Deux mois pour capitaliser ou déconstruire

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Jakes Abeberri
Jakes Abeberri
Co-fondateur et directeur de publication d'Enbata.
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CapitaliserDéconstruireL’Édito du mensuel Enbata

Du jamais vu. Le confinement devant enrayer la progression du coronavirus a rompu le traditionnel scrutin à deux tours pour renvoyer à fin juin, le second tour des élections municipales. Les résultats du premier tour de l’institutionnel bloc communal du 15 mars, avec l’une des plus fortes abstentions connues, ne sont cependant pas sans signification en Iparralde.

Ils sont marqués par une progression continue et générale du score abertzale où tous nos maires sortants sont soit réélus ou en voie de l’être, comme à Ustaritz avec 45% pour la défense, peu électoraliste, du foncier agricole et la maîtrise de l’urbanisme. On peut raisonnablement attendre le renfort de deux ou trois nouveaux maires, notamment à Ziburu et Urruña.

Sur 158 communes, 140 ont tranché dès le premier tour. 18 communes(1) rendront leur verdict définitif au second tour. Notons qu’à Arbona, la liste abertzale (44,03%) a intenté un recours car elle a été éliminée pour n’avoir pas intégré dans les formes, l’un de ses candidats de citoyenneté espagnole.

Saluons la défaite à Saint-Palais de Barthélémy Aguerre, farouche opposant à la création de la Communauté Pays Basque qu’il a contestée devant le tribunal administratif et la victoire de son adversaire, Charles Massondo, dont la liste intègre des abertzale. Satisfaction aussi de voir l’élimination à Guéthary du résident secondaire Dominique Ferrero qu’un éditorial d’Enbata avait stigmatisé.

Les élus d’EH Bai dépasseront au sein de la Communauté d’agglomération Pays Basque, leurs actuels 30 délégués que le premier tour a déjà atteints.

Une déception cependant dans ce tableau positif, le surplace du bon score abertzale à Saint-Jean-de-Luz qui pouvait prétendre à l’alternance, riche d’une opposition constructive, exemplaire, issue d’un enracinement populaire.

L’épidémie Covid-19 touche quasiment l’ensemble de la planète et son ampleur est inouïe. Ce dimanche 29 mars, elle a fait 2314 morts dans les hôpitaux français et 6.528 en Espagne. Un projet de loi d’urgence a été voté par le parlement français dimanche 22 mars. Le second tour des municipales est reporté, au plus tôt, fin juin. Le 23 mai, un rapport du gouvernement, fondé sur l’analyse d’un comité scientifique sera remis au parlement pour l’organisation du second tour. S’il est possible, un décret fixera son organisation, au plus tard le 27 mai. Les déclarations des listes de candidats devront être déposées avant le mardi suivant ce décret. Si le second tour ne peut se tenir en juin pour des raisons sanitaires, les résultats du premier tour seront annulés et les électeurs seront alors convoqués pour les deux tours d’un nouveau scrutin. On a donc deux mois de réflexion pour fixer la nature de notre présence au second tour.

A Bayonne, ville capitale d’Iparralde, la liste abertzale ouverte, conduite par Jean-Claude Iriart, en légère progression sur les résultats de 2014, se retrouve à peu près dans la même position de faiseur de roi. Le maire sortant, Jean-René Etchegaray, est en tête de ballotage avec 40,33%, suivi du socialiste Henri Etcheto avec 29,77%, puis Jean-Claude Iriart avec 13,12% et le socialiste dissident, Mathieu Bergé à 11,21%. La liste d’extrême droite est à 5,58%. Le dimanche soir 15 mars, à la sortie du premier tour, une majorité de la liste de Jean-Claude Iriart décide de former au deuxième tour, une alliance des gauches avec Mathieu Bergé et conduite par Henri Etcheto. Ceci crée un fort malaise chez de nombreux abertzale qui ne veulent pas se voir placés sous la houlette de Henri Etcheto, notoirement anti-abertzale et anti-Agglo Pays Basque. La position stratégique de Bayonne en Pays Basque ne peut laisser indifférent l’ensemble du mouvement abertzale dont de multiples voix manifestent déjà leur défiance à cette alliance qu’ils jugent contre nature et susceptible de provoquer de graves déchirements dans notre mouvance.

