Le chandelier de St Sauveur d’Iraty réapparaît

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Ellande Duny-Pétré
Ellande Duny-Pétré
Educateur. Engagé dans le mouvement abertzale depuis le Procès de Burgos. Responsable de la chronique Hegoalde dans Enbata.
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Prozesionea kaperaren inguruan (2017)

Prozesionea kaperaren inguruan (2017)

Volé il y a trois ans et demi, le chandelier de la chapelle de montagne a été déposé devant la porte de la mairie de Mendive dans la nuit du 19 mai. La messe annuelle aura lieu à St Sauveur le 26 juin prochain à 10h30. Gageons qu’elle sera animée d’une ferveur toute particulière.

Le maire de Mendive Sebastian Ihidoy auprès du chandelier restitué

Le maire de Mendive Sebastian Ihidoy auprès du chandelier restitué

Le cambriolage avec fracture de la porte de la chapelle de Saint Sauveur d’Iraty, a lieu en décembre 2018. Seul le chandelier monumental est volé. Mesurant plus de deux mètres de haut, il pèse lourd, à n’en pas douter deux personnes sont nécessaires pour le transport. Grand est l’émoi de Sebastian Ihidoy, maire de Mendive propriétaire de la chapelle. Il connaît la valeur symbolique et culturelle de cet objet dont parle plusieurs légendes du Pays Basque (1) recueillies il y a plus d’un siècle par J. F. Cerquand et Michel Barbier. Des habitants de la vallée d’Hergaray transmettent oralement encore aujourd’hui ces récits immémoriaux. Nombreux sont les fidèles qui fréquentent la messe annuelle au mois de juin ; ils participent à son rituel chanté qui voit le prêtre conduit par Iguzki Saindua, bénir troupeaux et cultures aux quatre poins cardinaux, sans oublier la présence de la statue de Saindia amenée sur les lieux pour l’occasion.

Tous se sont émus de cet acte de vandalisme. Avec l’aide des associations Terres de Navarre et Lauburu, la mairie de Mendive décide à l’automne dernier de fabriquer un nouveau chandelier : une copie de l’ancien ? Mais les quelques rares photos existantes sont bien imprécises (2). Une œuvre moderne ou au contraire inspirée par la ferronnerie traditionnelle des Pyrénées ? Bien qu’ils n’aient pas droit au chapitre en la matière, les Monuments historiques sont consultés à Bordeaux. Sans grand résultat, ils restent évasifs. Une spécialiste est alors sollicitée : il s’agit de Michèle Pellet, historienne d’art renommée en matière de ferronnerie du Moyen Age à nos jours et auteure de nombreux ouvrages. Elle accepte de proposer une dizaine d’esquisses qui sont soumises au conseil municipal de Mendive. Celui-ci en choisit une, qui rappelle le chandelier d’origine. Michèle Pellet se remet à l’ouvrage et élabore les plans détaillés du chandelier. Le forgeron d’Ossès Antton Héguy est vivement intéressé par le projet, il accepte à la mi-mai l’exécution de ce travail.

Le message accompagnant la restitution du chandelier

Le message accompagnant la restitution du chandelier

Et le 19 mai, surprise… Dans la nuit, le chandelier volé trois ans et demi plus tôt, est déposé devant la porte de la mairie de Mendive. Il est accompagné d’un message en euskara signé par la Basandere légendaire qui dit restituer le chandelier aux habitants du village. Visiblement l’auteur est euskaldun et connaît parfaitement les légendes de notre pays. Il tourne l’affaire en plaisanterie en prenant appui sur la légende elle-même, comme pour minimiser le délit et accuse les Chrétiens d’être les auteurs du vol. Ils ont bon dos. La démarche est de mauvais goût, l’humour douteux.

Nous sommes partagés entre la joie de cette restitution imprévue et l’écœurement. L’affaire laisse perplexe. Le cambrioleur n’a pas volé l’objet pour le vendre. Il l’a conservé. En général, lorsqu’un objet d’art est volé, il est confié à un recéleur, le temps que l’objet tombe dans l’oubli, avant d’être mis sur le marché. Cela n’a pas été le cas. Le voleur a sans doute eu vent du projet municipal de réalisation d’une œuvre de remplacement. A-t-il été pris de remords ? Il est vrai qu’il est gênant d’avoir un tel objet dans sa salle à manger, forcément les visiteurs le remarquent… Quant à le cacher dans son grenier ou son garage, à quoi bon ? Le voleur ne profite même pas du plaisir de l’admirer.

