Sujet casse-gueule

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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L'hôpital mobile déployé aux urgences du Centre Hospitalier de la Côte Basque à Bayonne

L’hôpital mobile déployé aux urgences du Centre Hospitalier de la Côte Basque à Bayonne

Vous vous rappelez le temps où on s’enlaçait entre femmes ou entre hommes avec force muxu ? Et même -soyons fous- entre femmes et hommes ? Aujourd’hui, son semblable est devenu un danger potentiel : la distanciation est de mise. Elle est organisée, légiférée et susceptible de condamnation si elle n’est pas respectée. Vade retro satana ! Pourtant, nous aurions besoin, à minima, de “4 câlins par jour pour survivre, 8 pour fonctionner et 12 pour croître”.(1) Il y a tant à dire sur cette drôle d’époque où nos enfants et petits-enfants ont perdu un peu de leur innocence ! Par exemple, sur le virus en lui-même, son origine, ses transmissions, sa durée, ses impacts différenciés, son immunité, ou ses traitements avec un vaccin ou l’hydroxychloroquine, sujette à controverse. Et bien sûr, quant à la façon dont les gouvernements mettent en place des mesures sanitaires et au final régentent la vie sociale de la population. Une chose est certaine : cette vie est bouleversée pour l’essentiel de l’humanité. Le reste, tout le reste, est discutable. Car l’esprit critique, tant loué pour l’éducation scolaire des enfants, devons garder. Le plus difficile étant de trouver le juste milieu entre traiter d’assassin quelqu’un quand il laisse le masque sous le nez et, à contrario, ne pas sombrer dans des thèses conspirationnistes. Il y a donc lieu d’interroger, en tant que citoyen, ce qui nous est présenté.

Covid-19 : 2 ans de retard !

Depuis le début de la pandémie de la Covid-19, la gestion parfois hasardeuse de la crise a alimenté les rumeurs et les théories du complot, et le flot d’informations inhérent à ce genre de phénomène, mondial et inédit, a inévitablement entrainé son corollaire : une désinformation tout aussi massive. Les experts convoqués à tout va ont fini par perdre en crédibilité à force de se contredire, et les revirements de l’OMS, notamment sur le port du masque, n’ont pas aidé”.(2)Une autre certitude : la vérité d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui ni celle de demain. Tout et son contraire a été dit, ce qui a encouragé la suspicion. Surtout quand la parole venait d’experts parfois détenteurs d’intérêts dans des labos pharmaceutiques. Ainsi, il en va de l’origine de ce virus (tantôt animale, tantôt fruit d’une manipulation humaine, volontaire ou accidentelle). Il n’en fallait pas plus pour jeter le discrédit sur toute parole officielle, de scientifiques comme de politiques. Il faut dire que les chiffres quotidiens dont on nous abreuve sont livrés sans grande démarche pédagogique et dans une certaine confusion. Il y a le taux d’incidence (le nombre de nouveaux cas sur sept jours rapportés à 100.000 habitants), d’hospitalisation, de réanimation (une femme pour deux hommes), de contamination ou enfin de mortalité. Dans ce dernier cas de figure spécialement, on nous annonce, de façon récurrente, un nombre de morts depuis les dernières 24 heures, sans aucune perspective ni de comparatif.

De la difficulté à savoir

Ainsi, où en est-on des courbes comparatives notamment avec le confinement, épisode 1? Au 26 novembre, selon Santé publique, 320 personnes seraient hospitalisées dans le département des Pyrénées-Atlantiques dont 24 en réanimation. Des chiffres qu’il faut à peu près diviser par deux pour obtenir ceux qui concernent le Pays basque Nord. Mais encore? Depuis le début de l’épidémie, il y aurait eu 167 décès dans ce même département. Car, in fine, la question est de savoir à quel point cette maladie infectieuse est mortelle. Et ce taux est soumis au débat, tellement plusieurs facteurs rentrent en ligne de compte dont le fait que d’un côté de nombreux pays ont du mal à compter avec précision tous les décès liés au virus-même en France— et de l’autre parce que “de nombreuses personnes infectées présentent des symptômes légers, voire aucun, et de ce fait ne sont pas détectées, mais aussi parce le délai entre l’infection et le décès peut être très long, jusqu’à deux mois”.(3) Ainsi, fondée sur les données de séro-prévalence à Genève, une étude estime, en France, le taux de mortalité à 0,6% pour la population totale, et à 5,6% pour les personnes âgées de 65 ans et plus. Selon Statista(4), la France serait au 15e rang mondial des pays les plus touchés en terme de mortalité (0,7%). Le quinté de tête serait la Belgique (1,3%), le Pérou (1%),l’Espagne (0,9%), l’Italie (0,8%) et le Royaume-Uni (0,8%).

