Que se passe-t-il réellement à Enargia ?

Crise de gouvernance

Une grave crise de gouvernance a traversé la coopérative Enargia tout au long de l’année 2023. Des faits graves se sont succédé, créant un climat délétère au sein du conseil d’administration (CA) : opacité de certaines prises de décisions qui impliqueraient pourtant une information et une discussion au sein du CA d’une coopérative, conflits d’intérêts, pressions et menaces par certains administrateurs à l’encontre de leurs homologues…
La collégialité des décisions sur les embauches, les politiques d’achat ou des prix disparaît. Le directeur général (DG) Patxi Bergara concentre de plus en plus de pouvoirs et de prérogatives sans partager ses décisions, voire les informations avec le CA.

A partir de septembre, les choses empirent et le DG refuse de donner suite aux demandes de discussion du président de la coopérative, Iban Lizarralde et ce à huit reprises. La confiance est rompue et le bon fonctionnement de la structure devient impossible, amenant le CA à révoquer Patxi Bergara de son mandat (bénévole) de DG, tout en le maintenant dans sa fonction (rémunérée) de Directeur administratif et financier. Patxi Bergara et les 3 autres salariés d’Enargia se mettent en grève illimitée et demandent au CA de revenir sur sa décision. Auparavant, le CA a tenté -sans succès- de les rencontrer pour expliquer celle-ci et sa vision de la situation et des positions en présence.

Quelles rémunérations à Enargia ?

L’une des divergences -loin d’être la seule- qui a opposé durant l’année 2023 Patxi Bergara, soutenu par une minorité d’administrateurs, à la majorité du CA portait sur sa rémunération. Ce dernier veut en négocier la revalorisation avec le CA, et décider seul le montant de celles des autres salariées.

Patxi Bergara, selon le quotidien Sud-Ouest, est actuellement rémunéré à 3700 euros brut par mois et a en outre perçu une prime de 15 000 euros en 2023. Depuis le 4 juillet 2023, il affirme que la convention collective signée par Enargia lui donne droit à une rémunération mensuelle brute de 7230 euros et le 12 janvier 2024, il fait même adresser un courrier d’avocat au président de la coopérative pour réclamer un rattrapage de 97 269 euros !

Visions opposées et situation de blocage

Fidèle aux principes coopératifs et aux valeurs d’équité et de transparence, la majorité du CA désire de son côté mettre en place une grille des salaires élaborée et validée par tous, administrateurs et ensemble des salariés. Un tel exercice, transparent et collégial, est tout à fait possible dans une petite coopérative telle qu’Enargia où on peut facilement mettre tout le monde autour de la table. La majorité du CA s’inspire notamment de la méthodologie utilisée par Enercoop, où une commission mixte administrateurs-salariés a abouti à un accord d’entreprise relatif aux salaires effectifs et à la rémunération validé par tous.

Le CA demande depuis l’été 2023 la mise en place d’un tel exercice. Le DG Patxi Bergara refuse. Il est soutenu sans réserve ou distance par son père Joseph Bergara, président de Sokoa, Timothée Acheritogaray, directeur général de Sokoa (et donc subordonné de Joseph Bergara) et Laura Dubernet, représentante des salariés d’Enargia et aussi membre du CA de Sokoa dont elle a été salariée. Ainsi, ces trois administrateurs et Patxi Bergara mènent une bataille âpre qui va monopoliser le débat interne à la coopérative au détriment de ses autres priorités et aboutir notamment le 5 décembre 2023 à une réunion du CA de cinq heures trente, particulièrement virulente et focalisée sur le sujet des rémunérations, de qui en décide, et comment.

Principes et valeurs d’Enargia, court rappel

Les statuts fondateurs de Enargia stipulent : « Enargia a opté pour le statut de Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), car cette forme juridique permet d’abord une forte dimension inclusive et citoyenne, associant toutes les parties prenantes au projet, notamment les consommateurs, les producteurs, les salariés, les collectivités locales ainsi que divers partenaires, tout en privilégiant l’intérêt collectif par la composition même des organes de gouvernance et par la pluralité des acteurs, en favorisant un environnement financier vertueux, avec une activité lucrative limitée et non spéculative.
Ce statut répond également à la volonté de gestion transparente et démocratique qui s’appuie sur des valeurs de collaboration et de solidarité ».

Et demain ?

La multiplication des communiqués de la semaine dernière démontre le climat de tension et l’impossibilité actuelle de dialogue au sein de la coopérative. Deux visions de la gouvernance interne et du développement stratégique s’opposent. L’enjeu est donc de savoir quelle voie prendra Enargia. Mais au-delà, on sent au travers de cette crise que les enjeux sont plus globaux. Elle questionne le devenir de structures, en l’occurrence économiques, créées collectivement et basées sur des valeurs communes qui peuvent parfois, en tombant entre les mains de quelques personnes, dévier de leur philosophie initiale. Les prochaines semaines vont être déterminantes quant à l’avenir d’Enargia.