Sans doute lira-t-il ces lignes. Qu’il sache que s’approprier un élément important du patrimoine de ce pays est méprisable, indigne d’un Basque qui se respecte. En mai 1975, une vierge en bois du XIVe siècle fut volée en l’église de Behorlegi. Puis ce fut le tour de la statue de St Cyprien d’Azkonbegi. En 2019, les plaques routières du XIXe disparaissent à Ainhoa et Ordiarp. Il y a quelques semaines, une stèle discoïdale labourdine était à vendre aux enchères. Elle a finalement été retirée.

Ce vol est significatif de l’état de fragilité du patrimoine basque, dans un Pays Basque Nord dont les institutions propres naissent à peine. Les moyens pour le sauvegarder, le restaurer, le valoriser demeurent très faibles. Il n’est bon bec que de Paris. Seules quelques associations « locales » se démènent avec les moyens du bord. La culture basque n’est pas la préoccupation première des Bordelais ou des Parisiens qui se disent amoureux de notre pays seulement pour y faire du surf, bouffer des pintxos, faire monter les prix et artificialiser les sols. Le Pays Basque serait tellement mieux sans les Basques, ces éternels rouspéteurs. Le patrimoine matériel se limite ici à de jolies maisons à colombages peintes en blanc et rouge, quant au patrimoine immatériel, le Vino griego des fêtes de Bayonne fera l’affaire. Quant au reste, face à la violence des prédateurs, à l’inertie et à l’indifférence des bailleurs de fonds, les habitants font ce qu’il peuvent. Leur vigilance est de mise, elle doit se poursuivre.

Au delà des questions sans réponse, grande est la joie du maire de Mendive et sans doute de nombreux habitants de la vallée de Hergaray. Pour la prochaine messe annuelle en juin, le chandelier sera à sa place dans le chœur de la chapelle et… solidement fixé au sol.

(1) Voici les textes recueillis par J. F. Cerquand et la version en français de Michel Barbier. Ils sont précédés de l’article paru en 2008, suite au vol.
(2) Une des deux connues est publiée page 176 du livre Behorlegi bere mendiari datxikola, une montagne un village, Hergarai bizi éditeur, 2021, 220 p.

Le chandelier de Saint-Sauveur d’Iraty volé
Par Arnaud Duny-Pétré,
article paru le 8 février 2019

Nous devons répondre à la disparition de cet objet connu du patrimoine basque. Pourquoi pas un nouveau chandelier de Saint-Sauveur ?

Des cambrioleurs ont fracturé la porte ouest de la chapelle de Saint-Sauveur d’Iraty, lors de la première quinzaine de décembre 2018, ils ont dérobé le grand chandelier de métal noir qui se trouvait près du chœur. La mairie de Mendive a déposé plainte. Cet objet (1) a une valeur symbolique considérable. Sa présence en ce lieu fait écho à une des légendes les plus connues du Pays Basque. Plusieurs versions de Salbatoreko ganderailua furent recueillies par Jean-François Cerquand à la fin du XIXe siècle, l’abbé Jean Barbier les a reprises quelques décennies plus tard. Une chanson traditionnelle Salbatore gora da également très connue, a été récemment enregistrée par le chanteur souletin Michel Arotze.
Mentionnée dès les XIIe et XIIIe siècles sous le nom de Sanctus Salvador juxta Sanctum Justum, puis plus tard vers 1460 sous le nom de Sent-Saubador, Saint-Sauveur d’Iraty relevait de la commanderie de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem d’Apat Ospitalea, dépendant de celle d’Irissarry et du grand prieuré de Navarre. Le curé de Behorlegi, Jean Oxoby-Indart réalisa une importante restauration de la chapelle en 1727. Son nom figure au-dessus de la porte ouest, en plein cintre et porte cette date. Nombreux sont les bascologues qui ont écrit sur ce monument, ses légendes et ses rites : Louis Colas, Jean Barbier, l’abbé Pierre Haristoy, Clément Urrutibéhéty, Jean Curutchet, etc (2). Aujourd’hui encore, une fois l’an au printemps, les habitants de la vallée de Hergaray se rendent et participent avec ferveur à la messe donnée à Saint-Sauveur d’Iraty. Elle se termine par une procession des fidèles à l’extérieur de la chapelle, tous derrière le prêtre et Iguzki Saindua. Les terres situées aux quatre points cardinaux sont bénies lors de la cérémonie.
Chacun sait que sur un chandelier brûlent des cierges. La lumière qui en émane est un des symboles majeurs qui irrigue l’art lapidaire et les pratiques rituelles du Pays Basque d’hier où les femmes jouent un rôle central (3). C’est dire combien ce lieu et l’objet emblématique du chandelier, comptent dans la culture de ce pays et dans la mémoire de ses habitants. L’effraction et le vol dont il a été victime s’inscrivent dans la longue liste des objets disparus de notre patrimoine : du retable en émail de San Miguel de Aralar, à la statue de Saint Cyprien d’Askonbegi, du plus humble au plus fameux, inutile d’énumérer ce qui devient un crève-coeur. La chapelle de Saint-Sauveur fit déjà l’objet d’un cambriolage il y a quelques années.

