Anaphore

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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(Photo : Le Berger des images / Irudien artzaina)

(Photo : Le Berger des images / Irudien artzaina)

J’aurais tant voulu que Sarkozy soit réélu président de la république française en 2012. Son gouvernement aurait naturellement pensé à faire ce même type de projet de loi travail  présenté aujourd’hui par un gouvernement dit de gauche alors que ce n’est qu’une “déforme” —que l’on taxe faussement de réforme— imposée par une caste très éloignée du salariat et ne représentant qu’une partie du PS.

Mais le mal est fait : c’est “la gauche” ici qui est incriminée et qui, sans aucune concertation et alors même que ce n’est absolument pas une proposition de campagne, détricote le droit du travail en facilitant un peu plus la possibilité de licencier et en faisant primer des accords d’entreprises sur des accords de branches que sont les conventions collectives, lesquelles  protègent un peu plus les salarié(e)s que le droit du travail.

La droite en a rêvé et le PS le fait. On dit merci qui ?

J’aurais tant voulu que France bleu Pays Basque soit plus en phase avec la réalité géopolitique des 7 provinces basques en arrêtant d’éructer à longueur de temps qu’elle est la “1ère radio du Pays Basque”.

J’aurais tant voulu que S.O., dans son édition du mercredi 18 mai, p. 22, n’écrive plus, photo à l’appui, que l’association des aînés de Saint-Martin-d’Arberoue est partie “en excursion en direction de Getaria en Espagne”.

J’aurais tant voulu, qu’à défaut d’un bilinguisme un petit plus conséquent, puisque limité à une portion très congrue, le quotidien puisse, à minima, écrire, par respect d’une réalité incontournable, le nom de nos villes et villages en bilingue.

En 2016, il ne serait que temps !

J’aurais tant voulu qu’en ce mois de mai, l’équipe de France de football ne vienne pas à Biarritz s’entraîner à trois reprises devant un stade rempli de 10.000 spectateurs dont une partie arborant des drapeaux tricolores où malheureusement le bleu supplanta le vert. J’aurais tant voulu que ces jeunes (très) riches footballeurs — pas toujours très sociables— ne soient pas adulés par une population majoritairement issue des classes moyenne et ouvrière.

Ah, les plus grands penseurs et fins politiques ne trouveront jamais mieux, comme opium pour le peuple, que le sport spectacle, support d’un nationalisme d’Etat.

J’aurais tant voulu avoir cette idée géniale, à l’époque, d’enlever le deuxième “Y” à Biarritz Olympique Pays Basque à l’entrée du stade Aguilera. Ce à quoi d’autres facétieux, biarrots cette fois, ont transformé l’inscription bayonnaise “Stade Jean Dauger” en “Stade en Danger”.

J’aurais tant voulu, pourtant, que cette fusion rugbystique se fit, hissant le Pays Basque Nord (et même Sud) au rang d’une entité cohérente, tournant la page d’un rugby de clocher amateur, disparu chez les seniors depuis 1998. Il faut dire que les tenants d’un “Bayonne n’est pas basque” justifient, d’un revers de main, une grande résistance à tout changement. A l’instar de quelques élu(e)s de la majorité bayonnaise —les très droitiers—Philippe Neys (président du MEDEF) et Sylvie Durruty ou Guy Lafitte —le corsaire biarrot jacobin— pour qui le Pays Basque (Nord) ne peut exister qu’au travers des cartes postales puisqu’ils sont signataires d’un recours centralisé par l’Acba, pour annuler le vote très favorable à l’EPCI.

Moi même, j’aurais tant voulu que Bayonne soit basque ! Ou à défaut gasconne !

Mais elle est bien plus que ça : c’est un lieu de passage par excellence. Une terre de la diversité qui s’imbibe, inexorablement avec le temps, malgré une immigration importante, essentiellement française, d’us et coutumes basques. C’est pour cela que, toute hétéroclite soit-elle, elle est devenue naturellement la capitale du Pays Basque Nord !

Car, située sur l’axe  accessible entre Europe et l’Afrique, elle  est le fruit historique de moult occupations, d’un grand brassage, un poil coloré, où les Basques et à fortiori les abertzale sont très minoritaires.

Cela n’empêche pas une partie non négligeable de la population bayonnaise —autochtones ou allochtones— de ressentir un sentiment d’appartenance, à différents degrés et à certaines périodes, à ce territoire basque pluriel que nous chérissons tant.

