Le gâchis bayonnais

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Jean-Marc Abadie
Jean-Marc Abadie
Les parents de Jean-Marc Abadie, en provenance de la Bigorre, débarquent, avec leurs quatre premiers enfants, au Pays basque au tout début des années soixante. Ayant grandi à Bayonne, c'est par le chant basque qu'il décide de devenir basque et commence à apprendre la langue des autochtones. Militant culturel et politique, il pense que l'écriture est une vraie arme littéraire. Co-fondateur de l'hebdomadaire Ekaitza au milieu des années 80, puis du trimestriel bayonnais Kutzu de 1992 à 2006, il rédige une chronique mensuelle sur Enbata depuis janvier 2012.
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BaionakoHerrikoETxeaLe grand vainqueur des élections bayonnaises est… l’abstention, une valeur sûre. Ainsi en est il des municipales en 2001 (42,53%), puis 43,20% en 2008 et enfin 43,56% en 2014 alors que la moyenne en France est de 36,45%. Il y a là un délitement de la conscience politique et de l’esprit civique propre à la cité d’Henri III.

Pour comparaison Anglet atteint 37,33% et Biarritz 42,09%. Dans ce contexte, doublé d’un enjeu de changement de majorité et l’annonce d’un score final serré, tous les coups furent permis.

D’un p’tit tour à l’autre, les fâcheries ont laissé la place au rabibochage de circonstance et les attelages inimaginables jusqu’alors ont été noués en un temps, trois mouvements. A droite comme à gauche.

Un malentendu

Ce dimanche 30 mars, après 19 heures, dans l’antre de l’exécutif municipal, et dans la moiteur d’une salle comble, les yeux sont rivés sur le tableau des résultats. Les basques ne sont plus bondissants. Mais des rebondissements tous azimuts il y a, des larmes socialistes s’extirpent de corps harassés de stress et de fatigue cumulés, des invectives pleuvent à l’adresse des responsables des autres gauches accusées d’avoir gâché la fête inespérée. Non pas que les résultats du premier tour soient mauvais pour la liste PS, PC, EELV et non encartés (35% soit 10% de plus qu’en 2008), mais parce ce qui ne devait pas arriver s’est produit à 48 voix près : l’accès à 10% de la liste abertzale qui augmente de 0,60% son score record de 2001 (9,68%).

Du coup, les leaders de la gauche de la gauche française et ses 5,92% dans un débat interne du soir du 1er tour assez inorganisé, se tournent vers ceux qui peuvent leur permettre de faire la nique au PS. La gauche, la vraie, c’est eux. Avoir raison tout seul est leur credo. Au lendemain du 1er tour, une rumeur tombe à pic : Etcheto a déposé à la mairie sa liste en milieu de journée.

Il n’en est rien mais comme personne ne vérifie, il ne reste comme option que le maintien par la fusion si l’on ne veut pas passer par pertes et profits.

Compromis = compromission = trahison

Chez une grande partie des militants abertzale le rejet du PS est tel que l’on se croit à une législative. Les considérations municipales passent au second plan. Henri Etcheto focalise sur son seul nom tous les maux que suscite le parti de gouvernement. Du GAL aux promesses de 1981, de la LGV aux privatisations, du refus de la collectivité territoriale à l’application à la lettre de la loi Falloux : tout concourt à une chronique d’une défaite annoncée. L’UDI/UMP propriétaires de la ville depuis ad vitam aeternam est un faible argument face au jacobin Etcheto. Son arrogance supposée nourrit un sentiment de mépris. Effectivement, la tentation hégémonique est bien présente, on veut bien les voix des abertzale de gauche mais si on peut éviter de les avoir dans les pattes… Dans le staff d’EH Bai, on boit du petit patxaran, la cause est entendue depuis longtemps : haro sur PS bayonnais ! La situation est d’autant plus inextricable qu’un courant post soixante huitard est toujours très vivace chez des militants abertzale de poids. On veut bien aller aux élections mais surtout pas pour une co-gestion : élection piège à cons !

Si on a des élus, c’est soit dans l’opposition soit comme minorité dans une majorité mais sans prendre des délégations, sans mettre les mains dans le cambouis. En une phrase : les élus ne sont pas fait pour changer la vie quotidienne des gens.

Le syndrome de Stockholm

Un autre courant, qui s’emboîte dans le précédent, est un peu le pendant du Front de gauche mais version abertzale. Les socio-traîtres ne passeront pas. Enfin, une dernière tendance, 2ème choix de l’AG au soir du 1er tour, relativise la démarcation droite/gauche. L’unique revendication identitaire suffit au programme municipal. On est de gauche parce qu’on est abertzale. Et pas le contraire. Entre le bonhomme Etchegaray, soutien d’EHLG et d’une reconnaissance territoriale, et son opposant droit dans ses bottes, y’a pas photo. Restent quelques brebis abertzale et sympathisantes égarées priorisant les valeurs de gauche, le renouvellement de la classe politique et identifiant une liste Etcheto pas vraiment jacobine.

Du coup, la tête de liste de Baiona 2014, JC Iriart, tel un otage consentant, est pieds et poings liés. Certes, l’idéal est d’être élu dans une majorité. Mais avec de telles ouailles, l’opposition vaut mieux que de disparaître. Si cette décision du maintien est somme toute logique quand, d’un côté comme de l’autre, on n’a jamais voulu convoler en justes noces municipales, elle pose quand même questions. Ses détracteurs y verront un renoncement de l’engagement à gauche en redonnant un bail de 6 ans à de vrais conservateurs. C’est quoi ces abertzale de gauche qui font le jeu de la droite ? Même si 7% sur les 16% cumulés des listes Front de gauche et abertzale n’ont pas accepté l’idée du maintien rejoignant très majoritairement la liste Etcheto. Mais la question qui prédomine entre toutes est bien celle de la stratégie dessinée soudainement un dimanche soir de la fin mars.

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