2006an, Salbatoreko kanderailua

2006an, Salbatoreko kanderailua

Alors, pourquoi pas, répondre à cette agression en lançant un défi : remplacer le chandelier. Non pas par une copie —ce serait assez dérisoire et dépréciatif— mais par une nouvelle œuvre, symbole d’un lieu et d’une vallée, d’une communauté humaine qui, avec Hergarai bizi, prouve sa vitalité. Le nouveau chandelier sera-t-il la création originale d’un artiste contemporain ou au contraire, s’inspirera-t-il de la ferronnerie pyrénéenne religieuse ou profane des XVe et XVIe siècles, telle qu’on peut l’admirer aux musées de Jaca ou de Vic ? Peu importe. Il faut dire aux voyous dominés par l’appât du gain et auteurs de ce vol, que notre histoire, notre identité, notre culture, n’ont pas de prix. Ce qui compte, c’est sa pérennité, son avenir, dans les objets qui la matérialisent, qui nourrissent notre sensibilité et notre imaginaire.

(1) Voici la description qu’en fait l’écrivain Jean Barbier dans son livre Légendes du Pays Basque d’après la tradition, Parie, Librairie Delagrave, 1931, page 150. « Le chandelier mesure environ deux mètres. Sur un trépied assez bas, se dresse une tige à pointe que j’appellerai tige centrale. Six anneaux, six cercles sont horizontalement portés à cette tige centrale, tandis que six barres parallèles à la tige, raidissent et consolident extérieurement les anneaux. L’un de ceux-ci demeure cependant mobile. De l’un de ces anneaux s’échappe, sur le côté, une tige recourbée en pointe, comme une crémaillère. Cette pointe aura peut-être fait penser à un chandelier tournant autour d’un pivot mobile ». Effectivement le chandelier est mobile, il tourne autour d’un axe central. L’anneau dont parle Barbier fait penser à un support d’un récipient d’eau bénite.
(2) La plupart des écrits parus sur Saint-Sauveur d’Iraty sont accessibles via internet à l’adresse suivante : http://salbatorekapera.blogspot.com/
(3) Voir à ce sujet les remarquables études de Michel Duvert, Andere serora, la femme et le sacré dans la civilisation basque (https://bazkazane.blogspot.com/); et de Marcel Etchehandy, Renouveau du cimetière basque (https://hilarriakeuskalherrian1.blogspot.com/)

Irati Salbatoreko kapera (Arg. Kepa Etchandy)

Irati Salbatoreko kapera (Arg. Kepa Etchandy)

Annexe

Saint Sauveur d’Iraty dans le patrimoine immatériel de notre pays

Voici les textes publiés par J. F. Cerquand autour de la chapelle de Saint-Sauveur d’Iraty. L’ensemble des légendes du Pays Basque recueillies par cet auteur a fait l’objet d’une remarquable réédition que nous devons à Anuntxi Arana (Editions Gatuzain). Suivent la chanson populaire Salbatore gora da et la version en français des légendes, à partir de la traduction proposée par Michel Barbier.

