Le Canon Français a du plomb dans l’aile

Le 2 octobre 2025, EHBai dénonçait la mise en vente spéculative de la résidence
secondaire de Pierre-Edouard Stérin à Donibane Lohizune.

Après l’immobilier à Donibane Lohizune, Pierre-Édouard Stérin revient au Pays Basque avec le Canon Français. Face à son « banquet basque » le 28 novembre à Biarritz, un appel à une mobilisation festive, populaire et déterminée autour de la Halle d’Iraty est lancé.

Dans ce que certains appellent aujourd’hui « la France à Macron », où la précarité progresse, où la ruralité est malmenée et où les services publics se délitent, le besoin de faire communauté est plus fort que jamais. La fête, les moments de partage et la joie de se retrouver sont des dimensions essentielles de la vie collective. Le Pays Basque en est l’illustration vivante. Alors pourquoi une telle opposition locale au « banquet basque » du Canon Français prévu le 28 novembre à Biarritz ? Parce que le problème n’est pas le banquet mais ce qu’il véhicule.

Cheval de Troie d’Odyssée Impact

Depuis 2024, le milliardaire Pierre- Édouard Stérin est présent au capital du Canon Français à travers son fonds d’investissement, Odyssée Impact, qui regroupe ses participations dans des entreprises et projets qu’il présente comme ayant un « impact » culturel ou sociétal. Et il en serait le président depuis avril dernier. Un investissement qui n’est donc pas politiquement neutre. Stérin assume ouvertement ses ambitions politiques et sa volonté de contribuer à l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. Comme l’a révélé L’Humanité, avec son projet Périclès (acronyme de Patriotes, enracinés, résistants, identitaires, chrétiens, libéraux, Européens, souverainistes), il finance des influenceurs et initiatives destinées à peser sur le débat public et à faire passer ses idées réactionnaires et ultraconservatrices. C’est dans cet écosystème que s’inscrit désormais le Canon Français. Derrière ces bacchanales se dessine un projet plus large : investir la culture et la convivialité pour diffuser une vision identitaire de la société. Un événement où des propos xénophobes et racistes ont également été rapportés et où des gestes associés au fascisme ont pu être observés.

Stérin miné en Pays Basque

Il y a tout juste un an, le 2 octobre 2025, nous dénoncions symboliquement la mise en vente à 15,9 millions d’euros de la résidence secondaire de Stérin à Donibane Lohizune, deux ans après son acquisition aux enchères auprès de l’État à 6 millions d’euros. Et ce, alors même que la mairie avait alors envisagé d’y produire des logements, notamment sociaux. Le lendemain, Pierre-Édouard Stérin portait plainte.

Dans un Pays Basque où la crise du logement et l’explosion des prix poussent des habitants à quitter le territoire ou à vivre dans des conditions indignes, ce genre de vente spéculative est d’autant plus immoral. Nous connaissons donc déjà le personnage, ses méthodes d’implantation, d’intimidation, et cette volonté de conjuguer influence politique et intérêts économiques.

Besta bai, borroka ere bai!

Au Pays Basque, nous n’avons pas attendu un milliardaire nationaliste français exilé fiscal pour découvrir la convivialité ou l’enracinement. Nous avons notre propre culture de la fête : les cavalcades, fêtes de villages, Herri Urrats, Eusko Eguna, Lurrama… Des événements populaires, ouverts qui rassemblent et financent l’euskara, l’agriculture et les alternatives. Ici, l’enracinement n’est pas un argument marketing, et la convivialité ne se résume pas à un banquet à 80 euros organisé par une société détenue par un milliardaire.

