Etre abertzale aujourd’hui

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Kristiane Etxaluz
Kristiane Etxaluz
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Est abertzale aujourd’hui celui qui désire que le Pays Basque cesse enfin d’être “un pays qui n’existe pas” pour avoir le droit d’exercer sa citoyenneté dans ce nouveau cadre.

Etre “abertzale” aujourd’hui, c’est  vouloir élargir au maximum le cercle et l’amener aux limites qui nous séparent de ceux qui prétendent maintenir notre pays franco-français ou castillano-espagnol, (reconnaissant du même coup que cette prétention ne va pas de soi, en quelque sorte).    Ce disant, on peut penser non seulement aux basco-euskelduns mais aussi aux divers basque-français, “charnegous” et basque-espagnols, ainsi qu’à ceux qui se réfugient ingénument[1] sous l’étiquette de citoyens du monde ou à ceux qui ne se sentent pas concernés par ces choix.  Il revient, dans ces cas, aux  convaincus de proposer aux “abertzale-compatibles” potentiels des alternatives viables et sereines, dans le cadre d’un Pays Basque en cours de gestation .

Je n’ai rien contre les réflexions théoriques mais, si  j’ai du mal à aborder maintenant les concepts de nation, patrie, autonomie, ce n’est pas seulement pour éviter d’entendre grincer des dents et de prêter le flanc à d’interminables discussions byzantines. C’est aussi parce que je me suis laissée convaincre que l’application de ces concepts est peut être vouée à l’obsolescence.  Néanmoins, tant qu’on ne trouvera pas de meilleure traduction à abertzale que patriote basque, j’accepte de porter cette étiquette sur mon chapeau, encore qu’elle fasse surgir sans tarder l’image des monuments aux morts de la guerre.  De même que si l’on évoque la nation, je vois immanquablement apparaître le spectre imposant de l’Etat. Quant à l’autonomie, en Hegoalde et dans les autres nations sans Etat de la péninsule, je crois bien qu’elle se confond avec asservissement camouflé.

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Est-ce avec ces mots que nous allons expliquer que nous aspirons à plus de reconnaissance de notre identité, plus de liberté individuelle et collective, plus de justice sociale, plus de respect à la nature, plus de participation citoyenne aux décisions qui mettent en question le développement d’une communauté dans son propre environnement?

Etre abertzale, en Iparralde, ça a toujours été oser se lancer, trouver de la solidarité pour résister  et avoir confiance en l’avenir.  Et nous sommes ainsi arrivés au seuil de la masse critique qui nous permet d’exister  dans le panorama politique.

Nous sommes nombreux à prévoir que, au delà du blocage actuel, dès que sonneront les cloches annonçant la reconnaissance du conflit politique et du droit à l’autodétermination en Hegoalde par les autorités politiques de Madrid, la voie de la souveraineté du peuple basque sera ouverte et que cela nous permettra, en Iparralde, de prendre l’élan pour franchir le seuil sur lequel nous nous trouvons actuellement scotchés.   Quelles  formes institutionnelles prendront chacun des pays des Basques?  Comment se coordonneront-ils pour former Euskal Herria?  Je n’en sais rien.  Ce sera le résultat du choix de ses électeurs.

Mais ce que je sais, c’est que c’est dès maintenant que cela s’imprime dans les cartes de nos disques durs  collectifs et individuels, et que les hasards conflueront ensuite avec la nécessité pour inventer un Pays qui n’existait pas.

Rendez-vous avec les lecteurs d’Enbata à la prochaine étape…  D’ici là, je les supplie de tenir bon sur l’euskara, l’éducation et  la culture, et sur une revendication de souveraineté en matière d’aménagement du territoire et en matière fiscale.  Cela suffira pour que notre communauté d’habitants d’Euskal Herria vive mieux et que soient définitivement écartés les risques d’acculturation et d’assimilation.

 


[1]          : Sachant que ceux qui s’y réfugient habilement se mettent hors jeu.

3 Commentaires

  1. etxeberri
    Publié le 16/04/2013 à 10:30 | Permalien

    etre abertzale c’est être pour le droit autodétermination des peuples. De tous les peuples de la planéte opprimes par des état coloniaux.

  2. Isabel
    Publié le 16/04/2013 à 17:25 | Permalien

    Etre partisan du droit à l’autodétermination des peuples ne fait pas de vous un abertzale mais un démocrate conséquent. On peut très bien souhaiter que le Pays Basque reste sous la coupe de l’Espagne et de la Francce mais être -comme l’ONU- partisan, du droit des peuples à décider de leur propre avenir. Donc être abertzale, c’est autre chose. Mais quoi dans le monde et l’Europe de 2013 ? Que signifierait l’indépendance, la souveraineté du Pays Basque aujourd’hui ? Comment s’exprimerait elle, que revêtirait t’elle ? Et un partisan acharné de l’euskara, consacrant sa vie à sa défense, sa promotion, son usage public et privé, est il un abertzale, s’il n’a aucune opinion spécifique au niveau politique, pas de point de vue sur l’indépendance ?

  3. Lizardi
    Publié le 20/04/2013 à 19:53 | Permalien

    Tout d’abord toutes mes félicitations à l’équipe d’Enbata pour cette magnifique page internet. Biba zuek !
    La question posée dans cette rubrique « Débat » me semble très pertinente. Qu’est-ce qu’être abertzale aujourd’hui ? Ou comment réactualiser la pensée abertzale et l’adapter au XXI siècle.
    Je pense en effet que les abertzale sommes confrontés à un double enjeu :
    - Maintenir en vie notre identité, notre culture et notre langue. Mais le socle de l’identité réside dans la communauté, sans communauté point d’identité collective, or cette dernière tend à s’éroder face à une individualisation croissante de nos vies. Au Pays Basque il existe un tissu associatif et militant plus dense qu’ailleurs qui permet de maintenir une vie collective mais ce phénomène nous guette tout de même. Je pense qu’il y a là réellement matière à réflexion, et un enjeu pour le mouvement abertzale (sans parler de l’afflux massif de personnes extérieures Pays Basque don t la volonté d’intégration n’est pas toujours évidente)
    - Etre abertzale c’est aussi œuvrer pour le 7ak 1 et la réunification de 7 provinces. Notre objectif historique est la création d’un Etat en Europe. Cependant, avec la construction européenne et l’intégration économique de plus en plus poussée, les Etats perdent chaque jour de leurs prérogatives. Et il semble que le modèle d’Etat nation ai vécu compte tenu des problématiques de plus en plus globales (environnementaux, économiques etc.) auxquels le monde actuel doit répondre. Par conséquent, à quelle souveraineté aspirons-nous ?
    J’entends souvent des réflexions du genre : « tant que les Espagnols et Français auront un Etat il nous faut réclamer, nous aussi, un Etat » Même si je ne peux pas m’inscrire en faux, je reste sur ma faim, je trouve la vision prospective une peu courte et je vois le risque pour le mouvement de s’accrocher à des combat d’arrière garde, alors que jusqu’à présent nous avons au contraire été porteur de modernité.

    Bref beaucoup de question et peu de réponse. Peut –être que des espaces de débat comme celui-ci nous permettrons de mûrir nos réflexions…