Créer un “Batera du logement et du foncier”

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Txetx Etcheverry
Txetx Etcheverry
Animateur de la Fondation Manu Robles-Arangiz en Pays Basque nord, impliqué dans différentes alternatives sociales et écologiques locales et dynamiques de construction nationale basque.
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Vivre et se loger au Pays (III)

Troisième volet d’une réflexion sur la stratégie militante à adopter face à la crise foncière et immobilière en Iparralde. La cause du logement et du foncier nécessitera la création d’une large coalition pouvant peser réellement sur le cours des choses.

Nous l’avons vu lors des 2 premières parties  de cette réflexion, le problème du logement et du foncier constitue sans doute LA question stratégique de la décennie à venir en Pays Basque nord.

Il y a urgence car soit nous arrivons à peser efficacement et très rapidement sur les évolutions en cours, soit leurs conséquences sociologiques rendront bien plus difficiles les possibilités même de construction d’une Euskal Herri burujabe, solidaire et soutenable.

A l’inverse, cette bataille là peut faire avancer dans la population d’Iparralde nos valeurs euskaldun, progressistes et écologistes et le projet global qui nous anime.

Les structures militantes qui réfléchissent ou travaillent déjà sur ce terrain, ou envisagent de le faire, sont nombreuses et diverses. Des propositions existent portées par un certain nombre de ces acteurs, ainsi que par différents élus et conseils municipaux, notamment dans le cadre de l’actuelle procédure visant à mettre en place le premier Plan Local de l’Habitat englobant tout Iparralde. La validation de ce PLH rythme le débat tout au long de cette année 2021. Par la suite, viendront la mise au point de documents tout aussi décisifs, avec les différents PLU et le SCOT.

Créer un vrai rapport de forces

Le manque qui reste d’après moi à combler est celui de la création d’un vrai rapport de forces populaire permettant de placer ces propositions au centre du débat et de l’agenda des décideurs, de pousser les élus locaux au maximum d’audace et d’ambition au moment de prendre des décisions et de voter sur ces questions-là, d’arracher les évolutions législatives nécessaires et d’effectuer un vrai contrepoids à la pression sans cesse grandissante de la main invisible du marché.

Si l’on veut vraiment qu’émerge une stratégie gagnante, efficace, qui impacte réellement le cours des choses, il faudra éviter que chaque structure militante parte seule dans son coin, sa direction, sur les thématiques qui lui sont spécifiques, et n’ait ainsi que la force de faire acte de présence, pour un résultat symbolique ou testimonial.

Il faudra encore plus éviter dans la mesure du possible que les diagnostics, propositions et stratégies de chacun se développent de manière contradictoires ou opposées au lieu de se compléter, de se renforcer mutuellement et du coup, d’arriver à peser réellement sur le cours des choses.

Je ne suis généralement pas très fan de la multiplication des plateformes unitaires et autres cartels d’organisations qui regroupent nombre de collectifs disparates pour des résultats qui me laissent souvent sceptique. Mais je pense que la cause du logement et du foncier non seulement permet mais également nécessitera la création d’une large coalition pouvant peser réellement sur le cours des choses.

Les portes d’entrée d’un Batera du logement

Je crois qu’on a là un terrain mûr, un enjeu décisif et une constellation de forces prêtes à se mobiliser, qui permettent d’envisager des configurations unitaires et gagnantes comme le furent en leur temps l’Appel des 100 pour un département Pays Basque ou la Coordination anti-LGV.

Je pense ici également à la plateforme Batera, qui a su devenir une référence mobilisatrice pour une large partie de la population, au-delà même des 110 organisations, associations et collectifs qu’elle fédérait autour de 4 portes d’entrée, linguistique, agricole, universitaire et institutionnelle vers la reconnaissance officielle du Pays Basque nord.

Nous l’avons vu, la crise du logement et du foncier revêt en Iparralde quatre dimensions majeures : démocratique et identitaire, sociale, écologique, agricole et alimentaire. Elles peuvent constituer les 4 portes d’entrées vers une coalition qui deviendrait le Batera du logement et du foncier, ouverte aux structures et aux individus.

Cette coalition pourrait se constituer sur la base d’une première échéance de mobilisation massive et d’une plateforme partagée de revendications et de propositions concrètes, autour de quelques grandes priorités qu’il conviendrait de déterminer entre toutes et tous. Et nous n’aurons que l’embarras du choix : réduction massive des nouvelles constructions prévues, augmentation massive de la part de logement social, encadrement des loyers, zéro artificialisation nette et zéro nouvelle résidence secondaire, remise sur le marché locatif d’une part importante des logements vacants et résidences secondaires actuelles, politique volontariste de réhabilitation du logement ancien, densification urbaine, encadrement ferme des locations saisonnières….

Renforcer et sensibiliser

Cette plateforme viserait à mobiliser de larges secteurs de la population, bien au-delà des cercles militants, pour demander l’adoption par les différents décideurs des mesures et politiques nécessaires.

Elle travaillerait à renforcer les différentes alternatives concrètes existant déjà (Lurzaindia, Etxalde, Maillâges etc.) et à en impulser de nouvelles. Elle mènerait un travail de sensibilisation pour promouvoir l’habitat collectif, les pratiques de re-cohabitation, la nature de bien commun du foncier etc. Elle n’empêcherait pas les structures qui en seraient membres de développer de leur côté des actions relatives à leurs valeurs, projets et visions spécifiques, ou à leur répertoire traditionnel d’intervention.

Mais elle permettrait, en unissant la majorité d’entre elles, de partager la plus grande partie du diagnostic et des solutions proposées, et d’impulser des mobilisations de masse autour de certaines propositions jugées prioritaires, fédératrices et gagnables.

Reste à savoir, si l’on considère une telle plateforme de mobilisation nécessaire et utile, qui prendrait l’initiative de l’impulser, suivant quel calendrier, et selon quelles modalités de lancement ? Certains mouvements, structures et acteurs militants ont acquis, par leur travail de proposition et par leurs actions déjà engagées, une légitimité et référentialité certaines sur ces questions. Ils sont sans doute les mieux placés aujourd’hui pour répondre à ces questions.

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