Enbata

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9 réflexions sur « Que se passe-t-il réellement à Enargia ? »

  1. Egun on, je suis cliente d’Enargia et peinée de cette situation. Je ne connais pas personnellement les protagonistes de l’histoire, je lis les infos dans les médias. Mais je sais une chose : ce n’est jamais bon de cumuler des pouvoirs, des responsabilités, or c’est ce que semblent faire Patxi Bergara et aussi son père. Je trouve sa demande de rémunération exagérée. Évidemment s’il se compare aux PDG d’entreprises qui n’ont pas la même philosophie, on comprend. Mais c’est une entreprise collégiale et avec une éthique , qu’il dirige.Je comprends la position des salariés qui le soutiennent car il a l’intelligence de les augmenter aussi. Mais attention aux sirènes du pouvoir et de l’argent. Si je suis avec Enargia c’est parce que ce n’est pas une entreprise comme les autres.

    1. je partage aussi votre analyse. Et je pense que le fondateur de Herrikoa et de Sokoa penserait la meme chose. Ou est l’esprit militant? Ou est l’esprit de Mondragon? Ou est l’esprit de Patxi N.?

    1. Et non, Serge Haure ! on ne peut conclure ainsi, en quatre mots, en approuvant les analyses à charge, tant d’une tierce personne que celle de Enbata.
      Que je commence par dire que je suis plus ou moins très proche de certains des acteurs des deux points de vue qui s’opposent ici de façon suffisamment embrouillée pour qu’on me laisse le crédit de l’impartialité, si tant est qu’elle puisse exister.
      Enbata, qui se décharge sur Sud-Ouest !
      Cherchant un nom pour mieux qualifier le responsable actuel de cette publication, je suis parvenu sur Enbata.info, par « Accueil » et « Qui sommes-nous » sur le nom de Jakes Abeberry !!, (quatorze mois après son décès), dont je ne reconnais pas du tout, sur le fond ou sur la forme, sa qualité de réflexion et d’écriture dans le focus sur Enargia.
      Enbata a t’il changé à ce point ??, que Jakes, notre seul et véritable Penseur politique, ne s’y reconnaitrait plus !!
      Jakes que j’ai suivi sur Enbata, et plus personnellement à l’époque où il s’intéressait, tant pour les besoins du journal que par sa curiosité propre, à Eusko Alkartasuna.
      Paix à sa belle âme !
      J’ai eu beau par ailleurs lire le focus en essayant d’en déplacer les virgules de ponctuation pour séquencer autrement les phrases et, les interrogations étant distribuées là où elles le sont, je n’ai rien trouvé, à part le titre, qui pourrait être considéré comme un début d’intérêt à l’analyse qu’avancent les salariés.
      Rien sinon de la suspicion !.
      Celle qui transparaît, involontairement j’espère, dans le commentaire de Narzabal, que je trouve inconsidéré et particulièrement insultant, tant pour Patxi que pour ses co-salariés : « Je comprends la position des salariés qui le soutiennent car il a l’intelligence de les augmenter aussi. » Vous comprenez quoi Narzabal ? C’est flatteur pour qui, ça ?
      Moi qui ai vécu collatéralement l’acharnement qu’ils ont tous porté, partis de rien, à la structuration puis la réussite exceptionnelle de leur entreprise, qui ai même donné de temps à autre un conseil ou autre, je ne dis pas « chapeau ! » à de telles appréciations !!
      Quant à ces références à Patxi N., notre Penseur économique, fondateur de Herrikoa et de Sokoa, dont j’ai été longuement avec lui et le Président actuel de Sokoa, (adoubé à ce poste par Patxi N. lui-même, je le rappelle), l’un des administrateurs. Je ne tire de cette charge aucune gloire, aucune, mais bien, comme tous ceux qui l’ont ainsi accompagné de près, beaucoup, beaucoup d’honneur ; et je trouve véritablement ces références très regrettables : de quel droit outrepasser ainsi ses volontés ultimes de discrétion ??, oui, de quel droit ??. Qui se permet de le faire ??
      Regrettable aussi d’argumenter sur des comportements « déplorables », à partir de désaccords, d’une rumeur et d’un procès public hors du cadre légal, auxquels on participe soi-même de façon déplorable en prenant inconsidérément parti.
      Il se passe effectivement actuellement des choses éminemment interpellantes dans notre univers de militance en Iparralde, militance politique, on pourrait considérer cette diversité normale, quoique, mais militance économique, là, ça interroge.
      Qui d’entre nous, public, d’entre vous, juges peut-être trop crédules, sait vraiment quelque chose des composantes réelles de ce différent ??, le saura-t’on jamais.
      Irakurleeri, nere agur adeitsua.
      joxet