Arrasteluko neska
Salbatoreko ganderailua

Jean-François Cerquand
Ipar Euskal Herriko legenda eta ipuinak
Bulletin de la société de sciences lettres et arts de Pau, 1874-1885.
Anuntxi Aranaren transkripzioa. Gatuzain, 2017.

51. Arrasteluko neska.
Bithiriñeko bertsioa, La fille au trident, Cerquand 94.
Bithiriñan, oraino ikhusten den Iñhurri deithu etxean, bi muthil neska sehi(1) zauden. Arrats batez, etxe hartako jendeak artho xuritzen ari ziren, bethi bezala eskaratzean(2). Muthila ohartzen da langiletarat arthoaren hurbiltzeko zerbitzatzen zen hirur(3) hortzetako arrastelua landetan urrunko zen etxola batean ahantzirik utzi zutela. Gaua beltza zelakotz, tresnaren bilha joaiteko lotsa(4) zen.
Neskatoak, ongi trufatu(5) ondoan, erraiten dio :
—Jokhatzen daizkiat bortz sos nihaur(6) bilha joaiten naizeala ?
Parioa(7) onhartua da, eta neska gaztea partitu zen ilhunpearen erdian. Hainitz denbora gabe, aditzen dituzte haren gibelerat(8) ethortzeko urhatsak. Bainan ez zen etxean sarthu. Bortha(9) gaina idekia baitzen, handik arthikitzen(10) du arrastelua erranez :
—Hor duzue falta zinutena. Ni, ene diru gosearen gaztigutan, ezin ikhusizko esku batek eramaten nau.
Gisa hortan airez aire zaramatelarik, Mendibeko kapillaren gainerat heldu eta oihu egiten du:
—Salbatore, laguntzerat ethor zaizkit!
Orduan boz batek ihardesten(11) dio:
—Baru(12) itxiki(13) duna(14) ?
—Nik ez, bainan ene amak urthe guziez begiratzen du.
—Horrek salbaturen(15) hau, dio bozak.
Ordu berean hil hotza phausatua da kapillaren athean.
Ez da pariorik egin behar.

Catherine Ossinague andereak (68 urte) kontatua. Larre jaunak transkribatua.

Kokapena
Inhurria: Bithiriñeko etxea. Barandiarenek dionez, etxe hori zutik zegoen 1897an. Geo saldua izan zen eta jabe berriak, Etxats jaunak, haren lekuan beste bat eraiki zuen.

(1) Sehi : neskame, otsein.
(2) Ezkaraz : atondo, atari.
(3) Hirur : hiru.
(4) Lotsa : beldur.
(5) Trufatu : isekatu.
(6) Nihaur : neu, neroni.
(7) Pario : ixpixo, apostu.
(8) Gibelerat : atzerat.
(9) Bortha : ate.
(10) Arthiki : jaurtiki.
(11) Ihardetsi : erantzun.
(12) Baru : barur, barau.
(13) Itxiki : atxiki, eutsi.
(14) Duna : al dun.
(15) -turen : -tuko.

52. Salbatoreko gandalera
Gamue-Zohaztiko bertsioa, Le chandelier de Saint-Sauveur, Cerquand 8.
Artzain bat bortian(1-2) zabilarik, hurrendu(3) zen oihan batean lamina zilo batera. Haren zolan(4) ikhusi zuen gauza ederrik. Galdegin zuen andere lamina bati han ikhusten zuen gandaler(5) eder handi bat Jondoni(6) Salbatorendako. Bena andereak erran zako(7) aitarendako biziki beldur zela. Gerokoz artzainak atzeman zuen mementoa zointan anderea bera(8) baitzen; gogatu(9) zien(10) eta gandalera bildu. Andereak gomendatu zakon goman(11) lezan(12) haren aitari.
Egun sonbre batez artzain hori juiaten zelarik gandalera bizkarrean, agertu zakon(13) gibeletik anderearen aita. Bena artzainak oihu egin zuen:
—Jondoni Salbatore, othoi balia zazkit, gandaler hau zuretako ekhartzen baitut.
Denbora berean ekhia(14) agertu zakon, lamina galdu eta gandalera ereman zuen Jondoni Salbatorerat.
Geroztik ermita hura izan da suiaz 2 errerik frangotan(15), bena gandaler hura bethi kontserbatu da, nahi bada(16) hanitz belzturik den.

