EHLG, 10 ans

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Jakes Abeberri
Jakes Abeberri
Co-fondateur et directeur de publication d'Enbata.
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DSC02147Euskal Herria n’est pas à libérer mais à construire. ELB, le syndicat des paysans basques, y prend toute sa part. On ne peut pas dire qu’il avance masqué. Dès sa création, il ne cesse de réclamer une chambre d’agriculture couplée à la création d’un département Pays Basque.

Devant l’échec de l’institution propre à Iparralde, désirant répondre concrètement aux besoins immédiats d’une agriculture spécifique, il travaille à la mise en oeuvre d’un contre-pouvoir à la chambre d’agriculture départementale. Son ambition paraît inatteignable.

Voilà pourtant dix ans qu’elle a pris corps et prospère. Elle est fondée sur la solidarité avec Hegoalde et le monde citadin, sur le respect de la terre fécondant une agriculture paysanne jusqu’alors inconnue. Euskal Herriko Laborantza Ganbara, outil original que se donnent les paysans basques, est de même nature que celui mis au service de l’euskara par l’ikastola. Touchant à notre identité profonde, l’élan populaire suscité
est irréversible. L’adversaire en est conscient.

Enfermés dans des schémas de pensée élaborés pour d’autres, préfets et administrateurs civils s’y déchaînent en serviteurs surannés d’une république décalée, d’un pouvoir coupé du réel. L’émergence d’une
contre-société basque leur est insupportable. Toute une panoplie répressive se met donc en place: menaces aux maires et à leurs subventions traduites devant le tribunal administratif, déductions fiscales des donateurs rendues illégales, perquisition du siège d’Ainhice-Mongelos et des domiciles de ses dirigeants, procès au pénal de son président Michel Berhocoirigoin…

Heureusement l’acharnement politique anti-basque se heurte à l’Etat de droit. Les uns après les autres les procès tournent à la déroute de ceux qui les ont lancés. Cette escalade liberticide touche à son paroxysme par la relaxe de Beroko par la Cour d’appel de Pau dans une fête collective faisant de lui un juste au sens de la résistance au nazisme. En dix ans, Laborantza Ganbara a mobilisé des dizaines de milliers d’heures de bénévoles, des salariés, des associations, des cabinets d’avocats, des militants anonymes, des élus, des syndicats … bref, un mouvement social s’est levé pour accompagner notre chambre d’agriculture alternative.

EHLGLe paysage d’aujourd’hui en est modifié. Lurrama est devenu le grand moment de rencontre des mondes paysan et urbain de ce pays. Les collectivités locales confient études et expertises à Ainhice-Mongelos dont le préfet dénonça, il y a dix ans, l’acquisition avec “l’argent de l’étranger” par le syndicat ouvrier ELA. L’agriculture paysanne, ses circuits courts et ses AOC, l’agro-alimentaire accroché jusqu’au fond de nos vallées,  l’installation de jeunes paysans et sa nouvelle structure de financement Lurzaindia, tout cela s’articule peu ou prou, autour de l’élan impulsé il y a dix ans.

Dès l’origine, les paysans basques ont lié création d’une institution Iparralde et chambre d’agriculture, car chaque département est doté d’une chambre consulaire. Ce binôme habite toujours leur vision d’avenir. Le  présent projet préfectoral d’une intercommunalité unique, s’il venait à voir le jour, laisserait de côté le volet agricole et vouerait définitivement Laborantza Ganbara au monde associatif de substitution. On mesure là une de ses inadaptations aux besoins de ce pays. A l’opposé, si l’institution spécifique et la chambre d’agriculture sont obtenues, Laborantza Ganbara devrait-il poursuivre sa route? L’étape-bilan de ces dix ans ne peut s’exonérer de cette réflexion existentielle au coeur du consensus construit aux Conseils des élus et de développement toujours maintenus sur le feu.

Pour l’heure, nous ne sommes plus dans l’affrontement et le déni. Bien au contraire, Laborantza Ganbara est devenu une référence, un exemple à suivre, administrant de belle manière savoir-faire et génie propre de  notre peuple. Salué en cours de route pour ses lettres de noblesse par de nombreuses personnalités telles Edgar Pisani, José Bové, Gérard Onesta, Corine Lepage, Danièle Mitterrand, Stéphane Hessel … Enbata, qui pas à pas, a suivi et relaté cette belle marche de reconquête d’Euskal Herria, sera, avec tous ses amis, le 17 janvier à Ainhice-Mongelos pour fêter ces dix ans.

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