Agression contre les CCI

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Pantxoa Bimboire
Pantxoa Bimboire
Gérant Sarl (chocolat), conseil de surveillance d’une SA, vice président Chambre de Commerce Bayonne Pays Basque (chargé de l’industrie), élu Chambre de Commerce Régionale (commission finances), administrateur de banque (Société Locale Caisse d’Epargne Pays Basque), adhérent Lantegiak (association des entreprises et entrepreneurs Pays Basque).
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CCIA l’heure où le parlement français s’apprête à voter deux lois de réorganisation territoriale, les Chambres de commerce et d’industrie se régionalisent à marche forcée, faisant peu de cas des compétences des CCI locales. Une re-centralisation qui ne dit pas son nom.

Les financiers des ministères, issus des grands corps de l’Etat, ont toujours eu des difficultés à comprendre les principes de gestion des CCI. Encore très récemment, le rapport de l’IGF (issu du ministère des finances)
évoquait des “bas de laine” pour l’ensemble des CCI de l’Hexagone, comme, par exemple, les 2 milliards d’euros de fonds propres, qui “dormaient”.

Il a fallu leur rappeler que sur les 2 milliards, la moitié était déjà provisionnée, en partie par les Délégations de Services Publics (DSP) : par exemple, la CCI Euskal Herria avait remporté l’appel d’offre de la gestion du port de Bayonne (il y a déjà quelques années) et la règle imposée, à juste titre par le propriétaire, (la région Aquitaine) était qu’en fin de mandat (25 ans), le niveau de fonds propres du port soit identique, à périmètre foncier constant. Ce même principe (DSP) existe aussi pour les autres CCI qui gèrent des aéroports, des zones industrielles, des parcs d’exposition, etc.

En ce qui concerne l’autre partie de cette moitié, les dettes sociales (départs en retraite, contentieux éventuels, Urssaf, reclassement, autres besoins sociaux) doivent être provisionnées, comme dans toute entreprise dirigée par les élus des CCI et nécessitent une monopolisation de fonds propres.

Enfin le milliard restant fait l’objet de fonds d’amorçage pour tout investissement lié à la revitalisation économique, coeur de mission des CCI : équipement nouveau (engins tels que la drague du port 13 millions d’euros, foncier, logiciels, bâtiments, etc.). Comme chacun sait, pour emprunter 10, il vaut mieux avoir 3 ou 4, déjà en poche…

C’est l’écart de culture entre le monde de l’entreprise (qui doit prévoir pour mieux faire face à l’avenir) et le monde politique qui raisonne par budget qui est source d’incompréhension.

Bouleversement dans l’exercice des missions

Déjà sous la présidence Sarkozy, la révision générale des politiques publiques (RGPP) avait contraint la CCI à baisser de 35% son budget de fonctionnement en trois ans. Le rapport IGF fait mention, au niveau de  l’ensemble des CCI, d’une ponction supplémentaire en quelques années, proche du milliard d’euros (la moitié du “fameux bas de laine”). Outre ces efforts, une réorganisation structurelle des CCI est aussi évoquée. Elle part du principe que le leadership du développement économique revient au monde politique plus qu’au monde de l’entreprise.

Cette incompréhension se poursuit. Le poids de la région Aquitaine va augmenter, les schémas d’orientation y seront encore plus prégnants, nous nous développerons selon ce qui sera décidé par les organisations territoriales (Europe, Etat, Région) dont la tendance à la concentration est importante (marque agroalimentaire sud-ouest, maxi cluster aéronautique, agroalimentaire concentré tel que vin, céréales, concept de ville éco-responsable, grands schémas déplacements, maxi pôle universitaire, recherche et innovation de plus en plus concentrées, effet de synergie des mondes entreprise/recherche/université/école, etc sont des exemples de la tendance bien française à faire gros). Les CCI feront “avec”, au mieux, elles récupèrent des missions “terrain” pour exécuter… Les sur-dépenses et gabegies des monstres concentrés fonctionnant comme des canards sans tête n’ont pas fini de nous surprendre, à la façon RFF/SNCF : dettes, maintenance, ou écart rail/quai…

Sur le terrain, en Euskal Herria, nous vivons quelquefois des problématiques au coeur de certaines communautés de communes. Les suspicions mutuelles entre le monde politique et les entreprises se révèlent au  travers de gestion de pépinières, de budgets, d’actions terrain… le territoire n’y est pas gagnant. Mais des actions concertées à management public/privé avec la CCI (zones d’activité, initiative/développement, recherche candidat implantation, gestion pôle de recherche, écoles sup., etc) font aussi, ici, très souvent, l’objet de réussite partagée. Rien n’est définitif mais la balance est heureusement fortement positive. Il nous faudra donc accepter d’être complémentaire et de partager des visions et des missions…

Les sur-dépenses et gabegies des monstres
concentrés fonctionnant comme des canards sans tête
n’ont pas fini de nous surprendre,
à la façon RFF/SNCF : dettes, maintenance, ou écart rail/quai…

Coût réel de la CCI pour les entreprises

L’entreprise moyenne d’Iparralde a un effectif proche de 5 personnes. Les statistiques de la CCI démontrent qu’une entreprise de moins de 10 personnes verse directement (après méandres des ponctions Etat, Région, etc) 20€ par an. C’est en gros, selon conviction ou obligation, pour un commerçant de Bayonne le budget cadeau de la kermesse Saint-André ou le coût de pégatines d’une manifestation (inclus partiellement la bière fraîche, et son baso berri qui commence à encombrer la maison…).
C’est donc acceptable, même si la CCI ne faisait que du vent… Cette faible participation est due à la capacité de la CCI de mener des missions de développement prises en charge par les structures publiques ne disposant pas d’expertise ni de moyen sur le terrain … J’ose croire que les missions exécutées (voir rapport d’activité 2013, sur le site de la CCI) sont à la hauteur des coûts payés par les uns (entreprises) et par les autres  structures publiques).

A l’heure ou ces lignes sont écrites, le bras de fer avec l’Etat sur les réformes des CCI (budget et réorganisation) est de rigueur. Défiance des CCI de l’Hexagone (AG du 27 mai), votée à 95% des présidents présents… Nous gelons donc nos relations avec l’Etat, hors obligations (sécurité, par exemple). Il nous faudra pourtant sortir de ce conflit, car le travail de développement  des territoires n’attend pas.