Un chemin qui doit aller jusqu’au bout

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Anaiz Funosas
Anaiz Funosas
Ancienne porte-parole d’Askatasuna. Actuellement, porte-parole du mouvement civil Bake Bidea.
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Chemin

La libération conditionnelle de Ion Parot et Jakes Esnal, contre l’avis du Parquet national antiterroriste, marque une étape décisive dans la reconnaissance des droits des prisonniers politiques basques et donne raison à la mobilisation de ce territoire.

Ce 22 septembre 2022, malgré l’entêtement du parquet général et plus particulièrement de celui du PNAT, à vouloir faire appliquer de facto une condamnation à perpétuité réelle, à Ion Parot et Jakes Esnal, les juges de la chambre d’appel de Paris ont décidé de les désavouer en acceptant leur libération conditionnelle. Contre toute attente, une nouvelle perspective s’est ouverte, l’étape tant attendue a été franchie !

Ces décisions sont le fruit d’un travail complémentaire entre la société civile et les élus du Pays Basque, de la persévérance sans faille de tout un territoire, mature et responsable, qui a su mettre le respect du droit et son application au coeur de notre processus et sa défense comme un devoir collectif.

L’étape attendue a été franchie, Ion et Jakes seront bientôt en Euskal Herri, nous devons aller au bout du chemin !

Dynamique porteuse et déterminante

Ce 22 septembre, la volonté et la détermination d’Euskal Herri l’ont emporté sur la raison et la vengeance d’État. Le schéma de travail qui se construit depuis la conférence d’Aiete a encore une fois, démontré que face à l’immobilisme ou l’absence de volonté politique, les choses peuvent évoluer, par le biais d’une réflexion collective, de la complémentarité des actions et de la création d’un rapport de force permanent.

C’est parce que nous avons su au-delà de nos différences, nous retrouver, échanger et construire un agenda politique commun, que nous avons pu, pas à pas, contre vents et marées, faire avancer la résolution du conflit et continuer à avancer en franchissant des étapes majeures.

Avec la décision de libération de Ion et Jakes, c’est toute la théorie belliqueuse du PNAT qui est désavouée ! D’audience en audience, le parquet s’est de plus en plus isolé, retoqué par un véritable contre-argumentaire. Dans les délibérés rendus par les juges, le processus de paix existe, il est posé comme un élément fondamental.

Est ainsi validé le fait que le contexte a radicalement changé et que donc les arguments du parquet ne tiennent plus à ce jour.

Le PNAT créé en 2019 par Emmanuel Macron, s’est posé comme l’ennemi de la paix, répondant à d’autres enjeux il est aujourd’hui totalement affaibli.

Nous avons rompu la logique vengeresse du parquet qui voulait rendre effectives ces condamnations à perpétuité, alors que la peine de mort est abolie depuis plus de 40 ans en France. C’est le long travail mené depuis des années par la société civile et les élus, qui a conduit à un changement de logiciel de ces cours de justice.

Le premier cap avait été franchi par la cour d’application des peines, et il a été confirmé à la Chambre de l’application des peines. C’est parce que coûte que coûte, malgré le déni, le mépris, la remise en question permanente de ce processus de paix et du fait que nous avons continué à penser, construire et vivre ce processus de paix, qu’un tel changement d’esprit et de logiciel a été possible, chez les magistrats et plus globalement au Pays Basque.

Toutes nos mobilisations depuis la conférence internationale d’Aiete, qu’il s’agisse des manifestations successives ainsi que celles de cette dernière séquence, en passant par les forums, ont indubitablement contribué à cette compréhension, à cette prise de conscience collective.

Et c’est grâce à tout cela que le blocage du Pays Basque du 23 juillet a été une véritable réussite, que notre territoire a compris et a accompagné cette journée.

Une journée importante, telle celle du désarmement. Nous en garderons le souvenir d’un acte collectif massif de désobéissance civile, d’un acte décisif pour la libération de Ion et Jakes, de même que pour l’avancement du processus de paix.

Ouvrir la voie

Lors de la conférence de presse de la cellule de veille formée par les élus, ceux-ci déclaraient : “Cette décision doit ouvrir la voie au traitement global de la question des prisonniers et des exilés, et de l’ensemble des conséquences du conflit. Nous appelons à nouveau les États français et espagnol à s’engager activement dans le processus de paix par la mise en place d’un dispositif de justice transitionnelle. Dispositif qui garantira la reconnaissance de toutes les victimes, de leurs droits, la recherche de toutes les vérités et l’identification des sources du conflit. Ici, au Pays Basque, comme ailleurs, la résolution du conflit passera par la voie du dialogue, une voie que nous appelons une nouvelle fois, de nos voeux. Nous demandons une nouvelle fois, au Président de la République de l’accompagner.

En effet, la libération de Xistor, Ion et Jakes est une étape décisive, et doit ouvrir la porte d’une résolution globale de la situation des prisonniers et exilés politiques basques (Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions terroristes (Fijait), interdictions de territoire, expulsions…) en France comme en Espagne.

L’acceptation de la libération conditionnelle pour Ion et Jakes, et le rapprochement d’Unai Parot à la prison de Zaballa (en Pays Basque Sud), doivent ouvrir une nouvelle perspective pour l’ensemble des prisonniers politiques basques, celle de l’application du droit afin que chacune et chacun puisse à terme, recouvrer la liberté.

Nous devrons aussi, répondre à toutes les souffrances qui perdurent aujourd’hui et construire les mécanismes de justice transitionnelle, qui permettront la reconnaissance de toutes les souffrances, de toutes les victimes.

Une justice transitionnelle qui permettra de faire surgir les vérités et les récits.

Les initiatives de la société civile, sa prise de risque permanente et l’engagement des élus et des institutions ont contribué à ce franchissement d’étape. Là aussi les réflexions, l’activation et la mobilisation de la société civile seront déterminantes.

Les initiatives de la société civile,
sa prise de risque permanente
et l’engagement des élus et des institutions
ont contribué à ce franchissement d’étape.
Là aussi les réflexions, l’activation et la mobilisation de la société civile
seront déterminantes.

Une étape a été franchie. Une étape de plus dans la consolidation du chemin sinueux que nous parcourons depuis Aiete, dans la reconnaissance de l’existence de ce processus.

Une nouvelle étape s’ouvre, aujourd’hui comme hier ; ici comme ailleurs la mise en place du dialogue entre le Pays Basque et le gouvernement français sera fondamentale. Aujourd’hui, comme hier, la Déclaration de Bayonne nous permettra de continuer à avancer et de construire les prochaines grandes étapes du processus de paix.

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