Ladutch andereak kontatua. Elissagaray jaunak transkribatua. Baxenabarreraz.

(1) Bortu : mendi.
(2) -(u)ia : -ua.
(3) Hurrendu : hurbildu.
(4) Zola : hondo.
(5) Gandaler : argimutil.
(6) Jondoni : San.
(7) Zakon : zion.
(8) Bera : bakarrik.
(9) Gogatu : limurtu.
(10) Zien : zuen.
(11) Goman : kaxu eman, kontuz ibili.
(12 Lezan : zezan.
(13) Zakon : zaitzaion.
(14) Ekhi : eguzki.
(15) Frango : asko.
(16) Nahi bada : nahiz eta.

53. Salbatoreko ganderailua
Mendibeko bertsioa, Le chandelier de Saint-Sauveur, Cerquand 7.

Duela zazpi-zortzi ehun urte, ez zuzun(1) Mendiben bi etxe baizen(2) : Lohibarrea eta Mikelaberroa. Egun batez, Lohibarreko muthila, izan garaitikoa(3) zuena Haxerihargaitz(4) juan zuzun behika(5) Galharbeko photxala(6-7). Han harrapatzen dizu(8) Basandere bat, ganderailia(9-10) garbiturik, iresten(11) ari zela urhe(12) orraziarekin. Gogoan phasatzen dizu ganderailu hori(13) eder hura behar zuela ebatsi(14). Bi aldi(z) abiatzen dizu, bainan Basanderea oharturik, bi aldietan utzi behar izan zizun(15).
Hirurgarren aldian, tronpatu zizun eta abiatu bere ganderailiarekin. Basandereak, ohartu zenean, bere aitari oihu egiten diakozu(16). Basajauna, zeina baitzen ezteietan Behorlegimendin, bi jauziz jiten(17) duzu(18) eta jarraikitzen Haxerihargaitzi Salbatorerano. Salbatorera heltzean oihu egiten dizu Haxerihargaitzek:
—Jondoni Salbatore, zuretako ekartzen dizut present bat ederra.
Hoinbertzenareki, Salbatoreko zeinhia(19) bere baitharik hasten duzu(18) mintzatzen. Orduian Basajaunak erraiten diakozu Haxerihargaitzari :
—Baliatzen zauk joalzar(20) hori mintzatu baita, bertzainez janen hindudan. Lehenbiziko barurik harrapatzen hudanean(21), janen hut(21).
Handik zenbait denboraren buruan, ogi(22) joiten ari izanik Haxerihargaitz abiatzen duzu goiz batez barurik behi batzuen bilha. Sohaxipiko(23) brostara(24) heltzean ohartzen duzu Basajaunari. Hura ikhustearekin haren desafia orhoiturik, hasten duzu buruari hatzez eta harrapatzen dizu bigezpalaur(25) ogi-bihi(26), biloen(27) artean kokaturik(28). Berhala ahoan ezartzen ditizu(8) eta jaten. Ordu beretik Basajauna hurtu izan zuzun1 eta ez zizun(15) guxiago(a) ikhusi.
Handik harat ez zuzun sekula etxetik atheratzen barura hautsi gabe.
Ganderailu, Haxerihargaitzek Basandereari ebatsirik Salbatoreat ekharri hura, urhea bezain hori(13) zuzun. Salbatoreko eliza Espainolek erra29 arazi zutenean beltzatuia(10) izan duzu. Orduan nahi izan zizien(15) Mendiberat ekharri, bainan ez dizie(30) sekula Hariz-Khurrutxeko lephotik pasatu ahal izan.

Mendibeko Martiren andereak (Ofizialdeguy-ren alarguntsa, 70 bat urtez goitiko) kontatua. Prat jaunak transkribatua. Baxenabarreraz.

