Les associations gagnent une bataille de la Rhune

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Réunion au sommet pour dire Non au projet La Rhune 2020.

Réunion au sommet pour dire Non au projet La Rhune 2020.

Rafa Valdivielso, mendizale et accompagnateur en montagne, membre fondateur de l’association Auñamendi, coordinateur de l’inter-associatif Larrun Patrimoine commun, délégué du CADE Montagne et membre du Collectif Larrun ez hunki

Le Conseil départemental renonce au projet d’aménagement du sommet de la Rhune. Les associations de défense de l’environnement sont désormais associées à un nouveau comité de pilotage qui prend en compte la protection du site. Mais elles restent vigilantes face à la menace d’une gestion du massif dans une logique exclusivement touristique.

Il aura fallu 21 mois de lutte, de pétitions, de manifs diverses, de mobilisations citoyennes, de débats et de rencontres, de démarches auprès des médias, des élus, des collectivités, des ministres, des préfets, des administrations…

21 mois depuis l’annonce, le 7 juin 2017 à Sare, par le président du Conseil départemental Jean-Jacques Lasserre, d’un projet intitulé “La Rhune 2020”, articulé autour de la rénovation des infrastructures du petit train de la Rhune et mené par l’Etablissement public des stations d’altitude (EPSA), gérant également les stations d’Arette et de Gourette.

Réactions immédiates des habitants concernés, des collectifs et des associations organisés autour du CADE Montagne, Larrun Patrimoine Commun et Larrun ez Hunki.

21 mois pour que Pepela Mirande, conseiller départemental délégué à la montagne, ne rappelle le virage pris deux mois auparavant par le président Jean-Jacques Lasserre : “le projet n’a jamais été figé ! Ce n’était qu’une esquisse…

Ce 5 mars, les militants associatifs ont donc rappelé que cette “esquisse” fort médiatisée a nécessité des études préalables, a été planifiée sur cinq années et votée par l’Assemblée des Conseillers du département pour un budget de 36,9 millions d’euros HT. “Il n’y a jamais eu de projet définitif” maintiendra Pepela Mirande sans convaincre les associations présentes. Mais ces dernières ont apprécié cette remise à zéro des compteurs sans pour autant pavoiser d’avoir grandement contribué à faire capoter un projet aussi démentiel qu’impopulaire.

Les défenseurs de l’environnement, de la faune et de la flore, les clubs de montagne, les citoyens de Sara, Askaine, Urruña, Bera, ont au contraire discrètement goûté à la circonstance, réunis dans la salle de Putilenia à Urrugne, lieu dédié habituellement aux réunions des instances Natura 2000 pour le secteur Larrun-Xoldokogaina, qui malheureusement ne sont plus convoquées depuis juillet 2016. Une carence, qui vraisemblablement profite à certains, et pour laquelle le Sous-Préfet a été interpelé.

Participatif

Mais dans cette attente, les associations de défense de la Rhune resteront associées aux réflexions de ce nouveau Comité de pilotage (Copil). Elles ont notamment choisi de participer aux six ateliers proposés pour élaborer un Schéma d’aménagement qui sera soumis à concertation. Elles examineront les contenus et les orientations et pourront apporter quelques propositions. Deux réunions citoyennes ouvertes, organisées à l’initiative du collectif Larrun ez hunki et d’associations, sont prévus à Ascain les samedis 6 et 13 avril, pour travailler dans ce sens. Et maintenir une vigilance sur ce dossier.

Car les défenseur de ce massif emblématique ont relevé l’importante place de l’EPSA, l’Etablissement public des stations d’altitude, dans un Copil décisionnel. De quoi craindre que le projet Montagne reste articulé autour du fonctionnement du petit train touristique…

Les défenseurs de ce massif emblématique
ont relevé l’importante place de l’EPSA,
l’Etablissement public des stations d’altitude,
dans un COPIL décisionnel.
De quoi craindre que le projet Montagne
reste articulé autour du fonctionnement
du petit train touristique…

Plan global

Pour les habitants du secteur et les usagers de la montagne, le projet doit à l’inverse s’inscrire dans un Plan Global de la Montagne et non autour de l’aménagement des infrastructures touristiques. Cet équipement est certes très important, mais ne peut être considéré comme la seule activité et la seule attractivité du massif.

Un plan d’ensemble tenant compte de toutes les composantes est bien différent d’un projet global au service de cette manne financière. D’autre part, le doute s’est déjà instauré sur ce nouvel état d’esprit collaboratif et la mise en place de nouvelles méthodes participatives lorsque les associations n’ont pas été autorisées à assister à la conférence de presse qui suivait la réunion plénière du 5 mars.

Avec optimisme néanmoins, les associations attendent la concertation large annoncée et l’implication demandée. Ainsi que les interventions de la Communauté d’agglomération Pays Basque, dotée d’attributions touristiques, de gestion de la montagne, d’arbitrages urbanistiques, de la Région, des communes de Sare, d’Ascain, d’Urrugne et de Bera. Et naturellement de l’administration de l’Etat, vu les labels de protection du massif. Natura 2000 ne devrait-il pas reprendre son rôle dans le pilotage d’un projet global, comme ce fut le cas ces dernières années et conformément aux textes prévus ?

Le Sous-Préfet, interpellé, a entendu cette demande de nos associations et a indiqué en prendre note.

Cette structure, fondamentale pour l’examen et la conduite des projets de Larrun, a pourtant fonctionné dès 2007, sous les présidences successives de Peyuco Duhart, alors Maire de Saint- Jean-de-Luz et président de la Communauté Sud Pays Basque, Michel Hiriart, maire de Biriatou, Jean-Louis Laduche, maire d’Ascain et le concours de Jean- Baptiste Laborde, maire de Sare.

La Rhune ne doit en tout cas pas être le terrain réservé des activités touristiques ou liée à la seule bonne gestion du petit train.

L’accentuation touristique sur un site déjà sur-fréquenté n’est pas une offre recevable.

Les équilibres d’accueil sont à respecter, les citoyens et les habitants sont à écouter dans un devoir de responsabilités. Sans eux, le projet initial du Département se poursuivrait comme d’autres projets aussi insensés qui ont fleuri dans les décennies passées.

Nous continuerons à défendre le massif de Larrun, montagne sociale, pour tous les publics la fréquentant. Une montagne où paysans et éleveurs, pastoralisme, familles, promeneurs, touristes, sportifs, travailleurs sur le site trouvent ou retrouvent leur place, ou la nature, vestiges et espèces restent préservés et protégés. Nous restons mobilisés.