« Au Pays Basque, nous n’avons pas attendu un milliardaire nationaliste français exilé fiscal pour découvrir la convivialité ou l’enracinement. Nous avons notre propre culture de la fête. »

Mais l’enjeu est avant tout démocratique. Après des décennies de conflit et de violence du franquisme à nos jours, nous travaillons ici au quotidien aux conditions d’une paix durable. Cela suppose une vigilance forte face aux idéologies xénophobes et réactionnaires qui fragilisent les principes mêmes du vivre-ensemble. À quelques mois des élections présidentielles, cela fait écho au paradoxe de la tolérance du philosophe Karl Popper. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il écrivait : « Si nous étendons la tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas préparés à défendre une société tolérante contre l’assaut de l’intolérance, alors les tolérants seront détruits, et la tolérance avec eux. »

Deux mois avant l’événement, près de 200 personnes se sont déjà rassemblées à Biarritz pour faire barrage au Canon Français. Le 28 novembre, nous serons encore plus nombreux, tout autour de la Halle d’Iraty, dans une ambiance festive, populaire et déterminée, fidèle à ce qui fait le Pays Basque : faire la fête, faire communauté et défendre nos valeurs humanistes.

Soutenez Enbata !

Indépendant, sans pub, en accès libre,
financé par ses lecteurs
Faites un don à Enbata.info
ou abonnez-vous au mensuel papier

Enbata.info est un webdomadaire d’actualité abertzale et progressiste, qui accompagne et complète la revue papier et mensuelle Enbata, plus axée sur la réflexion, le débat, l’approfondissement de certains sujets.

Les temps sont difficiles, et nous savons que tout le monde n’a pas la possibilité de payer pour de l’information. Mais nous sommes financés par les dons de nos lectrices et lecteurs, et les abonnements au mensuel papier : nous dépendons de la générosité de celles et ceux qui peuvent se le permettre.

« Les choses sans prix ont souvent une grande valeur » Mixel Berhocoirigoin
Cette aide est vitale. Grâce à votre soutien, nous continuerons à proposer les articles d'Enbata.Info en libre accès et gratuits, afin que des milliers de personnes puissent continuer à les lire chaque semaine, pour faire ainsi avancer la cause abertzale et l’ancrer dans une perspective résolument progressiste, ouverte et solidaire des autres peuples et territoires.

Chaque don a de l’importance, même si vous ne pouvez donner que quelques euros. Quel que soit son montant, votre soutien est essentiel pour nous permettre de continuer notre mission.


Pour tout soutien de 50€/eusko ou plus, vous pourrez recevoir ou offrir un abonnement annuel d'Enbata à l'adresse postale indiquée. Milesker.

Si vous êtes imposable, votre don bénéficiera d’une déduction fiscale (un don de 50 euros / eusko ne vous en coûtera que 17).

Enbata sustengatu !

Independentea, publizitaterik gabekoa, sarbide irekia, bere irakurleek diruztatua
Enbata.Info-ri emaitza bat egin
edo harpidetu zaitezte hilabetekariari

Enbata.info aktualitate abertzale eta progresista aipatzen duen web astekaria da, hilabatero argitaratzen den paperezko Enbata-ren bertsioa segitzen eta osatzen duena, azken hau hausnarketara, eztabaidara eta zenbait gairen azterketa sakonera bideratuagoa delarik.

Garai gogorrak dira, eta badakigu denek ez dutela informazioa ordaintzeko ahalik. Baina irakurleen emaitzek eta paperezko hilabetekariaren harpidetzek finantzatzen gaituzte: ordaindu dezaketenen eskuzabaltasunaren menpe gaude.

«Preziorik gabeko gauzek, usu, balio handia dute» Mixel Berhocoirigoin
Laguntza hau ezinbestekoa zaigu. Zuen sustenguari esker, Enbata.Info artikuluak sarbide librean eta urririk eskaintzen segituko dugu, milaka lagunek astero irakurtzen segi dezaten, hola erronka abertzalea aitzinarazteko eta ikuspegi argiki aurrerakoi, ireki eta beste herri eta lurraldeekiko solidario batean ainguratuz.

Emaitza oro garrantzitsua da, nahiz eta euro/eusko guti batzuk eman. Zenbatekoa edozein heinekoa izanik ere, zure laguntza ezinbestekoa zaigu gure eginkizuna segitzeko.


50€/eusko edo gehiagoko edozein sustengurentzat, Enbataren urteko harpidetza lortzen edo eskaintzen ahalko duzu zehaztuko duzun posta helbidean. Milesker.

Zergapean bazira, zure emaitzak zerga beherapena ekarriko dizu (50 euro / eusko-ko emaitzak, 17 baizik ez zaizu gostako).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *