Otegi : plus de six ans de prison pour rien

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Otegi

La cour suprême espagnole est passée aux aveux: elle a annulé le 31 juillet la condamnation de septembre 2011 qui avait valu à Arnaldo Otegi, six ans et de demi de prison et 10 ans d’interdiction d’exercer un mandat électif. La haute cour a mis un an et demi pour reconnaître l’erreur judiciaire relevée par la Cour européenne des droits de l’homme. Comme par hasard, sa sentence se situe quelques semaines après les élections régionales en Pays Basque où Arnaldo Otegi, leader historique de la gauche abertzale, n’a pu être candidat.

L’histoire politique d’Arnaldo Otegi est une suite impressionnante de condamnations et de séjours en prison. Le coup récent  le plus grave qui lui a été porté fut celui de son incarcération en 2011, alors qu’il tentait de reconstituer la direction politique de Herri Batasuna alors interdit. Cette démarche au sein du mouvement souverainiste alors en pleine mutation, entraîna l’incarcération de cinq de ses dirigeants, dont le leader syndicaliste Rafa Diez. Un tel acharnement «judiciaire» illustre s’il en était encore besoin, combien l’Espagne agit d’abord et toujours dans le sens du conflit, de sa perpétuation et non pas de sa résolution politique. La stratégie de l’Etat vise d’abord à éliminer les dirigeants souverainistes, à stériliser leur action. En Catalogne, ses procédés sont exactement identiques.

On retrouve cette instrumentalisation de l’appareil judiciaire avec la condamnation le 23 juillet de Marixol Iparragirre à 122 ans de prison par l’Audencia Nacional pour un attentat meurtrier d’ETA commis en 1995. En Catalogne, cinq dirigeants indépendantistes incarcérés (ex-vice président et ex-ministres du gouvernement) bénéficiaient depuis le 15 juillet de mesures de semi-liberté, avec quatre jours derrière les barreaux et trois jours chez eux. Treize jours plus tard, le juge d’application des peines a annulé cette décision de clémence.

Le dossier de demande de grâce des dirigeants catalans est sur le bureau du premier ministre depuis le 23 décembre 2019. Ou plutôt sous le coude. A la Moncloa, on se borne a affirmer: «Il n’y a pas urgence, nous avons un an devant nous».

Un commentaire

  1. mixel bidegain
    Publié le 12/08/2020 à 16:47 | Permalien

    Cette décision montre, une fois de plus, l’étendue de la collusion entre le judiciaire et le politique dans l’Etat espagnol. Elle montre surtout l’absence totale de conscience morale des juges néo-franquistes espagnols et leur inféodation au pouvoir politique afin de sauvegarder leurs prébendes sans que les instances européennes ne pipent mot. Vingt mois pour se plier à la sentence de la Cour de Strasbourg qui viennent en point d’orgue d’années d’acharnement de Garzon contre les indépendantistes basques au nom de sa doctrine liberticide “tout est ETA” sans que quiconque en Europe ne s’en émeuve ! Embastillement des dirigeants catalans pour avoir demandé leur avis aux citoyens, refus d’aménagement de leurs peines, mesures vexatoires à leur égard, tout cela sans qu’aucun responsable politique européen n’élève la voix ! Voilà comment les instances de Bruxelles et le Etats qui les contrôlent conçoivent la justice et les droits de l’homme.
    De temps à autre, la Cour européenne des droits de l’homme vient rappeler aux Etats qui ne cessent d’attenter aux libertés citoyennes à coups de violences policières et de simulacres de justice que la défense de l’ordre établi ne permet pas toutes les dérives. Malheureusement, la longueur effarante des procédures de la Cour ne répare les injustices que des années après qu’elles sont commises.
    La France aussi a été rappelée à l’ordre à plusieurs reprises par la Cour. Elle, si volontiers donneuse de leçons, qui maintient sans aucune raison sinon une volonté de vengeance mesquine, trois preso basques au-delà de trente ans d’incarcération tient vaillamment son rang dans la cohorte des Etats membres de l’UE qui piétinent systématiquement les droits des citoyens.

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