« Prenons-nous en charge pour créer les emplois dont le pays a besoin »

Jean-Roch GUIRESSE

47 années de fréquentation, d’intensité variable et d’authenticité permanente, m’ont laissé en héritage une quasi-vénération, pourtant sans jamais passer du vouvoiement au tutoiement.
Enbata sollicite un témoignage sobre, je recourrai à quatre « posters ».

> P1. Printemps 1976. 8h du matin, dans son bureau à Elkar, route de Béhobie. Décor spartiate, rayonnages et dossiers suspendus.
Patxi travaille depuis 6h30 sur les stocks, le plan d’expédition; vers 8h30 il appellera un revendeur pour y joindre un des commerciaux (le GSM et internet sont encore lointains), peut-être Andoni Echarri, Trotin, Marey, … La chef-comptable est Mme Martinez. J’ai vu Patxi sur Basque-Eclair ou Enbata, de loin en réunion publique, … je suis recommandé par Claude Harlouchet (de retour du Canada, venant de fonder Setisa à Donosti) avec qui j’ai partagé le projet de créer SEI. «Etes-vous concient de l’énorme expérience vous restant à acquérir ? Peio Uhalde (Collectivité-Service) serait un bon conseil en commercial. OK pour souscrire 70kF en capital social. Voyez tel notaire, tel expert-comptable à Bayonne pour approfondir».
Patxi est économe de ses paroles, pas de ses réflexions ni de ses engagements. Il crée du lien. Sans jamais pontifier, sans vous juger, c’est un perpétuel coach, par l’exemple et par des formules qui allument votre réflexion.

> P2. Printemps 1979. Vers 19h, cinéma paroissial de Tardets.
Nous avons apporté deux paper-boards, des feutres, … et quelques slogans : « Prenons-nous en charge pour créer les emplois dont le pays a besoin ». «L’emploi naîtra de la solidarité locale, de l’entr’aide entre artisans pour assumer de plus gros chantiers ». « Partageons le risque financier avec nos proches, ils deviendront des vigiles bienveillants, leurs enfants ou petits-enfants accèderont au travail créé». «Mobiliser un demi-milième de l’épargne des ménages basques permettra de créer et consolider ces emplois en moins de 5 ans ».
Devant près de 80 citoyens haut-souletins – artisans, commerçants, petits industriels – nous présentons le « Plan 1500 emplois », l’association Hemen qui vient d’être créée (André Darraïdou, président, J.-Louis Harignordoquy permanent) et qui compte déjà un groupe militant souletin, il y en a quasiment un par canton.
Patxi anime de nombreuses réunions du même type, à St-Pée, Espelette, Garazi, St-Palais, Hendaye, Bayonne, Hélette, … je suis l’un de ses modestes assesseurs porteur de tableaux et logisticien, ébloui par l’attention qu’il suscite. Herrikoa sera créée fin 1980, Marie-Claire Sallaberry première embauchée, ainsi que le cabinet- conseil Kideak.
Aucun effet de manche, il ne cherche pas à capter la lumière, à se faire apprécier d’autrui ; « je ne serre pas les mains » dit-il …
Mais ce n’est pas de la froideur qu’il dégage, ni des procès en technocratie; il présente des données vérifiables, passées par son analyse rigoureuse, ainsi que des perspectives profilées par son expérience militante de quinze années … Poser une question ne dérange pas, chacun se sent entendu, a droit à une réponse réfléchie; Patxi est un authentique démocrate, jamais je ne l’ai surpris cherchant une astuce juridique pour verrouiller parole et pouvoir, ni dans une association ni dans une société.

> P3. Automne 1990.
Villa Ste-Hélène à Pau. Rencontre avec Roger Fauroux, Ministre de l’Industrie et du Développement du Territoire, en présence de son conseiller spécial José Bidegain (Président des basques de Paris), de Jacques Andrieu et Christian Sapède, de François Jacqué, Antxon Lafont, J.-Bpte Mortalena, René Harlouchet …
L’ADEPAB vient y défendre son programme : développement de l’enseignement supérieur, rattachement de la Soule à la CCI de Bayonne (réalisé en 1991), spécificités de notre agriculture …

Durant les années 80, alors que Iparralde souffre de violences imposées, Patxi incarne pour tous la résistance constructive, l’innovation économique et sociale. Les assemblées de Sokoa, de Herrikoa sont alors des moments d’expression régénératrice, d’inspiration.
Plusieurs émules-entrepreneurs naissent, le Groupe coopératif Meubles révêle d’autres foyers d’initiative; Patxi associe largement, il participe aux activités de LANA, association des coopératives, il approuve le lancement de l’IDLS par la CCI.
Sokoa traverse la « crise de la cache » au cours de laquelle elle prouve la soutenabilité de ses fondamentaux, révêlant des cadres enviés : Philippe Lerat, Pantxoa Bimboire, Joseph Bergara, Kattalin Noblia, Juanito Danjou, Mikel Goienetche, et des salariés exceptionnellement engagés.
Au moment de passer à Jean Thicoïpé la présidence de Herrikoa, dans une approche globale et pragmatique de l’économique, du social et du politique, Patxi a convaincu la CCI de Bayonne de créer ensemble l’ADEPAB, agence de développement économique du Pays basque.
St-Palais connait une crise aigüe, d’autres cantons aussi. Nous animons de nombreuses commissions, sur l’emploi, l’agriculture, le transfrontalier, l’enseignement supérieur … en Iparralde, au chef-lieu de département, à Paris … Le Conseil de Développement du Pays Basque va bientôt en surgir, Ramuntxo Camblong choisi comme premier Président, Patxi y siégeant pendant près de dix ans comme membre pointilleux du Conseil de Direction.

> P4. Printemps 2007, CCI de Bayonne. Devant un café.
Devant Pierre Durruty (Cambo) et Bernard Etchart (Irissarry), Patxi s’engage dans la Fondation d’Entreprises Estia. Son adhésion, la première concrète et chiffrée, amène aussitôt celle des deux amis. Puis celles d’une quinzaine de PMI basco-béarnaises, qui décident le PDG de Turbomeca Emeric d’Arcimoles qui deviendra Président écouté de la Fondation. Les statuts sont signés en décembre 2007; ouf ! Turbomeca devient alors Safran.

Atypique, non-conventionnel voire distant vis-à-vis des «patrons », Patxi en est sincèrement respecté ; ils félicitent sa lucidité, sa capacité à faire, son sens de l’intérêt général. Négocier âprement les prix d’achat, économiser sur les frais généraux … verser un intéressement substantiel aux salariés et un dividende aux (petits) actionnaires, c’est pour lui la condition assumée de consolider l’emploi, de cultiver la transparence de gestion, de transmettre le sens des équilibres et du partage, le goût d’entreprendre … selon un principe de pragmatisme, pour que cela lui survive et nous survive.

Cela a continué et prospéré.

Jusqu’à cet automne 2023, retraité actif, respectueux de ceux qu’il a mis à sa place, Homme cultivé ne manquant pas une pastorale souletine (!), il n’a cessé de parcourir les informations politiques et économiques internationales, de participer aux initiatives de Hemen, de EHLG, de Lantegiak …

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Une réflexion sur « « Prenons-nous en charge pour créer les emplois dont le pays a besoin » »

  1. Je découvre Enbata dans mon fil d’actualité. J’encourage votre démarche intéressante. L’innovation sociale économique et solidaire occupe mon intérêt dans ma recherche d’emploi. Au plaisir de vous rencontrer. Bien cordialement. Tony Ofiara.

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