2016, du pain et du “je”

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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ConcoursJELe hollandisme sera-t-il sauvé par le goalisme ?(1). En voilà une question qu’elle est bonne, comme aimait à le dire feu Coluche.

L’Euro de foot du 10 juin au 10 juillet c’était du pain béni pour tout gouvernement qui comptait se refaire une cerise face à son incapacité à fédérer sur sa politique. Pourtant sa loi travail, sortie dont on ne sait de quel chapeau, rétrograde et impopulaire, droitière et insultante pour toute personne soucieuse de la protection du salariat, fait l’objet d’une contestation qui ne s’essouffle pas. TF1 a beau être la chaîne la plus regardée dans l’Hexagone, avec du cerveau disponible pour les pubs, les Français ne seraient pas enclins à être dupes, hormis peut être chez ses supporters les plus décérébrés.

Il faudrait plus qu’une victoire de l’équipe de France pour se rabibocher avec un gouvernement qui fait passer Jaurès et Blum pour d’affreux gauchistes. Le retour du texte en seconde lecture à l’assemblée nationale début juillet risquait toutefois d’être animé. On prêtait à Valls et consorts l’intention de lâcher du lest sur certains sujets à la marge (hors article 2) pour ramener à de meilleurs sentiments Jean-Claude Mailly, adhérent au PS, chef de file de FO, laissant ainsi, quasi isolée, la CGT. Le calcul étaitun tantinet machiavélique mais il n’était pas sûr que le résultat soit probant pour un gouvernement qui ne peut plus reculer, tellement il s’était embourbé dans une posture malhabilement inflexible.

Socialoustics !

Bon, il faut dire, que pour continuer à détourner l’attention, Hollande et ses sbires peuvent aussi compter sur le Tour de France du 2 au 24 juillet. Quoique à l’instar de l’équipe de foot, on voit mal un cycliste français en haut du podium. De toute façon les vacances d’été sont peu propices à un large mouvement social. Mai 68 n’a pas approché l’été, mais a fait beaucoup de petits !

Aussi, il serait étonnant que les jeux olympiques de Rio du 5 au 21 août viennent annihiler toute velléité syndicale de remettre le couvert à la rentrée. Même si l’équipe de France d’athlétisme, renforcée par la présence d’athlètes issu(e)s des colonies antillaises, peut y faire bonne figure. Même si la loi est votée avec ou sans 49-3. Le mal est fait.

Ces socialistes-là ont plus fait en quatre ans pour la droite et l’extrême droite que les deux septennats réunis de François Mitterrand ! Le FN se la joue facile en comptant les points, se posant comme le soutien des classes populaires (ancien électorat du PC oblige) et contestant au niveau de ses chefs (uniquement) la loi travail. Et la droite classique, dans toute sa diversité de postulant( e)s égocentré(e)s, espère, elle aussi récolter les fruits d’un éclatement potentiel d’un PS de plus en plus tiraillé.

Je suis Charles !

Comme l’indique si justement Bruno Dive (2) qui ne dit pas que des bêtises, l’Europe aussi subi une crise identitaire dans nombre de ses Etats qui la composent, sur fond de crise économique et sociale que le système capitaliste ne peut et/ou ne veut résoudre. “Le nouveau succès électoral d’un parti populiste (Rome et Turin) s’inscrit surtout dans un contexte européen qui devient inquiétant”. Alors que l’Autriche a échappé de justesse à un président d’extrême droite, ce succès en Italie est suivi par d’autres “en Suède, au Danemark, en Pologne, en Hongrie par des partis qui font profession de nationalisme, de rejet de l’immigration et d’appels à un grand coup de balai”. L’avenir proche européen ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Pas plus en France où l’impéritie le dispute à la médiocrité d’un système administratif, démocratique et électoral en déliquescence.

Il n’est que de voir le spectacle désolant et pitoyable, alimenté par pléthore de journalistes, autour de la course à l’élection présidentielle. Cette fausse bonne idée du suffrage universel, initiée par De Gaulle par un referendum en 1962, instaure l’idée prégnante d’un chef capable à lui tout seul de régler la complexité des maux de notre société. Et à qui l’on confère des pouvoirs exorbitants sous cette monarchie républicaine —qui ne dit pas son nom— s’éloignant inexorablement d’un régime parlementaire déjà en capilotade.

Un ami qui vous veut du bien

Ainsi, depuis le début de l’année, on nous abreuve à longueur de journaux, écrits, télévisés ou radiophoniques, de supputations de candidatures potentielles aux primaires. Puis courant fin d’année, on nous rabâchera de duels par des passes d’armes et autres bons mots qui confineront le combat politique à des insignifiants propos de cafés de commerce. Et viendra le temps où les médias se disputeront l’exclusivité d’abscons commentaires insipides dont se lasse de plus en plus le citoyen lambda. Enfin, on aura droit en début d’année 2017 aux spots formatés des futurs chevaliers blancs.

Et dans ce capharnaüm du futile, il faut souhaiter que la candidature “régionaliste” de Christian Troadec, un des hérauts du mouvement des Bonnets rouges qui lutta contre la mise en place de l’écotaxe, n’aille pas à son terme sous peine de faire passer les abertzale de tous poils pour des indécrottables soutiens au droit de polluer et à consommer à outrance !

Heureusement, pendant ce temps, l’Aviron rugby pro remonte en première division confortant les opposants à toute idée de création d’un club pro unique en Pays Basque. La mairie de Bayonne, peut donc, si j’en crois la source autorisée qui m’a confié tout récemment cette information, vouloir augmenter encore sa subvention, via l’image de la ville —pour une 2ème fois consécutive — jusqu’à atteindre les 1,4 million d’euros annuels !

Pendant ce temps, Philippe Neys, 6ème adjoint (Modem) à Bayonne, nouveau président du Medef Pays Basque, patron d’ETPM, contre l’EPCI et passionné de corridas et de l’Aviron sans fusion me demande comme “ami” sur facebook. Je fais quoi ?

(1) Titre du Canard enchaîné du 8 juin 2016

(2) Edito de S.O. du mardi 21/06, page 4