Je partage personnellement cette méfiance nourrie entre autres, d’une expérience douloureuse. Le 30 janvier 2014, le conseil municipal de Biarritz dont je faisais partie, vote l’achat d’un terrain d’un peu plus d’un hectare —575.000 euros hors notaire— au profit de Seaska pour y construire un lycée professionnel. Fort de cet acquis, Seaska obtient du Conseil régional une subvention de 7 millions d’euros. La nouvelle municipalité de Biarritz élue en mars 2014, refuse de donner suite. Seaska désemparée, sollicite Jean-René Etchegaray pour une solution de repli à Bayonne. La Communauté d’agglomération ACBA, dont il est le président, met à la disposition de Seaska un terrain par bail emphytéotique et sauve ainsi le lycée basque qui sera immédiatement construit, inauguré et fonctionnel. Quelque temps plus tard, le 13 décembre 2018, Seaska sollicite du département des Pyrénées-Atlantiques et de la ville de Bayonne une subvention pour financer les travaux d’aménagement du collège Estitxu Robles. La ville de Bayonne accorde une subvention de 1,5 millions d’euros. Henri Etcheto s’y oppose au nom du respect de la loi Falloux de 1850, pas d’argent public pour l’école privée, et refuse de participer au vote(2). L’appel que lançait avec un certain courage à sa famille politique, au soir du scrutin municipal de 2014 la députée PS Sylviane Alaux : “Il nous faut évoluer sur la question basque”, n’a guère touché Henri Etcheto. Il serait inexcusable qu’il devienne maire de Bayonne grâce aux voix abertzale, tout comme fut élue le 15 juin 1995 maire de Saint-Jean-de- Luz, Michèle Alliot-Marie, réélue les trois mandats suivants. Rappelons-nous : le maire sortant, le centriste Paul Badiola, qui sera un actif Artisan de la paix, mis en ballotage avec 31,46% des voix, demande aux abertzale (12,45%) de le rejoindre au second tour. Refus de la tête de liste Jean-Marc Ospital qui se maintient au prix d’une dissidence qui fracturera longtemps les abertzale luziens. Michèle Alliot-Marie arrive en tête au deuxième tour, elle est élue maire avec 44,74% des voix, battant Paul Badiola à 39,45% et renvoyant les abertzale à 7,07%. Attention à ne pas reproduire ce sinistre scénario en 2020 à Bayonne. Ou, dans la capitale d’Iparralde, comment éviter de mettre sur orbite une personnalité anti-abertzale notoire.

(1) Larrau, Landibarre, Amendeuix, Aldude, Viodos, Urketa, Itxassou, Bidaxune, Ustaritz, Senpere, Ziburu, Azkaine, Maule, Biarritz, Hendaia, Urruña, Bokale et Baiona.

(2) Lire en page 7 le compte rendu de cette séance.

5 Commentaires

  1. Lassalle
    Publié le 03/04/2020 à 11:34 | Permalien

    Milesker Abeberri jaunan beti erakaspenak ematen aldiz nun duzu zilegitasuna ikusiz Miarritze hiriaren adibide penagarria
    Je continue en français mais quel bonheur de lire Monsieur Abeberri donner des leçons aux voisins bayonnais avec son bilan plus que maigre voir caricatural à Biarritz sur tous les domaines spéculation immobilière, la présence de la langue basque, l’économie du tourisme etc …
    Oui merci vous êtes le symbole de tout … Ce que doivent éviter les abertzales dans la capitale je pense qu’ils veulent rêver grand malgré l’absence de la vague annoncée par tous des verts abertzales … Et qu’ils peuvent avec un axe fort d’union de la gauche.

