Chambre à part

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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CCIQuand on est unique, on peut se sentir seule. Tellement seule que le moindre soutien, même moral, vous fait le plus grand bien. Car cette impression de solitude, elle ne vient pas faute d’être tournée vers les autres, son environnement ou vers l’avenir. Avec plein de projets en tête. Non, c’est la seule institution autonome en Pays Basque Nord et les socialistes (parisiens) n’aiment pas ça.

La CCI et le Pays Basque Nord

Actrice du développement économique du Pays Basque, la Chambre de commerce et d’industrie de Bayonne Pays Basque est un mode de gouvernance d’un territoire qui, depuis 20 ans, a montré sa capacité à se doter d’un projet de développement. En effet, notre CCI, l’une des plus anciennes puisqu’elle a été créée en 1726, a défendu avec constance la formation d’un nouveau département dont la préfecture serait Bayonne.

En 1836 un Mémoire au Roi est rédigé avec l’appui de 904 signataires dont de nombreux élus, procureur, président du tribunal civil…

En 1947, à l’occasion de la création de la CCI de Pau, le projet de nouveau département resurgit. Dans le pacte signé entre notre CCI et M. Sallenave, maire de Pau, ce dernier s’engage à défendre ledit projet.

En 1994, suite aux initiatives de Michel Inchauspé, l’assemblée plénière de notre CCI se prononce à 86.3% en faveur de la création d’un nouveau département.

Enfin, le 5 octobre 2012 la CCI bayonnaise vote à une majorité écrasante et à bulletin secret la création d’une Collectivité territoriale à statut particulier.

Mais quoi qu’elle fait ?

La CCI revendique son coeur de métier : l’accompagnement des entreprises et notamment des PME. Dans son rapport annuel d’activité de 2013, la CCI indique que sur les 15.596 entreprises de l’industrie, du commerce et des services de notre territoire, 8.842 d’entre elles ont bénéficié d’un appui de la CCI l’an passé. De même elle a soutenu 1.673 créations d’entreprise, et participé à l’implantation de 19 entreprises toujours en 2013.

Ses actions la conduisent au développement transfrontalier, au soutien de l’Estia et ses 700 élèves ingénieurs, de quatre incubateurs et pépinières d’entreprises et de quatre plateformes technologiques, à  l’accompagnement de 660 stagiaires de la formation continue, à la gestion du port de Bayonne et du port de pêche de Saint-Jean-de-Luz.

Chambre de combustion ?

Dans ce contexte d’une chambre consulaire bien ancrée dans son territoire, son président, André Garreta a écrit fin août au premier ministre afin de s’élever contre des mesures que le ministère de l’Économie préconise d’appliquer aux Chambres de commerce et d’industrie. Ce projet prévoit une baisse de la ressource fiscale annuelle de – 17% en 2015, -26% en 2016 et -37% en 2017 et une ponction, en 2015, de 500 millions d’euros aux CCI de France sur leurs fonds de roulement. Et André Garreta, de préciser : “Vous pouvez imaginer aisément les conséquences de mesures aussi brutales sur l’emploi de nos collaborateurs (suppression de 7.500 emplois en France) et surtout sur la pérennité de nos activités…”. Cela conduirait chez nous “à une diminution de la ressource annuelle de 2,2 millions d’euros sur 5,1 millions d’euros et à une confiscation totale de sa trésorerie qui devient négative, dès 2015, hors concessions portuaires”. Et d’annoncer l’amputation ou l’abandon de tout ou partie des activités… Le président mentionne que les CCI ne coûtent rien à l’État qui ne leur verse aucune subvention… (1)

ParisJacobins nous re-voilà !

Jusqu’à maintenant chaque département français a sa CCI sauf… la Gironde et les P.A. où il en existe deux… Déjà le revenant Sarkozy avait ouvert, lors de sa gouvernance, la boîte de Pandore par une volonté de  remettre en cause cette disposition. Il en a rêvé, le PS le fait… Un projet de loi, via un arbitrage par la loi des finances, reprend à son compte l’idée de détricoter ce maillage pour ne faire exister qu’une CCI par région…

C’est décidément une antienne bien connue au PS de faire la part belle aux grandes régions et autres agglos. On a déjà eu droit au projet LGV comme au remodelage des régions. En fait, ce n’est pas vraiment une régionalisation, c’est une vrai recentralisation régionale… On passe d’un jacobinisme parisien à un jacobinisme régional étatisé. Avant c’était Paris et le désert. Demain ce sera Paris, 12 métropoles et toujours le désert…

On appelle cela la continuité française. Du point de vue des technocrates parisiens il faut réduire les interlocuteurs. Au final, notre CCI deviendra une antenne avec moins de moyens, de la perte d’emplois, peu de  présence sur le terrain dans l’accompagnement des PME et des capacités quasi nulles à créer des projets nouveaux. On dit merci qui?

(1) Selon les données communiquées par l’administration fiscale, les entreprises du Pays Basque versent, en moyenne, 273€ par an à leur CCI et 83% d’entre elles (celles de moins de 5 salariés) 65€.. C’est dire que la restitution de tout ou partie de cette somme n’est pas de nature à améliorer leur compétitivité.

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