Les peñas

De même, j’aurais tant voulu que l’actuelle municipalité bayonnaise ait le courage politique d’entamer une remise à plat d’une spécificité bayonnaise en Pays Basque Nord : les peñas. Le sujet paraît anecdotique face à des questions prégnantes telles le logement, l’organisation des déplacements, la vie scolaire ou les impôts locaux dans la gestion d’une ville.

Pourtant cette question est symptomatique et révélatrice d’une façon de faire, de construire un rapport équilibré et solidaire au sein d’une communauté.

Aujourd’hui la cité du jambon et du chocolat compte autour de 80 peñas, toutes installées sur la rive gauche. En règle générale, c’est un groupe affinitaire voire professionnel, souvent composé d’individus exclusivement mâles et qui fonctionnent en club privé. Le comptoir étant le mobilier central de ces associations auxquelles le commun des mortels ne peut adhérer sans être parrainé. Elle revêtent des statuts différents. Elles peuvent être propriétaires ou être logées par un propriétaire ou par la mairie. Henri puis Jean Grenet ont attribué depuis les années 70, une quinzaine de locaux publics répartis pour la plupart dans les fortifications avec pour toute convention un simple arrêté municipal. C’est l’époque de la république des copains et des coquins. Ça pistonne à  tour  de bras et pas uniquement pour embaucher à la ville des joueurs de rugby. Le plus singulier, c’est que la municipalité ne conventionne qu’avec très peu d’entre elles. Quasiment aucune contractualisation ne régit l’octroi de ces locaux publics avec un cahier des charges définissant les droits et devoirs de chaque partie. Point de loyer non plus. Certes, nombre d’entre elles interviennent dans la vie publique bayonnaise mais sans cadre révisable, sans accompagnement municipal. Une mairie voudra-t-elle un jour organiser une politique culturelle et associative dans la transparence et avec des critères objectifs dans l’attribution de ces locaux ? Qui osera s’attaquer à ce grand tabou bayonnais ?

Au lieu de cela, c’est la politique du coup par coup. La mairie essaye maladroitement de s’en prendre à l’une d’entre elles, l’Amicale du Petit Bayonne, association mixte dont le bar est très discret durant les fêtes. A l’intérieur, une vraie mutualisation entre trois entités : un groupe de txistu Baionako Ttirrittak, un ensemble vocal Basajaunak et le Collectif Citoyen Vivre  Bayonne. Il est question qu’elles quittent ce lieu pour y mettre un studio d’enregistrement.

A la va vite, la mairie a déposé un dossier au POCTEFA qui est un programme européen de coopération transfrontalière (Espagne/ France/ Andorre) afin de renforcer l’intégration économique et sociale de ces zones frontalières.

Elle souhaitait pouvoir, par là-même, rénover ses remparts de Mousseroles au Petit Bayonne tout en créant dans ce lieu inapproprié un pôle des musiques actuelles. Si le volet culturel de la demande a été accepté pour à peu près 240.000 euros, celle concernant l’investissement, à hauteur de 1,5 millions d’euros, vient d’être rejetée par le comité de programmation du POCTEFA. Et le studio d’enregistrement a du plomb dans l’aile. J’aurais tant voulu que cette municipalité expérimente une vraie politique démocratique et transparente auprès de ces forces vives que sont les associations bayonnaises.

2 Commentaires

  1. pons
    Publié le 28/06/2016 à 11:11 | Permalien

    Je vous rejoins totalement à propos de cette mention, ridicule, qui accompagne les annonces de France Bleu Pays Basque. L’honnêteté consisterait à déclarer plutôt : « première radio du Pays Basque Français (ou 1ere radio d’Iparalde ».
    Mais allez expliquer ça à des publicitaires « hors sol »!
    Cela ne m’empêche pas d’aimer ce média… malgré tout!

    • Abadie Jean Marc
      Publié le 30/06/2016 à 12:21 | Permalien

      Oui tout à fait (Jacques ?). La question de fond c’est : « Comment prendre le dessus sur les publicitaires ?! ».
      J’écoute France Bleu Pays Basque -surtout les infos- quasiment tous les jours depuis le temps de « Radio Côte Basque »… Où adolescent j’écoutais les nouvelles avant de partir au lycée… C’est un peu comme S.O. Cela nous arrive de le critiquer mais nous le lisons presque tous les jours !
      C’est vrai que « 1ère radio du Pays Basque Nord », c’est déjà très bien !
      Merci pour votre commentaire.

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