Kokapena
Lohibarrea eta Mikelaberroa etxeak oraino zutik daude, Mendibeko zaharrenetarikoak kontsideratzen dituzte.
+ Lohibarrea (Laurhibarrea) : Laurhibar ibaiaren ezkerraldeko etxea, Iratiko bidean, IGN 95,4 / 318,8.
+ Mikelaberroa : Mendibeko etxea, IGN 97,4 / 317,3.
+ Galharbe (Gahalarbe) : ereka, oihana eta borda, Salbatoretik ekialdera, IGN 92,4 / 321,1.
+ Behorlegimendi : Behorlegi herriaren gainean dagoen tontorra, Salbatore aurre aurrean, IGN 95,4 / 322,3.
+ Sohaxipi (Sorhoxipi) : exaldea, Laurhibarreari hurbil, IGN 95, / 318,4.
+ Haritz-Khurutxeko lepoa, 785 m : Mendibetik Salbatoreko bidean ; han hasten da kaperaraino doan gurutze-bidea, IGN 93,1 / 19,8.

(1) Zuzun : zen (alok.).
(2) Baizen : baizik.
(3) Izen garaitiko : izengoiti.
(4) Haxeri : azeri.
(5) -ka : bila.
(6) Potxa : botxe, harkaitz.
(7) -ala : -ra.
(8) Dizu, ditizu : du, ditu (alok.).
(9) Ganderailu : argimutil.
(10)-(u)ia : -ua.
(11 )Iresi : orraztatu.
(12) Urhe : urre.
(13) Hori : beilegi kolore.
(14) Ebatsi : lapurtu.
(15) Zizun, zizien : zuen, zuten (alok.).
(16) Diakozu : dio (alok.).
(17) Jin : etorri.
(18) Duzu : da (alok.).
(19)Zeinhu : ezkila.
(20) Joalzar : arran txar.
(21) Hut : haut.
(22) Ogi : gari.
(23) Soha xipi : soro txiki.
(24) Brosta : sasi.
(25) Bigezpalaur : bi edo lau.
(26) Bihi : ale.
(27) Bilo : ile.
(28) Kokatu : sartu, gorde.
(29) Erra : erre.
(30) Dizie : dute (alok.).

Prozesionea
Salbatore gora da kantua

Entzuten ahal duzu kantu hori Youtube-en. Galegin: Salbatore gora da.
Anonimoa, XVIII-XIX. mendeak

SalbatoreGorada

Salbatore gora da Garazi aldean,
Ni ere han nündüzün igaran astean,
Debozione gabe bai senthoralean,
Ene gazte lagünak han beitziradean.

Bortietan artzain ta ez jaisten ardirik,
Untsa jan, edan, eta egin lo zabalik,
Mündian ez ahal da ni bezain irusik,
Ez nüke segür nahi bizitze hoberik!

Izar bat jeikiten da goizerri aldeti,
Argi eder batetan, leiñhürü bateki,
Erien sendotzeko photeriareki,
Hunki jin egin diot nik hari segürki.

Izar hura jiten da boztarioreki,
Zelialat emanen naiala bereki,
Hitzaman diriozüt nik hari saminki,
Haren zerbütxaria nizatela bethi.

« Amorio zaharra, behar hait kitatü,
Anitx phena dereitak hik eni kausatü;
Maite berri bat zitak ezpiritian sarthü,
Hari behar deroat bihotza libratü. »

« Amorio zaharrak zütia jenatzen,
Berri baten jitiak anitx agradatzen?
Zü ere gaztettorik hasia maithatzen,
Hoberik düzünian orai ni kitatzen! »

« Zunbat aldiz nigarrez egin dit üthürri,
Zü zinadeala kausa amak eraginik!
Arrazu re ziala sobera badakit,
Zeren zützaz benintzan xarmatürik bethi. »

« Kitatzeko süjeta zer othe ahal den,
Ahal bezain barnati niagozü phentsatzen.
Ene buria deusetzaz ez dit aküsatzen…
Inozent nüzü eta zü joan zite arren! »

