Vive le tourisme

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Peio Etcheverry-Ainchart
Peio Etcheverry-Ainchart
Historien de formation et éditeur de profession; membre d'Abertzaleen Batasuna et conseiller municipal abertzale à Saint-Jean-de-Luz.
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La plage de Saint-Jean-de-Luz, icône touristique d’Iparralde.

La plage de Saint-Jean-de-Luz, icône touristique d’Iparralde.

Les abertzale sont parfois accusés d’être des anti-touristes intransigeants. Pourtant, tout est question d’équilibre dans l’investissement dans cette activité et dans les autres secteurs de l’économie. Lors d’un conseil municipal luzien, fin juin, une délibération concernait le rapport d’activité de l’Office de tourisme. Généralement, le groupe municipal abertzale vote contre tout ce qui concerne cet office, mais pas pour les raisons que l’on pense. En ce début de saison estivale, peut-être est-il bon de revenir sur ces rapports “je t’aime, moi non plus” entre abertzalisme et tourisme.

Le tourisme, un atout

A mon sens, contrairement à l’image d’ennemis du tourisme que la plupart des gens cherchent à nous accoler et que nous avons parfois nous-mêmes contribué à alimenter, le mouvement abertzale n’est pas hostile au tourisme. S’il ferraille pour que cette activité économique ne soit pas surreprésentée par rapport aux autres, s’il déplore les effets collatéraux de la saisonnalité de cette activité ainsi que les lourdes conséquences qu’elle induit en termes de logement ou d’emploi, il n’est pas par principe hostile à ce que les gens viennent découvrir le Pays Basque.

Les abertzale sommes d’ailleurs nous aussi parfois touristes, et il nous plaît tout autant de présenter notre pays aux visiteurs. Le souci n’est pas dans ce principe, mais bel et bien dans le fait que les majorités municipales en place, en particulier dans les grandes communes balnéaires de la côte, font le choix facile de faire de cette activité touristique une priorité au détriment de tout le reste, jusqu’à accorder aux offices de tourisme des subventions publiques mirifiques, disproportionnées par rapport aux besoins de la population locale. Résultat, des villes engorgées l’été et vides l’hiver, socialement et culturellement actives en juillet et sinistres en janvier, sacrifiant le logement à l’année aux intérêts des résidences secondaires et autres locations saisonnières. C’est donc bien la mono-activité touristique que nous dénonçons, et non le tourisme lui-même.

Géré en conservant le souci des équilibres du territoire, c’est un énorme atout. Mieux, nous sommes attachés à une animation touristique de qualité car les touristes sont les bienvenus ici ; non seulement nous savons apprécier la contribution qu’ils apportent à notre dynamisme économique, mais bien au-delà de cela nous considérons que nous leur devons en retour une offre à la hauteur.

En ce domaine, nous n’avons généralement rien à reprocher aux compétences techniques des offices et des gens qui les animent : renseignements sur les offres de restauration ou de logement, billetteries, interface entre acteurs de ce secteur, tout cela est bien géré. De fait, les résultats des questionnaires de satisfaction des usagers de ces offices de tourisme font foi de cette qualité.

L’image des indigènes

Par contre, nous restons très critiques dans un autre domaine, pourtant fondamental, de l’activité de ces offices, relatif à l’image donnée du territoire. Au premier plan de ces limites —mais au combien significative—, la place de l’euskara.

Inutile de chercher un traître mot en cette langue sur la plupart des sites internet des principales villes touristiques de la côte, parfois même ne serait-ce que pour donner le nom basque de celles-ci. Cela, comme d’ailleurs l’absence de toute référence à cette langue dans les onglets prétendument culturels – où figurent heureusement les évidents piliers de civilisation que sont le gâteau basque ou le tir à la corde – donnent une idée de l’image que l’on souhaite ici donner de la ville et du Pays Basque.

Tout le reste de ces sites est à l’avenant, parsemé de clichés tape-à-l’oeil dans lesquels les maires se reconnaissent peut-être, mais en tout cas pas nous.

On accueille les gens à Saint- Jean-de-Luz ou Biarritz comme on les accueille à Arcachon ou La Grande-Motte, de manière très efficace au plan technique mais déplorable au plan culturel, peut-être parce que faute de structure de formation locale, ces acteurs ne connaissent simplement pas le Pays Basque.

Et au-delà de nous-mêmes, je ne pense pas que la vision folklorique qui en émane soit ce que souhaitent les touristes non plus.

Gérer nous aussi le tourisme

Loin de moi l’idée de réclamer une présentation du Pays Basque de près ou de loin militante ; nous ne la souhaiterions pas davantage si nous étions en gestion de nos villes. Mais on pourrait s’attendre à ce que soit réclamé des offices un traitement plus respectueux de ce territoire, de ses habitants, et de ce que ceux-ci ont à offrir à leurs visiteurs.

C’est probablement parce que nous sommes plus attachés encore que nos maires à l’activité touristique que nous soulignons cette exigence de qualité. C’est pourquoi, dans le panel très large des compétences que les collectivités ont à gérer, celle du tourisme n’est certainement pas à négliger. Ce n’est pas parce que nous avons longtemps considéré cette activité comme une menace plutôt que comme un atout qu’il faut continuer à la dénigrer.

C’est précisément parce que c’est la gestion du tourisme elle-même qui peut en faire tantôt un atout, tantôt une menace, que nous devons en récupérer la maîtrise. Nous n’aurons plus à nous plaindre de l’image que ce pays projette sur lui-même, des effets pervers que le tourisme mal géré peut avoir sur l’économie de ce territoire, si c’est nous qui le maîtrisons. Mais encore faut-il que nous en prenions conscience, que nous en ayons les compétences, et que l’enjeu financier énorme que cela représente ne nous dépasse pas finalement nous aussi, l’abertzale n’étant pas par nature plus infaillible qu’un autre.