Municipales être lisible et audible

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Alain Iriart

Alain Iriart

Alain Iriart, maire et conseiller général de Saint-Pierre-d’Irube, impulse depuis deux ans une dynamique, Bil Gaiten, de présence abertzale de gauche aux élections municipales de mars 2014. Cette initiative reprend celle de 1983, Herritarki, issue du collectif Izan qui, pour la première fois, engageait les abertzale dans la gestion municipale. Il répond aux questions d’Enbata.

Alain Iriart, vous avez pris, bien à l’avance, l’initiative d’une présence abertzale de gauche aux élections municipales de mars prochain. Expliquez-nous cette démarche Bil Gaiten ?
Dans un contexte d’élaboration d’un processus de paix, de succès de la démarche des abertzale de gauche aux élections qui ont suivi en Hego Alde, de fragilité des avancées réalisées en Iparralde ou de difficulté à obtenir une collectivité territoriale, les élus abertzale ont décidé de lancer un appel au rassemblement des forces abertzale en Pays Basque Nord.
Cet appel, puis la démarche qui se poursuit, s’inscrit dans le travail fait en commun avec Euskal Herria Bai lors des dernières échéances électorales. Un des objectifs est de mieux préparer les prochaines municipales : anticiper dans la formation, l’élaboration du projet municipal ; définir le cadre du rassemblement, des démarches d’ouverture, des négociations, se préparer à l’action politique d’élus… A terme, l’objectif est de favoriser le rapprochement des partis politiques abertzale AB, Sortu, EA (d’où leur implication indispensable dans la démarche) pour être plus efficace. La dispersion affaiblit notre action tant en direction de nos concitoyens, que dans nos confrontations avec nos concurrents. Nos efforts doivent se concentrer sur la recherche de l’adhésion de nos concitoyens, sur la volonté de peser dans les prises de décisions communales ou intercommunales, sur la nécessité de faire avancer le projet de collectivité territoriale ou de processus de paix. Les tâches ne manquent pas mais nécessitent implication, préparation et organisation pour réussir. C’est cela que nous voulons susciter.

Comment peut-on articuler cette dynamique électorale globale sur Iparralde tout en tenant compte des spécificités de chaque commune ?
Le socle commun est connu des abertzale. Il est souvent porté individuellement ou collectivement en fonction de l’environnement ou du contexte. Il mérite par contre d’être travaillé pour lui donner plus de force, plus de cohérence.
Il doit être élaboré de façon à être compris par le plus grand nombre et être mieux relayé partout. Ensuite, tout naturellement chaque équipe municipale saura comment porter à la fois, le projet abertzale et les projets spécifiques à Mauléon, Baigorri, Ustaritz ou Bayonne.
C’est important aussi de savoir que dans les communes voisines, les abertzale s’impliquent dans la vie municipale, s’organisent pour inscrire leur action dans la durée. Cela donne plus de poids, plus de crédibilité à nos idées dans chacune de nos communes.

La nouvelle loi électorale contraignant les Communes de plus de 1.000 habitants, au lieu de 3.500 antérieurement, au scrutin de liste à la proportionnelle est-elle plus favorable aux abertzale ?
Oui, mais à une seule condition, que nous ne restions pas au bord du chemin à nous contenter de commenter ce que font ou ne font pas nos concurrents. Il faut mettre les mains dans le cambouis, faire des propositions à nos concitoyens, obtenir des postes d’élus d’opposition ou de majorité pour influer sur le cours des choses, ne pas relâcher nos efforts après les élections.
La proportionnelle permet aux minoritaires de siéger et donc de faire évoluer les choses de l’intérieur. Cette nouvelle loi favorise donc la constitution de listes dans bon nombre de communes. Ceci permet d’avoir des élus peut être d’opposition aujourd’hui, sans doute de majorité demain si nous poursuivons nos efforts !

L’élection indirecte des intercommunalités, par le fléchage de certains candidats, peut-elle permettre de mieux prendre en compte la nécessité d’une institution spécifique Pays Basque?
Je ne le crois pas. Le fléchage donne une lisibilité plus grande aux Communautés de communes ou d’agglomération, plus de force à leurs compétences que se sont considérablement renforcées ces dernières années.
Mais la loi est restée prudemment “entre deux eaux” pour ne pas trop vite affaiblir l’échelon communal qui, à mon sens, doit être préservé. Le lien avec la nécessité d’une institution spécifique ne me paraît pas évident. Par contre, nous constatons que dans d’autres régions, les territoires s’organisent sur des espaces plus vastes, avec des compétences plus fortes (Lyon ou d’autres agglomérations) et que le Pays Basque doit se contenter d’une association pour gérer quelques études. Ce n’est pas sérieux.
Les travaux du Conseil des élus et de développement ont démontré que l’échelon intercommunal et territorial Pays Basque pouvait coexister à condition de bien cibler les compétences de l’un et de l’autre. C’est la raison pour laquelle les compétences du Conseil général et certaines du Conseil régional avaient été ciblées autour de huit grandes thématiques. Partage, délégation, transfert de ces compétences : tout cela mériterait d’être étudié. Cohabitation des intercommunalités et d’une institution spécifique, ou bien fédérer des compétences au sein d’une collectivité Pays Basque : une chose est sûre, le Pays Basque ne peut pas faire l’impasse de ce débat.

