Non-violence, un fil rouge depuis le Larzac

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Du Larzac aux Artisans de la paix, José Bové et Mixel Berhocoirigoin, deux parcours qui se sont régulièrement croisés. (©Zigor)

Du Larzac aux Artisans de la paix, José Bové et Mixel Berhocoirigoin, deux parcours qui se sont régulièrement croisés. (©Zigor)

José Bové, ancien porte-parole Confédération Paysanne et Via Campesina

En août 1973, dans la nuit, 20 bus quittaient Saint-Jean-Pied-de-Port pour rejoindre le premier rassemblement à l’initiative des Paysans Travailleurs en soutien aux 103 paysans en lutte contre l’extension du camp militaire du Larzac. Pour les jeunes paysans basques cette expérience sera décisive.

Sur le Larzac un double évènement se concrétise, d’une part par l’affirmation des paysans comme acteurs de leur propre histoire, et d’autre part le choix déterminé de la Non-Violence comme stratégie de combat contre l’Etat et son armée. Ce n’est pas par la peur de l’affrontement mais par la conviction de l’inefficacité des armes et de la violence qu’un rapport de force victorieux peut se créer. “Le blé fait vivre, les armes font mourir” devient une des devises des paysans.

Pendant 10 ans, au-delà des rassemblements et des marches, le Larzac utilise le Droit pour résister. Il crée le premier GFA mutuel pour acheter des terres face à l’armée (1.200 hectares). Il revendique la désobéissance civique en construisant la bergerie de La Blaquière “illégale mais légitime”. Il finance son édification par le refus partiel de l’impôt. Les 103 organisent les occupations de fermes vendues à l’armée et renvoient leurs livrets militaires… Soutenu par une majorité de Français, le projet d’extension est stoppé par l’élection de François Mitterrand en mai 1981. Une nouvelle ère commence, qui voit croître le nombre de paysans sur le plateau, “plus 20% aujourd’hui par rapport à 1971 !”, par la création du premier office foncier sur 6.300 hectares.

Cette expérience fondatrice d’un mouvement social paysan se revendiquant du combat non-violent sera déterminante dans les choix des fondateurs d’ELB. Dans un texte paru en 1984, le comité d’animation du syndicat affirme sa volonté d’organiser la majorité des paysans du Pays Basque, en tant que producteurs, en tant que Basques avec une réalité économique, sociale et culturelle propre et en tant que “maillon d’une chaîne qui lie tous les travailleurs de la planète”. Cette déclaration d’ELB s’inscrit dans la volonté de construire un véritable mouvement social où le paysan devient un acteur central dans l’affirmation de son “pays”. Mais ce texte prend aussi une position claire sur le choix de la Non-Violence dans un moment où la question de la lutte armée surgit au Pays Basque nord. Condamnant l’idée que l’action violente permettrait la révolte du peuple, ELB dénonce “la spirale de la violence” décrite par Don Helder Camara. Le syndicat démontre pied à pied comment un tel engrenage détourne les habitants des revendications légitimes, amalgame les mouvements sociaux aux organisations violentes et permet à l’Etat de ne pas répondre aux exigences de fond tout en organisant la répression massive contre les mouvements Abertzale.

Dès lors, Michel Berhocoirigoin et ELB n’auront de cesse de renforcer la légitimité du syndicat dans les actions de terrain ou les urnes, jusqu’à ce que la nécessité de construire un lieu pour défendre la spécificité de l’agriculture paysanne du Pays Basque s’impose. Au début des années 2000, les mouvements sociaux et les Démos font émerger les nouvelles aspirations de la société civile basque et font le choix de la Non-Violence pour les faire aboutir. Michel y participe activement et en 2004 il devient évident que la création de Laborantza Gambara (EHLG) serait la première réalisation concrète portée par le monde rural. En construisant cette maison, ELB ouvre la voie. Malgré les poursuites judiciaires, les procès contre EHLG deviennent de formidables tribunes pour défendre un projet global alternatif au Pays Basque. Illégale pour l’ordre établi mais légitime pour la société, elle incarne le chemin à suivre pour mettre en oeuvre des institutions alternatives au modèle jacobin français. Michel Berhocoirigoin aura, par cette contribution décisive, ouvert la porte à la collectivité basque. La création des Artisans de Paix ensuite sera une nouvelle étape pour une société plus juste et solidaire et sans arme au Pays Basque.

Cette expérience fondatrice
d’un mouvement social paysan
se revendiquant du combat non-violent
sera déterminante dans les choix des fondateurs d’ELB.

 

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