    Je vous laisse à la politique carnavalesque de Biarritz vous avez de quoi faire

    Errespetuz baduzu lan,

  2. G. Etchebarne
    Publié le 04/04/2020 à 10:51 | Permalien

    à M. Lassalle : c’est amusant votre attaque contre Jakes Abeberry, qui lui même était candidat dans une liste d’union abertzale, Europe Ecologie Les Verts et les Insoumis Biarrots, officiellement soutenue par EH Bai. Vous lui reprochez la faible présence de l’euskara sur Biarritz. Alors même que l’article qui vous fait réagir rappelle qu’il fut l’artisan de l’achat d’un terrain en terres Biarrotes où devait s’installer le lycée proffessionnel de Seaska. La municipalité Veunac, dont ne faisait pas partie Jakes Abebberry revint sur l’accord avec Seaska qui se retrouva sans terrain et avec le risque de perdre la subvention de 7 millions d’euros accordée par le Conseil régional pour financer la construction. C’est justement Jean-René Etchegaray qui sauva ce lycée en trouvant une solution de repli sur Bayonne. Quand à Henri Etcheto que comptent désormais suivre certains abertzale Bayonnais (dont vous apparemment ?) le même article vous apprendra qu’il a refusé de voter pour la subvention de la Ville de Bayonne pour financer les travaux d’aménagement du collège Estitxu Robles.
    Enfin, ce qui prête également à sourire dans votre petite charge contre l’un des fondateurs du mouvement abertzale en Pays Basque nord, est votre reproche de le voir « donner des leçons aux voisins bayonnais ». Pourtant, si je ne m’abuse, la liste Baiona Verte et Solidaire lui a demandé de faire partie de son comité de soutien, ce qu’il a accepté. Du coup, à quel moment est-il devenu critiquable de le voir s’intéresser également au sort des idées abertzale à Bayonne ?

  3. Piarres Hegitoa
    Publié le 04/04/2020 à 15:28 | Permalien

    Lassalle jauna, zure hitzak oro ele hutsak dira… Vos a priori de gauche vous aveuglent et l’amnésie vous guette. Jakes Abeberry a été élu pour la première fois conseiller municipal à Biarritz pendant quelques mois, sur une liste conduite par… le leader socialiste de l’époque, Jean-Pierre Destrade qui lui, était abertzale-compatible. Par la suite, en 1991, la coalition de 2e tour qui a évincé le maire RPR Bernard Marie, comportait des cadres du PS, bien connus à Biarritz. La liste de Jakes Abeberry au 1er tour comptait en son sein le Dr Pierre Pradier, ancien candidat du PSU, devenu connu en tant que co-fondateur de Médecins du monde.
    Avant 1991, du temps de Bernard Marie, l’ikastola de Biarritz fonctionnait dans un garage appartenant à un particulier et que les parents entretenaient comme ils pouvaient. La ville de Biarritz leur octroyait royalement une subvention annuelle de 500 FRANCS par an (75 euros). Une des premières réalisations de la municipalité Borotra dont les abertzale faisaient partie, fut de construire une ikastola neuve, ils firent appel pour cela à un jeune architecte dont ce fut la première commande publique, Xavier Leibar, promis à un bel avenir puisqu’aujourd’hui, ouvrages et articles lui sont consacrés.
    Le service municipal de la langue basque a été créé alors que Jakes Abeberry était adjoint au maire, la conseillère municipale aberzale Maialen Etcheverry en assurant le suivi en tant qu’élue. Ce service, un des premiers à l’époque, a fait référence et a servi de modèle pour plusieurs villes.
    Ordian jauna, zure mezua, hitz ederrez osatua baina gero tirrit !

  4. Baionesa
    Publié le 06/04/2020 à 18:33 | Permalien

    « LE DIMANCHE SOIR 15 MARS, A LA SORTIE DU PREMIER TOUR, UNE MAJORITE DE LA LISTE DE JEAN-CLAUDE IRIART DECIDE DE FORMER AU DEUXIEME TOUR, UNE ALLIANCE DES GAUCHES AVEC MATHIEU BERGE ET CONDUITE PAR HENRI ETCHETO »
    Egia ote? Zoin gehiengo? Nola frogatu hori ?
    Zer gerta ere, ez dut nik Etcheto bozkatuko.

    Baionesa

    • Matiu
      Publié le 07/04/2020 à 13:54 | Permalien

      « LE DIMANCHE SOIR 15 MARS, A LA SORTIE DU PREMIER TOUR, UNE MAJORITE DE LA LISTE DE JEAN-CLAUDE IRIART DECIDE DE FORMER AU DEUXIEME TOUR, UNE ALLIANCE DES GAUCHES AVEC MATHIEU BERGE ET CONDUITE PAR HENRI ETCHETO »

      Hori ez da batere egia ! Nahiz eta Jakes Abeberriren iritzia partekatzen dut, hori erraitea ez da posible.
      Traktuak badira, bai egia da, bai gehiengoak ikusi nahi zuen posible izango denez, eta traktuak nahi zituen, aitzinetik behako bat emateko… baina gehiengoak ez zuen alianza bat erabaki ! Hori makurra da !

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