«Je veux que l’on reconnaisse aussi la spécificité du Béarn qui n’est pas moindre»

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Jacques Pedehontaa

Jacques Pedehontaa

Jacques Pedehontaa est conseiller général du canton de Navarrenx (Modem) depuis 21 ans, maire de Laas depuis 31 ans. Il est opposé à la création de cantons basco-béarnais. Il répond aux questions d’Anne-Marie Bordes.

Qui a planché sur les redécoupages cantonaux basco-béarnais ?

Les Pyrénées-Atlantiques font exception en France où, dans la majorité des départements, le préfet, le Conseil général et les présidents des groupes de l’assemblée ont travaillé de concert, du printemps 2013 à l’automne 2013, sur la réduction du nombre des cantons. Dans les Pyrénées-Atlantiques, on est dans un théâtre obscur où tout le monde dit la main sur le cœur, “ce n’est pas moi, je n’ai rien fait”. Et où, dans tous les cas, on ajoute “c’est le ministre de l’intérieur qui décide« . Le problème c’est que je connais Manuel Valls, de même que certaines personnes au ministère de l’intérieur, et celles-ci me disent que, dans la plupart des cas, le ministère va dans le sens de ce qui a été acté au niveau départemental…

Qu’il y a-t-il derrière le projet?

Je suis d’accord pour dire que le mille-feuilles administratif est trop important, que l’acte III de la décentralisation vise à le réduire, je peux comprendre. Mais j’entends le député René Dosière qui pilote cette réforme, de même qu’un grand nombre d’élus urbains appuyés par des technocrates parisiens et bruxellois, dire que 36.000 communes c’est trop, qu’il faut réformer dans le cadre de la mondialisation. Au final il resterait 3.000 intercommunalités, 11 à 12 régions, ce qui serait “amplement suffisant”. Ceci pour moi est une vision libérale à dominante anglo-saxonne partagée par des jacobins parisiens qui ont du mal à voir plus loin que le périphérique. C’est une vision dépassée, car la détestation du politique engendrée par la distance s’est installée dans ce pays où l’erreur consiste à vouloir supprimer les deux seuls échelons où se retrouvent les citoyens.

Vous représentez 5.000 personnes à Navarrenx…

Oui. On me dit toi Pedehontaa, tu es en retard d’une guerre ! Tu représentes 5.000 personnes alors qu’à Lescar Christiane Mariette en représente 30.000. On ne nous parle que de population alors que les dossiers palois et ceux d’un canton rural n’ont rien en commun . On entasse les gens dans les villes et on a abandonné l’idée d’aménagement du territoire. On est dans une pensée globale qui veut s’imposer sur le local. On me dit “Valls, il faut qu’il casse le Pays Basque !”, mais je le comprends d’autant moins qu’aujourd’hui beaucoup de masques sont tombés. La revendication de la spécificité basque est assumée par l’UMP, le centrisme, une partie du PS, la gauche un peu plus radicale, les Verts. Moi, je veux que l’on reconnaisse aussi la spécificité du Béarn qui n’est pas moindre. On me dit c’est ringard. Aujourd’hui parler valeurs et culture identitaires c’est affirmer une intention presque révolutionnaire qui mettrait en danger les piliers de la République tandis que certains maîtres à penser agitent l’épouvantail communautariste. Vouloir installer un ou deux canton(s) basco béarnais c’est se tromper sur la dynamique basque car elle continuera à se manifester. En Béarn par contre elle reste à affirmer. Pour ma part, je suis démocrate, républicain, j’ai une langue, je suis né quelque part et je me bats contre la globalisation que l’on veut nous imposer. Tout est fait pour couper l’homme de son territoire ! Ce projet m’exaspère, il montre l’état de déliquescence de la France.

Comment allez-vous vous y opposer ?

Je veux semer le trouble et démontrer le caractère inconstitutionnel de la loi de décentralisation. A quelques élus nous avons créé l’association Touche pas à mon canton et à nos campagnes. Accompagnés d’un juriste et d’avocats constitutionnalistes nous attaquerons la loi de décentralisation de mai 2013 qui selon moi ne respecte pas les principes d’équité et d’égalité sur le territoire. Nous introduirons une requête auprès du Conseil d’Etat, le Conseil constitutionnel se prononçant sur la constitutionnalité de la loi. Dans ce contexte, je pense que les prochaines municipales vont bien se passer mais que le réveil après les européennes sera douloureux. Je vous prédis un cataclysme qui pourrait être extrêmement dangereux pour le pays et l’Europe.

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