski ezaguna den bezala. Eskoletan lehenago erakatsia izan balitz euskara, ez ginateke egoera penagarri huntan izanen.
        Aldiz « Navarro-laborantza » izendatzeak hori bai lotsagarria iduritzen zait eta ongi erakusten du gure euskalkiari diozun errespetua…

      • Ezgal
        Publié le 10/08/2022 à 10:42 | Permalien

        « Le problème est intrinsèque à la société basque et ne subit aucune influence extérieure ».

        Dokumentaturiko debekuak oinarri esaldi hau gezurtatzen dituzten zenbait idatzi (zoritxarrez gehiago badira):
        -Wikipedian irakugai dagoen « Euskararen debekua » artikulua horrela hasten da: « Euskararen debekuak historian zehar euskarari ezarritako debekuak biltzen ditu, jazarpen soziopolitiko baten baitan, euskara galarazi eta haren ordez boteretsuen erdarak nagusitzeko asmoz. Dokumentutako debekuak Erdi Arotik abiatu eta gaurdaino luzatzen dira eta ondorio gisa euskararen erabilera eremua nabarmen murriztea ekarri dute, egun euskara hizkuntza gutxitu bilakatu arte ». Gehiago jakin nahi duenak esteka hor du: https://eu.wikipedia.org/wiki/Euskararen_debekua

        -gaiari buruzko bi liburu:
        Euskaraz Koldo IZAGIRREren Autopsiarako frogak (https://www.elkar.eus/es/liburu_fitxa/autopsiarako-frogak/izagirre-koldo/9788492468263)
        Gaztelaniaz Joan Mari TORREALDAIren Asedio al Euskera: Más alla del libro negro (2018, Txertoa) (https://www.elkar.eus/es/liburu_fitxa/asedio-al-euskera-mas-alla-del-libro-negro/torrealdai-nabea-joan-mari/9788471485977)

        Bestalde, hutsei buruz denek egiten ditugu, gazteek bistan dena eta zaharragoek ere bai, « Navarro-laborantza » menperatzen dugunok eta baita gaineratekoek. Nicolas Goñik gomendatuari jarraikiz idazle trebeak gehiago irakurriz -eta gehi nezake hiztun onak gehiago behatuz- huts gutiago eginen ditugu denek eta aiseago ariko euskaraz.

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