L’incontournable désarmement

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Anne-Marie Bordes
Anne-Marie Bordes
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Les présidents colombien, Juan Manuel Santos, et français, François Hollande, sous une bannière "tout pour la paix" lors d'une visite dans un camp de désarmement des Farc, le 24 janvier 2017 à Caldono en Colombie

Les présidents colombien, Juan Manuel Santos, et français, François Hollande, sous une bannière « tout pour la paix » lors d’une visite dans un camp de désarmement des Farc, le 24 janvier 2017 à Caldono en Colombie

Le désarmement d’ETA revient donc sur le devant de la scène à l’occasion du Forum pour la Paix que Bake Bidea organise les 17 et 18 mars à Biarritz. Ce sera l’occasion d’un retour sur le processus de paix colombien entré dans une phase vitale car le désarmement des Farc a été engagé. Plusieurs spécialistes impliqués dans ce processus et d’autres médiations à l’international, expliqueront les principes et la méthodologie propres à ce type d’opérations infiniment complexes. Cela, trois mois après l’arrestation à Louhossoa de cinq «artisans de paix» issus de la société civile, très impliqués dans la vie du Pays Basque. L’un d’eux témoignera. Ce sera Michel Berhocoirigoin qui fut interpellé aux côtés de Michel Bergouignan, Jean-Noel Etcheverry («Txetx»), Béatrice Molles et Stéphane Etchégaray surpris dans une opération de neutralisation d’une partie de l’arsenal d’ETA, le 16 décembre 2016. Interrogés à Bayonne, transférés au parquet antiterroriste à Paris et mis en examen, ils furent remis en liberté sous surveillance le 20 décembre. Premier instant de stupeur passé, l’élan de solidarité fut considérable.

Il ne s’agissait en aucune manière d’une opération décidée à la légère ! Mais au contraire d’une action sans précédent, mûrement réfléchie, dont le côté spectaculaire devait stigmatiser l’attitude des gouvernements français et espagnol, incapables de s’investir dans un processus de paix dont l’existence même est niée par les deux États. L’Espagne refusant le concept de conflit armé ETA/État espagnol (elle n’y voit que terrorisme pur), la France s’aligne sur ses positions de façon quasi systématique. Les deux pays exigent d’ETA la dévolution de ses caches dont le démantèlement reviendrait aux forces de polices franco-espagnoles hors vérification extérieure. L’expérience internationale prouve pourtant qu’il n’y a pas de désarmement digne de ce nom en vue d’une paix définitive, sauf négocié, vérifié et placé sous l’autorité des États concernés.

Dans ce contexte, ETA – son cessez-le-feu définitif date du 20 octobre 2011- «a placé sa confiance» dans la société civile basque, celle-là même que mobilise le mouvement Bake Bidea (Le chemin de la paix) créé peu après l’arrêt des opérations armées. Trois personnes, Michel Berhocoirigoin et Jean-Noël Etcheverry accompagnés de Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue française des droits de l’homme, ont accepté d’assumer «la responsabilité politique» du désarmement. Il aura fallu attendre le 10 février pour que le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, en visite sur le BAB revienne sur le sujet du démantèlement de l’arsenal : «Les armes doivent être restituées (…) Mais c’est dans le cadre de la justice et de l’État de droit que cette nouvelle étape doit être accomplie. Je souhaite que cela se fasse le plus vite possible …» A ce jour François Hollande (président d’un pays en état d’urgence) n’en n’a toujours rien dit. En visite officielle en Colombie les 22-24 janvier, il avait pourtant félicité son homologue pour ses efforts de paix et s’était rendu sur une zone de «transition» où les Farc attendaient d’être désarmés!

Programme de la Conférence

17 mars, 20h30-22 heures : «Le processus colombien». Enrique Santiago, avocat, assesseur des FARC, Kristian Herbolzeimer de l’ONG britannique Conciliation Resources.

18 mars, 9h30-13 heures. Ouverture Michel Veunac maire de Biarritz. «Principes de base d’un processus de paix» : Véronique Dudouet de l’institut allemand Berghof Foundation, Serge Portelli magistrat. «Artisans de paix : état des lieux, perspectives» : Anaiz Funosas, présidente de Bake Bidea, Jean-René Etchegaray président de l’EPCI, Michel Berhocoirigoin «artisan de paix».

Inscriptions : tél 06 38 22 76 32. www.bakebidea.com