Le BAB et les autres

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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CommunesLa période pré-électorale qui s’annonce semble tenir ses promesses : de l’animation, des fâcheries, de l’emportement, des joyeusetés foutraques, des simili-trahisons, une once de perfidies, des vrais débats sans doute et des enjeux certains. Et in fine des résultats qui s’annoncent au fil du rasoir. Surtout sur l’agglomération bayonnaise.

Et ce, même si les élections municipales, nonobstant le Pays Basque intérieur, et contrairement aux idées reçues, ne drainent pas un élan citoyen de grande envergure. Il n’est que de voir le niveau d’abstentions lors de l’édition 2008 au premier tour : Anglet (37,46 %), Bayonne (43,20 %), et Biarritz (46,91 %) ! Le déficit de campagne d’inscription sur les listes électorales par les collectivités, la déconsidération des politiques avec le “tous pourris” qui fait son lit sur leur impuissance ou leur manque de courage parfois, agrémentés du démantèlement de la conscience politique avec l’amenuisement des idéaux et la mainmise du capitalisme triomphant déconsidérant l’action politique… Tout cela concourt à un individualisme porté aux nues et une désaffection de la chose politique.

Pour les abertzale, ces élections de fin mars 2014, représentent une occasion de compter réellement dans le panorama politique. Car si l’objectif avoué est de propulser autant que faire se peut des listes autonomes abertzale, la réalité du terrain par sa diversité nous renvoie, presque malgré nous, à un pragmatisme de bon aloi. Tout d’abord parce que la grande majorité des 159 communes du Pays Basque Nord sont des villages et que les listes (même avec le nouveau scrutin) se construisent sur des considérations multiples et complexes. Ensuite parce que dans les grandes villes restantes les stratégies peuvent être diverses. Surtout si des questions basiques ne sont pas posées collectivement.

Pourquoi va-t-on aux élections ? Est-ce que l’on peut changer la vie quotidienne des gens en étant élus ? Puisque minoritaires, pour le second tour, doit-on s’allier à une liste qui nous parait la plus proche ? Considérons-nous avoir plus d’intérêts à le faire dès le premier tour ? Aux quelles s’ajoutent inéluctablement d’autres questionnements : quels sont ces critères de proximité ? Que priorisons-nous : le domaine identitaire ? La question sociale ? La gueule sympa de la tête de liste ? Du coup, est-on abertzale parce que de gauche ou est-on de gauche parce qu’abertzale ?

S’il semble que les leaders abertzale ont pris la mesure de la spécificité du BAB (trois villes où le vote abertzale n’a pas dépassé les 4,5 % aux cantonales de 2011), en laissant les acteurs locaux maîtres de leur stratégie, ils ne peuvent que constater qu’il y a aussi en interne trois cas de figure distincts. Car si les listes présentes au second tour sont quasi connues d’avance, les enjeux divergent.

A Biarritz, ville éminemment de droite, ce sera Veunac ou Brisson. Ou les deux ensembles ! Les deux groupes d’inspiration abertzale, menés chacun par un membre d’AB, se sont rassemblés… pour rejoindre la liste de Veunac, encarté Modem, dès le premier tour. Ce qui entraîne une dissidence dans les deux camps… qui regrette la non réalisation d’une liste autonome.

A Anglet, Espilondo, l’indécrottable jacobin du PS, a chaud aux fesses. Ce sera Olive ou lui. Les abertzale engagés derechef avec Villenave et ses alliés à droite depuis 2001 ont opté pour une liste autonome mais peinent à s’organiser. Une AG de début décembre devrait déterminer la tête de liste. Il semble que le montage d’une liste abertzale de gauche pur sucre ait vécu. Sera-ce une liste ouverte alliée à des partis ou dissidents de partis de gauche ?

Reste la cité du jambon. Personne ne s’avise à crier : “Les Etche à la maison !”, tellement les dés sont jetés qui désignent déjà les futurs finalistes Etcheto et Etchégaray. A droite, la guerre fait rage car JR ne sait pas comment raffûter deux membres éminents de l’UMP : la résidente de Bassussarry Sylvie Durruty et le pourfendeur du mariage gay Philippe Escapil-Inchauspé. Henri du PS compte les points et œuvre avec ses camarades : ralliement du PC et d’EELV, porte à porte généralisé, deux locaux de campagne à venir et une sérénité à toute épreuve. La liste Baiona 2014, parfaitement estampillée EH Bai, compte retrouver un second souffle après le remue ménage estival. En cela, les deux listes initiées par les abertzale d’Anglet et Bayonne, villes cosmopolites par excellence, sont au milieu du gué. Seront-elles composées de moult personnes investies dans la vie de la cité hors milieu basco-abertzale ? Sauront-elles fédérer dans une vraie diversité culturelle ? Auront-elles accumulé assez de temps et d’organisation? Enfin, et c’est la dernière des conditions, si l’offre en présence ne dépasse pas les quatre listes, alors, peut-être pourront-elles éviter une simple candidature de témoignage. Pour un positionnement de second tour, las… c’est une autre histoire !