Abdelkader et nous

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Jean-Louis Davant
Jean-Louis Davant
Enseignant agricole à la retraite, écrivain, membre de l'Académie de la Langue Basque, co-fondateur d'Enbata et d'EHAS.
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Abdelkader

Si Dieu le veut, comme diraient les musulmans, la pastorale Abdelkader sera représentée cet été au village d’Arrast-Larrebieu / Ürrüstoi-Larrabile, après en avoir été empêchée en 2020 par cette maudite pandémie.

Quelle relation entre Abdelkader et la Soule ?

C’est la question qui vient spontanément à l’esprit de l’amateur de pastorale.

Premièrement, de façon générale il n’y a pas de lien obligatoire entre le héros d’une pastorale et la Soule ou une autre partie du Pays Basque. De 1750 avec Sainte Elisabeth de Portugal jouée par Esquiule à 1951 avec Robert le Diable représenté par Garindein, les thèmes de la pastorale ancienne ont ignoré le Pays de Soule et les six autres “provinces” basques. Les personnages basques ont été introduits dans la pastorale moderne en 1953 par Pierre Bordaçarre, dit Echahoun de Trois-Villes / Etxahun-Iruri, avec la pièce Etxahun Koblakari jouée à Barcus. Lui-même a honoré huit Basques, dont quatre Souletins, mais aussi une étrangère, la Castillane Ximena.

Deuxièmement, l’histoire des Basques déborde largement celle du Pays Basque, elle s’est faite en grande partie en dehors de notre patrie ou matrie, partout où ils ou elles sont allé(e)s dans le monde. C’est le cas notamment de notre immense histoire maritime qui s’est déployée sur tous les océans ; de même l’histoire des nombreux explorateurs, missionnaires, soldats, bergers, émigrés issus de chez nous : beaucoup d’Argentins et d’Etats-Uniens, entre autres, sont originaires d’ici, sans oublier les Français(es) de Saint Pierre et Miquelon : pouvons-nous les ignorer ?

La réponse est dans la question.

Accessoirement, mais ce n’est pas insignifiant non plus, Abdelkader, finalement privé de combattants après quinze ans de résistance à la colonisation de l’Algérie, est resté en résidence forcée avec sa famille et son entourage au château royal de Pau pendant six mois de l’année 1848. Un moment capitale du royaume de Navarre jumelé sur le tard à la seigneurie souveraine de Béarn, Pau qui nous est si proche à tous points de vue comprend sous ses toits hospitaliers une forte présence des Basques, et notamment des Souletin(e)s, comme chacun(e) sait.

Troisièmement, Abdelkader a quelque chose de plus fondamental à voir avec notre histoire, car la guerre qu’il mena contre la conquête française fut en toute logique une première mi-temps qui en appelait une autre en retour, et avec beaucoup d’autres jeunes hommes de ma génération j’ai participé pendant 27 mois à la seconde guerre d’Algérie qui se termina par l’accession de ce pays à l’indépendance. Près de 30.000 jeunes y sont morts du côté français, parmi eux 103 Basques, dont 22 Souletins. Beaucoup d’autres sont restés marqués par cette guerre on ne peut plus sale et finalement, inutile. Que l’on ne vienne pas nous dire que cette histoire n’est pas la nôtre ! Les meilleures années de notre jeunesse sont restées plongées pour rien dans un gouffre noir, ou un trou gris dans le meilleur des cas. Il est temps pour nous d’en sortir par le haut, en faisant que ces années perdues servent enfin à quelque chose de positif.

Chrétiens et musulmans doivent-ils se combattre comme au temps des Croisades, ou au contraire mieux se connaître, pour concourir ensemble à la recherche d’un monde meilleur ? Par exemple pour coopérer contre le réchauffement climatique, dont les pays chauds sont évidemment les premières victimes ? Nous le voyons déjà dans le flux des réfugiés qui affrontent la traversée de la Méditerranée dans des conditions dramatiques. L’on n’en sortira pas sans traiter le problème à la source, et d’abord sans passer de l’anathème à la réflexion commune. Mais il faut agir vite, car notre maison brûle, comme disait le Président Chirac, et chacun(e) doit cesser de regarder ailleurs. Cela aussi est notre histoire à tous et à toutes.

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