Rémi Rivière

Rémi Rivière

Journaliste

Energie fossile

L'Édito du mensuel Enbata - On peut bien critiquer le président du Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques sous toutes ses coutures politiques, c’est l’une des noblesses du débat d’idées et d’un fair-play qui ne risque pas d’entamer un cuir tanné par un bon demi-siècle de vie publique. Mais il faut aussi savoir saluer l’homme dans sa constance et sa détermination, sa véhémence et même sa témérité. Et reconnaître que Jean-Jacques Lasserre force l’admiration. A l’âge où n’importe quel conducteur de LGV aurait déjà fait valoir ses droits à une retraite bien méritée depuis plusieurs décennies, le Bidachot fait encore vrombir son moteur au mépris des virages dangereux et des dures lois de la réalité.

Pas plus tard que ce mercredi 28 septembre, notre ancien sénateur semblait vaguer sereinement sur le sentier tout tracé d’un entretien au journal Sud-Ouest, éludant les questions sur les difficultés d’accès au logement dans son département par des formules décontractées et confortables, sur coussins d’huile. (...)


Le sens de l’histoire

L'Édito du mensuel Enbata - Le journaliste et l’historien se claquent souvent la main sous la conjugaison d’apparat qui devrait pourtant les tenir à distance. L’un parle au présent, l’autre au passé, mais ils s’accordent dans leur préoccupation de vérité. On sait pourtant à quel point cette quête est vaine, ou pour le dire comme Rousseau, elle n’est “qu’un art de conjecturer, l’art de choisir entre plusieurs mensonges celui qui ressemble le mieux à la vérité”. On pourrait ajouter que dans une louable éthique de transmission, les deux rapporteurs ont en souci commun de frapper l’imagination et une franche propension à préférer les ruptures et les catastrophes qu’à dépeindre les mondes vertueux auxquels pourtant l’humanité devrait aspirer.

Mais ce sont les noeuds de l’histoire qui forment les peuples et leurs intérêts, pour ne pas dire leurs préjugés, et leur façon de prémâcher l’histoire ou l’actualité. Les affrontements au présent dessinent les sillons sinueux de l’histoire dont ne subsiste bien souvent que la trace profonde du vainqueur. (...)


Futur simple

L'Édito du mensuel Enbata - Les élections législatives annoncent un deuxième carambolage, cette fois entre une vision centralisée et jacobine et les aspirations des territoires. Imposés de manière verticale depuis Paris, les candidats de l’alliance de gauche Nupes espèrent rejouer les présidentielles et leur état-major, qui lorgne Matignon, déplace à la règle de bien mal nommés insoumis sur la carte de France, se taillant au passage la part du lion et générant des frustrations ou des humiliations jusque dans leurs rangs.

Mais à l’heure où les crises alimentaires, écologiques, sociales ou économiques ne peuvent espérer de salut qu’à la plus petite échelle, —celle de la commune ou d’un territoire cohérent— cette vision s’annonce désastreuse... Prétendre rassembler les forces de gauche au Pays Basque sans même maîtriser le b.a.-ba de la défense de l’euskara ou de la collectivité territoriale est bien pire que de mélanger son passé simple. C’est compromettre son futur immédiat. (...)


Indépendance stratégique

L'Édito du mensuel Enbata - D’abord le Covid. Et puis la guerre en Ukraine. Dans le sillage de ces deux évènements mondiaux majeurs, l’Europe et toutes les nations du monde n’auront jamais autant questionné leur propre souveraineté.

Si cela pourrait réjouir les abertzale qui en espèrent des dividendes, ou les militants du climat, qui croient deviner l’avènement d’une transition énergétique, l’avenir n’est sans doute pas aussi évident. (...)


Le nez dans le ruisseau

L'Édito du mensuel Enbata - Les élections présidentielles françaises confortent, dans le même élan, la montée en puissance du discours de l’extrême droite et la démission de l’État français, incapable de garantir une nécessaire transition écologique ni même de limiter la précarité et les inégalités ou d’éviter le “double échec sanitaire et politique” dans la crise du Covid, nous rappelle, Nicolas Goñi dans les colonnes d'Enbata.

Certes, le Pays Basque Nord est un territoire qui reste “peu impacté par la montée des opinions d’extrême droite”, a décortiqué Txomin Poveda, dans une longue réflexion en trois volets. Mais, ajoute le sociologue, “on assiste toutefois à des prises de position parfois inquiétantes qui naissent discrètement dans le brasier des problématiques qui impactent la population du territoire”.
L’antidote du militantisme basque n’exclut pas le discernement. (...)


Cause toujours

L'Édito du mensuel Enbata - Nos gamins des ikastola, ou des filières bilingues, sont donc anticonstitutionnels. Le raccourci est un peu court et la sentence, qui semble davantage évoquer une politique de natalité chinoise qu’une chance d’épanouissement, leur fait une belle jambe. Mais l’esprit est là.

Quand ils seront grands, nos enfants seront bilingues anticonstitutionnellement et sauront au moins caser le mot le plus long du dictionnaire français. (...)


Front commun pour le droit de se loger

La manifestation massive pour le droit de vivre et de se loger a posé les bases, le 20 novembre dernier à Bayonne, d’un véritable Batera du logement qui ouvre désormais ses chantiers pour réguler méthodiquement le marché du foncier et de l’immobilier.

Avec cette assise large à Bayonne, ce Batera du logement entend faire du Pays Basque rien moins qu’un territoire d’expérimentation, permettant d’installer des mécanismes d’encadrement des prix ou d’imposer des clauses anti-spéculatives. (...)


Anachronique

L'Édito du mensuel Enbata - Et l’orchestre du Titanic continue à jouer… Cette fois, cela n’a pas le charme de musiciens consciencieux qui vont couler en tambour et trompette, ni même d’un hymne à la vie qui repeindrait la peur en beauté. Nous sommes en novembre 2021, dans le récit haletant d’un livre d’histoire qui s’écrit à toute vitesse, entre un rapport du GIEC qui nous coince en flagrant délit de sabotage et une COP26 qui met en scène la partition du naufrage...

La LGV est un anachronisme stupéfiant, qui ne résonne au présent que pour nous parler de cette COP26, de lobbies puissants qui contiennent les décideurs, de logiciels que les briscards de la politique sont incapables de mettre à jour. (...)


La foi sans loi

L'Edito du mensuel Enbata - La visite ce mois d’août de la ministre du Logement, Emmanuelle Wargon, a montré un décalage entre les réflexions de notre territoire et ses propres préconisations. Habitée d’une vision libérale, elle ne souhaite par exemple pas encadrer l’obtention de logements secondaires, ni limiter les loyers, au moins pour les huit prochaines années. Emmanuelle Wargon préfère plutôt assouplir les règles qui contraignent à construire des logements sociaux. On la rappellera quand on n’aura besoin de rien.

Dans cette attente et dans un environnement sans loi, digne du “Far West” déplorait l’élu luzien Peio Etcheverry-Ainchart dans Le Monde, les Basques gardent la foi. L’occupation du terrain Berroeta d’Arbonne, depuis le 23 juin dernier, devient une bataille emblématique et contient tous les germes des combats à mener. (…)