Fusion AB/BO : le fond et la forme

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RugbyAviron Bayonnais Rugby est le nom que se partagent aujourd’hui 2 entités juridiques bien distinctes : d’une part, La Société Anonyme Sportive Professionnelle « Aviron bayonnais Rugby Pro » qui gère l’équipe professionnelle et d’autre part, l’Association Aviron Bayonnais Rugby, qui prend quant à elle en charge l’école de rugby, les équipes de jeunes jusqu’à la catégorie Espoir ainsi que  le Centre de Formation. L’affiliation à la FFR de l’équipe professionnelle, de ses joueurs et de ses dirigeants doit obligatoirement passer par l’association, dite  association-support. Cette dernière est par ailleurs financièrement soutenue par la SASP pour une partie de ses activités. Si la SASP et ses actionnaires ont en charge l’équipe première, section phare du club,  l’association et ses bénévoles contribuent par la formation des jeunes, à l’enracinement territorial du club et à son avenir.  A l’image de beaucoup d’autres d’amateurs de rugby, je me sens très concerné par les initiatives et les  débats qui rythment depuis quelques semaines le projet de fusion entre les clubs de Bayonne et de Biarritz. En tant que Conseiller Municipal de Bayonne  bien entendu, forcément attentif à tous les sujets de la vie communale, d’autant plus attentif sur ce sujet que mon point de vue  se nourrit aussi de mon implication,  comme trésorier de l’Association Aviron Bayonnais Rugby,  fonction que j’assure depuis une douzaine d’années.

Ces explications préalables me semblent importantes, car les habitants de Bayonne, de Biarritz et de l’ensemble du Pays Basque qui suivent l’actualité de la « fusion » pourraient  penser que le projet de fusion est naturellement concerté et  porté par les 2 entités du Club, l’association sportive et la société anonyme professionnelle. Dans les faits, il n’en est rien. Aussi incompréhensible que cela puisse paraitre, les dirigeants de la structure Professionnelle ont démarré et développé leurs réflexions avec leurs homologues biarrots sans y associer les responsables de l’association. Ni même les en informer ! De manière toute aussi inconvenante, les contours encore imprécis  du projet que nous avons tous découvert dans un encarté publicitaire du journal Sud Ouest n’avaient été quant à eux, présentés au Président de l’Association que la veille au soir ! Ce jour-là, médusé, j’ai surtout pensé à tous les éducateurs et dirigeants bénévoles de l’Aviron Bayonnais Association et à ses salariés, qui ont tout d’un coup découvert par la presse que les activités dont ils ont la charge depuis des années pourraient être désormais  exercées dans le cadre d’une nouvelle organisation… qui ont tout d’un coup découvert qu’ils pourraient être dessaisis d’une partie de leurs activités… sans même que leurs avis aient été sollicités avant que le projet ne soit rendu public.

Difficile de comprendre et d’expliquer  le mode opératoire utilisé par les promoteurs du projet : excès de précipitation dû à la pression du calendrier ? Désintérêt ou méconnaissance  des activités portées par la structure associative ? Culture de la confidentialité particulièrement  inadaptée à la conduite de telles démarches ?  Si la brutalité du procédé n’est pas intentionnelle, ce dernier n’en reste pas moins  irrespectueux de l’engagement humain et bénévole qui fait vivre au quotidien le tissu associatif.  Les dégâts sont  importants. Les promoteurs de la« fusion » seraient bien inspirés d’en prendre la mesure pour la poursuite de leur démarche. Tout projet pour réussir, nécessite de s’appuyer sur des bases  solides, fondées sur la transparence et la confiance. Peut-on encore espérer que les promoteurs du projet s’engagent avec sincérité  à faire vivre ces valeurs ?  Et à ne pas les sacrifier aux contraintes du calendrier ?

Mais au-delà de la forme que je souhaitais à titre personnel déplorer, les membres de l’association Aviron Bayonnais auront aussi forcément, à se positionner sur le fond. Le débat interne aura lieu dans les jours qui viennent et j’y prendrai part comme tous les autres adhérents.

Concernant la référence au Pays Basque que les promoteurs du projet ne manquent pas de mettre en avant, il convient de raisonner avec la même prudence et le même respect. Comme toutes les personnes, à la fois attachées au Rugby et au Pays Basque, je suis bien entendu  sensible à l’idée de voir tous les clubs du Pays Basque, solidaires d’un projet commun visant à assurer de manière pérenne la présence d’une équipe  basque au plus haut niveau. Mais l’identité Pays basque ne se décrète pas, elle se partage et se construit avec tous les acteurs concernés. Il ne suffit pas d’apposer une marque Pays basque  sur un produit et de l’exploiter commercialement.

La perspective d’une structure professionnelle unique peut être une opportunité pour le rugby local si elle repose sur un partenariat construit avec les clubs du Pays basque et sur de véritables collaborations dans le domaine de la formation des joueurs. Il ne suffira que Bayonne et Biarritz unissent leur destin pour incarner à elles seules le rugby du Pays Basque.  Dans la démarche à ce jour engagée, les clubs du Pays Basque sont témoins  de propos et de déclarations publiques qui les concernent, sans avoir jamais  été consultés.  Comment pourraient-ils s’en rendre solidaires ?

En tant qu’élu bayonnais, j’ai exprimé lors du dernier Conseil Municipal combien il me semblait important que la Municipalité ne s’immisce pas dans la gestion du Club et de ses projets. Mais j’ai aussi exprimé combien il me semblait important de voir la mairie veiller à entendre et à considérer les projets et les attentes des deux entités qui composent le « Club Aviron Bayonnais Rugby ».  Tout en accompagnant la SASP dans la réussite de l’équipe première, elle se doit de considérer l’association qui pourvoit à la formation des jeunes et à l’ancrage du club dans la Ville, comme dans tout le Pays Basque et le bas Adour. Si l’impact, en particulier économique de l’activité professionnelle doit être pris en compte par la Municipalité à sa juste valeur, le rôle  éducatif et social joué par l’association doit demeurer sa préoccupation centrale.

Bayonne, le 7 juin 2015,
Jean-Claude IRIART,
Conseiller Municipal de Bayonne

OrganisationduRugbyBayonneBiarritz

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