Océan : l’été de tous les dangers

François Verdet, militant associatif (Bizi! et Surfrider Foundation) et auteur du Guide pour faire échouer les projets contre-(la)-nature (Ed. La Relève et la Peste).

Prolifération d’algues vertes et de micro-algues toxiques ostreopsis, échouages de physalies, dépassement de seuils bactériologiques, pollutions chimiques et records de température… Chacun.e a tenté d’éviter au mieux les situations risquées du bord de l’océan pour passer un bel été sur le littoral basque.

« L’effondrement climatique a commencé », disait António Guterres début septembre pour tenter, une fois encore, de tirer l’humanité hors de son éternelle apathie. Le secrétaire général de l’ONU réagissait ici à l’annonce de l’observatoire européen du climat Copernicus : juin, juillet et août ont été « les trois mois les plus chauds depuis environ 120.000 ans, c’est-à-dire depuis le début de l’histoire de l’humanité », selon Samantha Burgess, cheffe adjointe de l’organisme. Ici, comme ailleurs, on a fait comme si de rien n’était : les estivant.e.s soucieux/ses de rentabiliser au mieux un séjour payé au prix fort et les habitant.e.s heureux/ses de profiter de la plage après une journée au travail… Et pourtant, comme António Guterres, l’océan n’a de cesse de nous envoyer des signaux de plus en plus nombreux et fréquents pour nous prévenir de la dégradation de notre espace de vie.

Algues vertes et liga : des marqueurs d’un milieu perturbé par l’activité humaine

Naturellement présentes sur l’ensemble de la côte basque et particulièrement sur les hauts fonds rocheux de Guéthary à Hendaye, les algues vertes colonisent des surfaces de plus en plus importantes. Ces trois dernières années, elles apparaissent dès le printemps pour recouvrir l’ensemble des rochers sous-marins d’un vert vif lié aux chlorophylles qu’elles contiennent. Elles colmatent chaque interstice où se loge habituellement la biodiversité (mollusques, crevettes, oursins, coquillages, poulpes et petits poissons), désorganisant la vie sous-marine. Et comme la nature a horreur du vide, la disparition de certains phyto-planctons laisse la place pour l’émergence de nouveaux types de structures organiques que l’on peine encore à qualifier. Si les pêcheurs du littoral basque et sud-landais l’appellent « liga » (« ligarda », liquide gluant en euskara), on se questionne beaucoup sur l’origine de cette substance qui vient obturer les mailles des filets. Le problème est tel que sous la pression d’associations environnementales et du comité interdépartemental 64-40 de pêche, de nombreux prélèvements ont été étudiés par l’Institut des milieux aquatiques. Conclusion : les relevés scientifiques font un lien évident entre la prolifération de la biomasse végétale avec les apports en nitrates, phosphates et silicates liés aux activités humaines (rejets agricoles, domestiques et industriels) dans les cours d’eau en amont du littoral. Algues vertes et liga se comportent donc comme des marqueurs de pollution anthropique – d’origine humaine – tout comme les fameux Escherichia Coli et Entérocoques, bactéries fécales à l’origine des fermetures de plages pour pollution (cette année encore, en début et fin de saison), qui signent le déversement d’eaux usées non traitées dans l’océan, chargées en lessives, résidus médicamenteux et autres produits chimiques échappés de nos foyers.

Des militant.es de Bizi et Surfrider Foundation déambulent sur la plage en combinaisons de protection chimique pour dénoncer l’inaction climatique et la prolifération des algues vertes, de la liga ou de l’ostreopsis sur la Côte basque qu’elle induit.

Ostreopsis, physalies et balistes : des espèces tropicales dans les eaux locales

Le mois d’août 2023 a été le plus chaud jamais enregistré dans les mers du globe. Localement, les relevés affichaient jusqu’à 25°C, rendant accueillantes des eaux auparavant trop froides pour des organismes des mers chaudes avec, par exemple, le retour des physalies urticantes. Elles ont été aperçues par dizaines flottant d’Anglet à Donostia, occasionnant des brûlures spectaculaires sur le corps de plusieurs baigneurs. Cela rappelle la saison passée à Hendaye avec la présence d’un banc de balistes (poisson tropical) qui avait mordu – sans gravité – près de 70 baigneurs venu.e.s se plaindre aux secouristes sur la plage… Plus inquiétant pour les autorités sanitaires, la présence récurrente depuis 2021 dans les eaux d’Iparralde de micro-algues tropicales toxiques Ostreopsis. Il faut dire qu’elles occasionnent des symptômes grippaux imposant parfois des fermetures préventives de plages. « J’ai l’impression que l’océan nous envoie un message. Tous les problèmes de l’été 2023 sont autant de signaux d’alerte » de l’impact des activités humaines sur l’océan, selon Marc Valmassoni, coordinateur du programme Eau et Santé chez Surfrider Foundation. Cela devrait nous inquiéter au plus haut point. Mais rien ne change, ou si peu. n

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