Réanimons l’hôpital !

Et puis, il y a ce deuxième épisode de confinement totalement hexagonal qui, à l’instar du premier, a réussi à mettre une bonne partie de la population sous cloche. Qui l’eût cru? Avec son lot de mesures contradictoires, irrationnelles ou injustes. Ainsi, contrairement à Barcelone par exemple, les grandes surfaces sont restées ouvertes pendant que les petits magasins étaient priés de fermer : et dire que l’on croyait que la promiscuité favorisait la contagion ! Beaucoup pensent que malgré les dégâts monstrueux au niveau économique, social ou psychologique qu’engendrent ces confinements, l’objectif premier serait d’éviter l’encombrement des hôpitaux. Et par cascades, d’éviter que les soignants choisissent qui mériterait de vivre, avec pour conséquences des procès à la pelle. Il faut dire qu’avec 15 lits en réanimation à l’hôpital de Bayonne pour une population de plus de 300.000 personnes, les leçons du premier confinement n’auront pas été retenues. Avec en sus, un manque criant d’infirmières et d’aide-soignantes. Certains, perfides, allant jusqu’à ergoter qu’il faudrait distinguer les personnes décédées du Covid et avec le Covid. D’autres s’interrogent sur une gouvernance infantilisante, culpabilisatrice et donneuse de leçon, qui plus est renforcée par les apparitions du Président de la République dont la parole, déifiée, n’est pas soumise au débat.

Que d’interrogations !

Le pourcentage de la population immunisée, à partir duquel la propagation du virus serait interrompue, fait l’objet de nombreuses publications, là aussi discordantes, qui vont de 20 à 80%. Par ailleurs, la fiabilité des tests de dépistage est, elle aussi, très controversée aussi bien pour leur sensibilité (nombreux résultats faux positifs) que pour leur spécificité (faux négatifs). Enfin, une dernière étude américaine affirme que des personnes infectées, même faiblement, seraient immunisées pour au moins six mois. Du coup, non contagieuses et immunisées, exigeront-elles de ne plus porter de masque ? Reste à savoir si les vaccins à venir seront assez efficaces pour combattre le virus. En attendant, Axel Kahn, généticien et président de la Ligue contre le cancer, a récemment soutenu l’appel de France Assos Santé, un collectif regroupant 85 associations d’usagers de la santé, et intitulé “Tous ensemble, évitons un nouveau confinement”. Il demande notamment une meilleure politique d’isolement des malades, qui passerait par des contraintes plus fortes et des mesures d’accompagnement soutenues.(4) Et ce, afin d’éviter un troisième confinement. A une autre occasion, il indique que la durée de la grippe dite “espagnole” en 1917/18 comme la grippe de Hong-Kong en 1967/68, n’ont duré que deux ans quand bien même le virus serait stoppé grâce au futur vaccin. Alors en attendant, il reste la dénonciation avec humour, comme ce pastiche de la chanson de Renaud(5).

(1) Le Monde.fr du 20/01/2016, mis à jour le 21/01/2020.
(2) Claire Carrard dans Courrier international N°1569 du 26 novembre au 2 décembre 2020.
(3) Pour la science, 18 juin 2020, traduction de l’article How deadly is the coronavirus ? Publié sur Nature.com.
(4) Victor Boiteau dans Libération du 25 novembre 2020.
(5) 2020 dans l’Hexagone – Les Goguettes (en trio mais à quatre).

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