Ne rien lâcher, les femmes !

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Martine Bisauta
Martine Bisauta
Ecologiste, Maire-adjointe en charge du Développement Durable et de la Participation Citoyenne à Bayonne.
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EnsembleDepuis quelques mois, le débat s’instaure et pas toujours de la meilleure des façons sur la place des femmes dans l’espace public… En 2017 et en France. Pour les femmes de ma génération c’est un douloureux retour en arrière, souvenons-nous des marches nocturnes instaurées dans les années 70, à Paris, Bayonne mais aussi Fontarrabie ou Hernani. Nous avons lutté pour que la rue nous appartienne aussi, nous avons clamé que l’espace public ne pouvait être le lieu des seuls hommes, nous avons imposé d’autres modes de vie et exigé le respect. Il semble parfois loin ce temps où beaucoup d’hommes ont partagé ces revendications avec nous, où nos copains, nos compagnons ont soutenu nos démarches.

Aujourd’hui, peu à peu nous constatons que les femmes rencontrent de plus en plus de difficultés à se mouvoir en toute liberté dans l’espace public et il ne s’agit pas de sorties nocturnes mais dans la vie de tous les jours et à toute heure. C’est inacceptable. Rien ne peut nous priver de cette liberté fondamentale sauf à renoncer à nos façons de vivre, à notre culture, au contrat social qui est celui d’une république laïque.

D’abord il a fallu comprendre que cela se passait dans certaines endroits, des lieux privatisés par la gent masculine, dans des zones dites parfois de non droit (?) puis peu à peu le phénomène s’étend à Paris notamment mais on finira par apprendre que cela ne se limite pas à la capitale. Il y a dans l’air un politiquement correct qui fait que, notamment à gauche, on refuse de voir la réalité, préférant contempler la pointe de ses souliers car il ne serait pas souhaitable de soulever la question. On risque, parait-il, la stigmatisation d’une partie de la population qui a d’autres principes, qui vient d’une autre culture. Il faudrait donc renoncer à la défense des droits élémentaires pour les femmes au nom de religions, de cultures qui les asservissent et qui les privent d’une existence normale !

Je ne vois pas pourquoi on serait exigeant avec les débordements des intégristes catholiques et pourquoi il conviendrait de faire silence sur d’autres. Tout est à mettre sur un pied d’égalité, les religions monothéistes nous les avons à l’époque cataloguées de “couteaux contre les femmes”, peu importe que le gourou se nomme Jésus, Mahomet, ou Jéhovah, la religion est respectable si elle n’entraîne pas de conséquences pour ceux ou celles que cela ne concerne pas.

Aujourd’hui, peu à peu
nous constatons que les femmes
rencontrent de plus en plus de difficultés
à se mouvoir en toute liberté
dans l’espace public
et il ne s’agit pas de sorties nocturnes
mais dans la vie de tous les jours
et à toute heure.

La “bien-pensence” d’une certaine gauche sur le sujet est effrayante, Hamon nous a gratifié par exemple d’un “historiquement dans les cafés ouvriers, il n’y avait pas de femmes”. Historiquement les femmes ne votaient pas, elles étaient mineures juridiquement assujetties à leurs pères et leurs maris. Alors Benoît on refait le chemin à l’envers, on efface nos combats pour l’égalité ?

Ce genre de discours tend à accréditer l’idée que l’on devrait renoncer selon une géographie assez indéterminée aux droits durement acquis pour permettre que dans la République certaines femmes soient traitées différemment.

Les droits des femmes ne sont pas solubles, ils ne peuvent être soumis à des religions ou des cultures qui ne les prennent pas en compte, ils sont inaliénables. Si nous laissons faire, comment ne pas imaginer l’évolution désastreuse qui nous attend, dans quel monde fera-t-on vivre demain celles qui sont aujourd’hui des gamines ?

Les effets de balancier dans l’Histoire sont redoutables et notre manque de lucidité, notre lâcheté auront des conséquences néfastes.

Les discussions de salon ont commencé, Caroline de Haas a proposé “d’élargir les trottoirs” à Paris dans une interview où le malaise transpirait car il ne faut pas avoir l’air de s’en prendre à ces hommes, qui dans certains quartiers entravent la libre circulation des femmes.

