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Ellande Duny-Pétré
Ellande Duny-Pétré
Engagé dans le mouvement abertzale depuis le Procès de Burgos. Responsable de la chronique Hegoalde dans Enbata.
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AbertzaleakAitzina

L’Édito du mensuel Enbata

Les abertzale progressent en pourcentage et en voix aux élections législatives des 12 et 19 juin, un type de scrutin ingrat pour nous, tant il est écrasé par les débats franco-français. Notre courant parvient à gérer intelligemment le second tour, son apport décisif fait bouger une carte politique réputée inamovible.

La forte abstention (48,7%) n’a pas atteint l’électorat abertzale qui a progressé de 3383 voix, soit de 26,7% par rapport au scrutin de 2017. Dans la 6e circonscription (Côte sud) et surtout la 5e (Bayonne-nord du Labourd) réputée la plus difficile, notre progression est encore plus forte (près de 64%). Avec quasiment 9% de suffrages, nous dépassons largement la fameuse barre symbolique des 5%, en-deça de laquelle une force politique peine à exister.

On le doit à une unité retrouvée dans nos rangs, au travail constant des abertzale tous azimuts depuis des décennies et à notre investissement considérable ces derniers mois autour de la question du logement, un des thèmes centraux de cette campagne. Le combat en faveur de l’euskara et la construction de nos institutions ont figuré en bonne place parmi les lignes de fracture du débat électoral.

Les adeptes du verre à moitié vide trouveront notre progression trop lente. Elle n’a rien à voir avec les flambées ou les chutes fulgurantes d’autres formations dotées d’un électorat, mais souvent dépourvues de candidats crédibles et absentes du terrain.

Nous nous enracinons pas à pas et ce sont bien sûr les premiers pourcentages les plus difficiles à obtenir. Chacun le sait, voter abertzale va bien au-delà d’une quelconque dérive d’une famille politique à l’autre, d’une évolution vers la droite ou la gauche. C’est se rapprocher d’un projet politique qui, à terme, veut changer de patrie, qui pense Zazpiak bat plutôt qu’Hexagone, qui hier encore était associé au sceau infamant du “terrorisme”.

Il s’agit de retrouver ou d’adopter une autre langue, une autre culture, de faire sienne une histoire ignorée par les programmes scolaires, en accepter le meilleur et parfois le pire, comme pour tous les peuples.

Voter abertzale, consciemment ou inconsciemment, c’est faire une grand saut. Donc forcément difficile et complexe.

Dans cette perspective, les abertzale doivent redoubler de pédagogie en se souvenant que par le passé, ce sont des habitants venus d’ailleurs qui ont joué un rôle décisif pour réveiller notre culture, asseoir notre identité et au-delà notre conscience nationale. De Julien Vinson à Louis Colas, Philippe Veyrin, Nussy Saint-Saëns et Sylvain Pouvreau, en passant par Frederico Krutwig ou Gorka Knörr, la liste est immense. Un jeune député socialiste, élu local d’Oloron, petit fils de réfugié gipuzkoan de 1936, parvient à conquérir d’un cheveu la quatrième circonscription, la “basco-béarnaise”, entre les mains de la droite depuis sa création. Dans sa moitié basque, les scores abertzale sont les plus élevés (18,61%). Avec 89 voix d’avance, Iñaki Echaniz devient député. Il le doit à une bonne raison : ses engagements en faveur des thèmes qui nous sont chers ont fait de lui un abertzale compatible, contrairement aux autres candidats de gauche dans les autres circonscriptions. EHBai lors de ses déclarations pour le second tour ne s’y est pas trompé.

Dans des scrutins souvent serrés, notre apport fait la différence. Cette donnée majeure de la vie politique en Iparralde se confirme au fil des scrutins, au centre comme à gauche.

La voie fut ouverte en 1991 à Biarritz avec une coalition atypique de centristes, de socialistes et d’abertzale qui évinça un cacique RPR, à une époque où nous étions infréquentables, du fait de la lutte armée encore active. Ce type d’alliance fit grincer des dents, y compris dans nos rangs, mais c’était la bonne voie.

La radicalité maladroite, c’est bien beau, mais elle a souvent des effets contre productifs dévastateurs, elle sert l’adversaire. Aujourd’hui, malgré nos résultats encore limités, notre masse critique est décisive, nous sommes incontournables. Les derniers scrutins locaux ont confirmé cette évolution. Si vous êtes ouvertement anti-abertzale, point de salut en ce pays, vous compromettez vos chances d’être élu.

Emmanuel Macron peine à trouver une majorité de députés pour gouverner et se verra contraint de signer des alliances avec d’autres formations, pérennes ou ponctuelles. Comme cela se passe en Espagne et dans de nombreux pays européens.

Une écrasante majorité de droite, du centre ou de gauche ignore et méprise les minoritaires structurels que nous sommes. Le groupe parlementaire Libertés et territoires avec les députés corses, le breton Paul Molac et quelques outsiders, ont montré leur efficacité lors de la précédente législature.

Alors formulons un voeu : puisse la carte politique française demeurer durablement fragmentée, que les difficultés de Macron perdurent, que les voix des élus de Libertés, indépendance, outre-mer et territoires — on parle aujourd’hui d’une quinzaine de membres avec l’arrivée de députés ultra-marins— pèsent de l’or pour faire adopter des lois.

Que Macron ait impérativement besoin de nous sera le plus sûr moyen de négocier des changements législatifs ou réglementaires favorables à nos thèses.

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