Traductions en français
Contes sur Saint-Sauveur d’Iraty

Texte à partir de la version de Michel Barbier

Le chandelier de Saint-Sauveur

Il y a maintenant huit ou neuf cents ans, Mendive, dit-on, ne comptait que deux maisons, Lohigorria et Mikelaberroa. Un jour, le domestique de Lohigorria s’en va garder quelques vaches à Gilharbekopotxa. Il allait de-ci de-là dans la montagne, tout à coup, dans une grotte, il aperçoit la Dame sauvage. Elle vient d’astiquer un chandelier qui brille de mille feux, et avec un peigne en or, elle peigne sa belle chevelure. Le chandelier brille comme un soleil. Le domestique de Lohigorria demande à la Dame sauvage si elle veut bien le lui donner. Elle lui répond non et continue à lisser ses longs cheveux, son peigne d’or à la main. Le domestique insiste, à force de prières, de promesses et de supplications, la Dame sauvage se laisse convaincre. Le domestique de Lohigorria s’empare alors de l’objet de son désir et s’éloigne.
Très vite, la dame sauvage se rend compte que le domestique de Lohigorria se dirige vers la chapelle de Saint-Sauveur. Pour y installer son chandelier… ? Poussant un cri de fureur, elle se lance à sa poursuite. Alerté, le seigneur sauvage apparaît sur une hauteur. Il se lance lui aussi à la poursuite du domestique. Il bondit de pierre en pierre, il accourt, il n’est plus qu’à deux enjambées du domestique. Celui-ci pense être à jamais perdu. Epuisé, il parvient à pénétrer dans la chapelle : « Saint Sauveur, sauve-moi, je t’offrirai ce chandelier d’or ! Aie pitié ! Tout à coup, la cloche de la chapelle retentit, elle sonne à toute volée. La Dame sauvage et le Seigneur sauvage s’arrêtent net, figés dans leur élan. Le Seigneur sauvage crie au valet de Lohigorria : « Tu as vraiment de la chance ! Cette maudite cloche qui sonne à toutes volées te sauve la vie ! Mais gare à toi ! La prochaine fois, je te trouverai en pleine montagne, tu seras à jeun ! Tu n’en réchapperas pas ! »
Quelques jours plus tard, le domestique est de nouveau à la montagne. La veille, il avait battu le blé. Tout à coup, au détour d’un chemin, se dresse le Seigneur sauvage. Terrifié, persuadé que c’en est fait de lui, le domestique de Lohigorria cherche désespérément une solution, il se gratte la tête… Et voici qu’entre ses doigts, il sent trois ou quatre grains de blé, restés dans ses cheveux depuis la veille. Il les mange immédiatement et rompt le jeûne ! Le Seigneur sauvage disparaît à jamais, personne ne le reverra plus. Mais jamais plus, le valet ne s’aventurera à jeun dans la montagne.
Le valet de Lohigorria put, comme promis, déposer le précieux chandelier dans la chapelle de Saint-Sauveur. Il y est toujours, mais il est devenu noir, deux fois les Espagnols mirent le feu à l’édifice et le chandelier resta tout noir. Les habitant de Mendive voulurent installer le chandelier dans l’église du village. Jamais ils ne purent la descendre au-delà du col de Haritzkurutxeta. Ils tentèrent l’opération à plusieurs reprises et même avec un attelage de deux paires de vaches. En vain. Depuis lors, le chandelier est toujours là-haut, dans la chapelle de Saint-Sauveur. Pour l’éternité.

Saindia

Saindia

Saindia

Il y a bien longtemps, un soir, dans la maison Inhurria de Beyrie, on était en train de dépouiller le maïs. Tout à coup, le domestique s’aperçoit qu’il a oublié dans le champ sa pioche à deux dents. Il a besoin de cet outil pour sarcler le maïs, il dit tout haut, « qu’il donnerait bien dix sois à qui rapporterait la pioche ». La servante de la maison, une toute jeune fille lui répond aussitôt « qu’elle va y aller ». Elle sort, mais à peine dehors, le domestique regrette déjà ses dix sous. De mauvaise humeur, il jure « si le diable pouvait l’emporter !». *Au même instant, un cri déchirant retentit au loin. Et presque aussitôt, la pauvre servante file au dessus de la cheminée d’Inhurria, emportée dans les airs. Et en passant, elle jette la pioche dans l’ezkaratza en hurlant : « voilà la pioche!» Je suis emportée dans les airs par les mauvais esprits à cause de ma cupidité… »
En criant, les gens d’Inhurria et les voisins se mettent à la poursuite de la pauvre servante. Essoufflés, ils arrivent jusqu’à Larceveau, ils n’en peuvent plus, ils s’arrêtent. A Larceveau, des habitants à leur tour se mettent à la poursuite de la jeune fille. Mais elle continue, plus vite que jamais, emportée dans les airs. Elle arrive ainsi au-delà de Mendive, au-dessus de Saint-Sauveur. Elle reconnaît le sainte chapelle et se met à hurler : « Saint–Sauveur, rends-moi grâce, prends pitié » ! Aussitôt dit, elle descend alors tout doucement, délivrée des mauvais esprits…