Gênée elle était, et de rappeler que des femmes de toutes origines et de toutes classes sociales meurent tous les deux jours sous les coups de leurs compagnons et de dénoncer aussi les trop nombreux viols. Certes, c’est une évidence mais en quoi ces rappels peuvent- ils amoindrir d’autres faits ? La lutte des droits est indivisible et nous devons nous rappeler que seule notre unité a permis des avancées…

Ensemble, en mouvement les Femmes nous vaincrons la répression”, ce très beau chant du MLF va retrouver toute son actualité et cela est désespérant.

S’il faut battre à nouveau le pavé, allons-y !

Sans distinction de genre, d’origine ou de religion. Affirmons à nouveau avec force que nous ne nous laisserons pas déposséder, que nous avons écrit une page de l’humanité pour que chacun et chacune marche vers l’égalité et qu’il est temps de s’en souvenir.

On ne lâchera rien !

3 Commentaires

  1. Arrizabalaga
    Publié le 19/06/2017 à 16:16 | Permalien

    Vous dites: « …la religion est respectable si elle n’entraîne pas de conséquences pour ceux ou celles que cela ne concerne pas. » Mais je crois que la respectabilité d’une idéologie quelconque ne dépend pas que de la liberté laissée à ceux ou celles qui sont dehors, mais aussi de celle qu’on reconnait à ceux et celles qui sont dedans, c’est à dire qu’il faut demander à ces idéologies qu’elles ne discriminent pas, même dans le groupe auquel elles se dirigent, qu’elles soient libératrices des individus et non des créatrices ou reproductrices d’oppression.
    C’est bien vrai que dans les cafés ouvriers d’avant n’y avais pas de femmes, mais qui voudrait aller aujourd’hui à ceux cafés, Hamon, peut-être?
    Le problème que les femmes avons avec cette histoire des nouvelles discriminations c’est qu’il ne s’agit pas de nouvelles mais de très vieilles discriminations qui continuent d’être ancrées dans les consciences des gens ; les prohibitions de cafés d’aujourd’hui résonne dans une ancien prohibition et toutes nos luttes pour notre émancipation s’effacent devant cette internationale machiste qui refait surface ; on veut nous renvoyer à la case de départ et pour cela tout sert. Les discriminations en nom de la spécificité musulmane n’ont rien de spécifique; c’est du machisme universel. Mais attention au politiquement correct, nouvelle version de cette manie moralisatrice si ancrée dans nos consciences qu’on croit à tort libérées de la morale chrétienne du péché et la culpabilité, car si on dit qu’effectivement, les questions de moeurs différents des supposées cultures différentes sont des modèles anciens, dépassés dans notre société, si on dit que ces apparemment différentes ne nous enseignent rien de nouveau, que dans notre société aussi on a connu le voile pour les femmes « décentes », que la femme qui ne sort pas à la rue sans être accompagnée (par le mari, bien sur, car deux, trois ou dix femmes, sans un homme sont bien des femmes « seules » et ce n’est pas si loin dans le temps) a existé, tout comme la femme obéissante, etc, et que tout cela a été revu, mis en question et dépassé (plus ou moins) par les luttes féministes, alors, on va nous accuser d’islamophobie, de mépriser autres cultures, de colonialisme, etc.
    En ce qui concerne la culture musulmane, comme la culture chrétienne, etc, il y a là de la culture et il y a de l’oppression et cela serait bien plus intéressant qu’on développe la culture et on abandonne l’oppression, mais cela, on ne le fait pas sans lutte et sans travail féministe. C’est encore à nous, femmes, de continuer à défendre nos droits, universellement bafoués au nom de questions religieuses ou autres, qui intéressent les hommes et sont, ainsi, prioritaires ; dans nos sociétés encore, les questions des femmes sont toujours un luxe de bourgeoises ou d’occidentales blanches qui n’ont rien d’autre à faire qu’à se plaindre, fragiles comme elles sont.
    Vive la lutte féministe ! À bas l’oppression patriarcale !

    • Bisauta
      Publié le 21/06/2017 à 00:00 | Permalien

      Les luttes du 20ème siècle ont permis des acquis pour les Femmes. Il nous appartient d’avoir un extrême vigilance car actuellement la résurgence de discours religieux remettent en question nos droits.
      Nulle culture, nulle religion ne peut altérer cet état de fait.
      Et si nous devons à nouveau nous lever nous le ferons !
      Merci de votre commentaire
      Martine Bisauta

  2. Arbelbide Maixan
    Publié le 20/06/2017 à 20:35 | Permalien

    GRRR …………. à l’encontre d’autres articles « ENBATA » ou autres, celui ci ne se laisse pas « copier coller » pour diffusion….(une façon de nous empêcher de danser en rond ????KESAKO ????????????????????