Bil Gaiten suscite-il une réelle motivation dans la mouvance abertzale ? Où en est-on à cette heure ?
L’adhésion générale des abertzale à Bil Gaiten, à Euskal Herria Bai est plus instinctive que réelle et politique. Les abertzale sentent bien qu’il faut s’impliquer dans ces démarches politiques, s’appuyer sur l’expérience des autres pour mieux avancer, partager des démarches collectives. Le passage à l’acte est parfois plus laborieux, Bil Gaiten est là pour favoriser les initiatives municipales, inscrire ces démarches dans la durée. Notre rôle est de proposer de l’aide, de la formation à ceux qui le souhaitent. Certaines équipes fonctionnent toutes seules, tant mieux ! D’autres peinent à s’organiser, il faut les encourager. Mais toutes ont besoin d’un cadre de référence pour être plus efficaces. Aujourd’hui, de nombreuses équipes se sont mises au travail. Je pense qu’il n’y aura jamais eu autant d’abertzale acteurs de ces municipales. C’est encourageant.

Bil Gaiten recommande-t-il une présence autonome au premier tour de la mouvance abertzale ? Préconise-t-il des alliances ou pas au second tour, et sur quelles bases ?
Je ne suis pas habilité à répondre pleinement à cette question au nom de Bil Gaiten. Ce que je peux dire, c’est qu’il nous faut exister ; et pour exister, il nous faut être lisible et audible.
Un premier tour a l’avantage de permettre l’expression de nos propositions, de nos engagements, ceci pouvant se faire dans un esprit d’ouverture. Cette expression autonome, plurielle ou non, est recherchée par Bil Gaiten partout où cela est possible.
Ensuite, la question du second tour ne doit pas rester tabou, sinon nous risquons de rester au milieu du gué. Si nous ne sommes pas en situation d’être élus, les points que nous voulons faire partager à d’autres listes doivent être ciblés par nos équipes municipales pour être discutés avec nos concurrents du premier tour. Ceci pour avoir des élus d’opposition ou de majorité qui pèseront sur les décisions, et prépareront l’avenir de notre pays. Le pire serait d’être absent des débats.

Quels sont les prochains rendez-vous de Bil Gaiten ?
Tous les deuxièmes samedis du mois, (soit 9 novembre, 14 décembre), une formation sur les quatre thématiques : budget, économie, social-éducation et urbanisme-environnement, à Ascain, Anglet, Ostabat et Cambo. Et une rencontre le 21 décembre à Ustaritz pour validation du projet politique et de la charte des Elus, et partage et mise en commun des initiatives locales autour des têtes de listes et responsables de ces équipes municipales.

Point d’étape

Parmi les communes où les abertzale s’organisent et dont les projets sont en cours d’élaboration, nous pouvons citer: Hendaye, Saint-Jean-de-Luz, Ciboure, Biriatou, Urrugne, Saint-Pée-sur-Nivelle, Ascain, Sare, Arbonne, Ahetze, Ustaritz, Saint Pierre d’Irube, Lahonce, Cambo, Itxassou, Saint-Etienne-de-Baigorry, Saint-Jean-Pied-de-Port et bien sûr Anglet et Bayonne. Il s’agit de listes plurielles ou plus estampillées abertzale, mais toutes sont porteuses au premier tour d’un projet collectif pour leur commune et reprennent nos fondamentaux. J’en oublie sans doute, chacun complétera.
A Saint-Palais, Hasparren, Arcangues et quelques autres communes, les réflexions sont engagées et se poursuivent pour aboutir à des décisions rapides.
Dans d’autres, de taille plus modeste, mais tout aussi importantes, des abertzale s’impliquent en participant à des équipes municipales pour influer sur les projets et prendre ensuite des postes de responsabilité.
A Biarritz, pour ne pas éluder la question, les abertzale ont préféré faire alliance dès le premier tour et ce après consultation interne. Il y avait sans doute place pour une démarche plus ambitieuse, mais la décision locale majoritaire s’impose.
De façon plus générale, je pense que ces décisions locales, si elles sont organisées de façon collective et démocratique, doivent être respectées. Je retiens également que la motivation et la volonté de s’organiser pour être plus efficace est présente partout. Nous sommes à l’initiative de nombreuses démarches collectives intéressantes qui sont de nature à mieux concrétiser nos propositions. Et ceci est d’autant plus encourageant dans un contexte où les réponses gouvernementales ou décisions administratives sont inquiétantes pour l’avenir du Pays Basque.

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