Meza, ezkerrean kanderailua (2017)

Meza, ezkerrean kanderailua (2017)

La messe extraordinaire

Une nuit vers le matin, des bergers qui se trouvaient dans la forêt qui domine le site, aperçurent une lumière dans la chapelle de Saint-Sauveur. La nuit suivante, à la même heure, les bergers virent la même lumière. Et ainsi pendant toute la semaine. Ils furent pris d’une grande frayeur et ils parlaient déjà de changer de pacage. Mais il leur en coûtait de quitter un gras pâturage. Après en avoir discuté longuement entre eux, Avant tout, il fallait qu’ils aillent voir ce que pouvait bien être cette lumière. Ils se signèrent à l’eau bénite, qu’ils conservaient toujours en réserve dans leurs cabanes et, armés de gros bâtons, tous ensemble un matin, ils s’approchèrent de la chapelle. Très vite, ils virent la lumière, leurs chiens reculèrent en aboyant furieusement. Les bergers étaient morts de peur, ils approchèrent quand même en se tenant par la main pour se donner du courage. En tremblant, ne voyant rien ni personne, ils arrivent près de la chapelle : elle est fermée, comme à l’ordinaire. L’un d’entre eux ose regarder par le trou de la serrure, il reste muet de stupeur. Ses compagnons regardent chacun à leur tour et ils sont saisis d’effroi. Les cierges étaient allumés sur l’autel. Revêtu de ses vêtements sacerdotaux, un prêtre était debout au pied de l’autel.
Les bergers avaient fait un peu de bruit près de la porte, tout à coup le prêtre se retourna. Et immédiatement il commença à dire la messe : « Introibo ad altare Dei ». Et de l’extérieur, un des bergers, lui répondit de son mieux, sans trop comprendre le sens de ses paroles. Les bergers continuaient de répondre : « Et cum spiritu tuo, amen ! ». La messe se poursuivit ainsi avec le prêtre et enfin elle s’acheva. Que ce fut long aux yeux des bergers ! Le prêtre se retourna alors vers la porte, son allégresse se lisait sur son visage et dans ses yeux. Il poussa un cri : « O âmes compatissantes, qui que vous soyez, merci! J’attendais de pouvoir dire cette messe depuis de si longues années, pour enfin aller au ciel ! Personne, aucun fidèle, n’était là pour me répondre ! Encore une fois, merci ! Du haut du ciel, je ne vous oublierait jamais ! ». Et soudain, le prêtre disparut.
Cette année-là, les bergers comptèrent d’innombrables agneaux. Mais ce n’était pas sur ces pacages. Dès le lendemain de la messe, la frayeur des bergers avait été telle qu’ils avaient quitté leurs pâturages habituels et s’étaient éloignés de Saint-Sauveur.

Un commentaire

  1. A. Arana
    Publié le 03/06/2022 à 13:41 | Permalien

    Salbatoren aspaldian beste lapurreta bat gertatu zen, joan den mendeko lauretan hogeiegarrenetan. Aldi hartan ohoinak Jondone Mikeleren irudia erama zuen, elizako esker murruan zegoena, Saindiaren parean.

    Geroztik, Mendibeko elizan egoten da Saindia eta, ontsalaz artikuluan erraten den bezala, beila egunean gora ekartzen dute. Salbu, urte batez bederen, ez zutela ekarri, Bilketa web orrian irakur daitekeenez :
    https://www.bilketa.eus/ikuskatu/testu-hautatuak/xaindia-jean-barbier-1921

    Bestela, Basajaun-andereen balentriaz Mitoen bilakatzea liburuko kapitulua bat bada (lehena), Booktegi orrian irakurgai :
    https://www.booktegi.eus/wp-content/uploads/2022/02/Mitoen-bilakatzea.pdf

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