  2. Je déplore également le comportement d’un abertzale , qui recherche un profit personnel dans un projet collectif .

  3. Tripako mina eta buruko mina….!!!
    Berger retraité,j’ai connu par mon age…tout le mouvement « Hemen-Herrikoa »amplifié par tout le mouvement réellement « COOPERATIF » :Denek,Sokoa,Alki,Saloir collectif,GFAM Pays Basque,CUMA,Lurzaindia……Et j’en oublie bien d »autres…! J’ai des parts dans tous ces fleurons de l’économie basque.Et si je suis ignorant des grands principes de l’Economie je ne sais pas ce qu’impliquent un chiffre d’affaire,un rapport financier,les marges,la productivité et toutes ces notions économiques……Je connais une valeur qui ne pas être trahie :la CONFIANCE !!!
    Sinon, toute trahison retombe sur l’ensemble de tout le mouvement cooperatif…..Qu’est-ce que je fais de mes parts (plus ?) sociales…? Je les revends ? A qui ?

  4. Les vertueux d’un côté, les vilains profiteurs de l’autre. Le récit me paraît trop beau pour être vrai…
    Je note également que le rédacteur est anonyme, ce qui n’est pas très courageux de sa part et loin de la rigueur intellectuelle dont nous a habituée Enbata dont je suis une fidèle lectrice depuis 40 ans. Puisque certains font référence aux disparus : qu’en penserait Jakes ABEBERRY qui a toujours signé ses papiers ?
    Enfin deux questions : pourquoi le rédacteur qui dévoile en détail les aspects de la vie interne et confidentielle d’Enargia, passe sous silence :
    – La position du DG révoqué et celle des salariés d’Enargia
    – Et surtout le profil du nouveau DG d’Enargia (voir Linkedin), que voici :
    Actuellement marchand de biens (comme on les aime au pays basque !), gérant depuis 2003 d’une société immobilière dans le Var dénommée « Barracuda »,
    Anciennement officier pendant 12 ans dans les sous-marins nucléaires,
    Directeur du Centre hospitalier de Chauny en 2012, où il a procédé à des licenciements et suppressions de lits d’hôpital à la veille du Covid, réussissant l’exploit de se mettre à dos toutes les organisations syndicales (*) avant d’être viré à cause des dommages occasionnés,
    (*) voir l’article du journal Asines Nouvelles du 21 janvier 2014
    Et qui peut sincèrement croire que cette personne soit en phase avec les valeurs de la coopérative ?

  5. Puisqu’il s’agit de moi, je saisi cette occasion pour m’exprimer et surtout rectifier certaines choses qui circulent à mon propos.

    Au Centre Hospitalier (CH) de CHAUNY, je n’ai licencié personne mais j’ai réduit le nombre de lits MCO pour soulager les soignants. J’ai donc optimisé les organisations pour réduire la charge de travail.

    A la clinique de CHATELLERAULT, dépendant d’un groupe de clinique, j’ai effectivement licencié 4 personnes pour sauvegarder 120 postes après un 3ème exercice déficitaire qui aurait conduit l’entreprise à la liquidation sans mesure de sauvegarde. Effectivement une vingtaine de salariés sont partis car ils ont préféré trouver un emploi plus sûr.

    Je précise que sur ces deux établissements, je mettais en oeuvre des décisions prises en accord avec le Conseil de Surveillance du CH et du Président du Groupe de clinique, et dans tous les cas en lien avec les préconisations de l’ARS.

    Par ailleurs, je n’ai jamais été marchand de biens. Je gère des biens locatifs d’une SCI familiale comme cela peut se faire dans bon nombre de familles.

    Je vis à Baigorri dans la maison familiale dont j’ai hérité de mon père.

    J’ai accepté de mettre mes compétences au service de ceux qui défendent une vision participative, collégiale et transparente de la gouvernance de la coopérative ENARGIA. Cet engagement personnel fait écho à mes valeurs qui sont celles du fondateur des coopératives de Mondragon.

    C’est également, selon moi, le préalable au travail en faveur d’une souveraineté énergétique du territoire, ceci en donnant au corps au projet stratégique d’un véritable circuit court de l’énergie renouvelable en Pays Basque.

    1. Hallucinant.
      Peut-être pensez-vous avoir été clair, Monsieur, mais ce texte de votre réponse, à part ses mots techniques, peut être repris par n’importe qui, de très bonne ou très mauvaise foi, pour s’opposer à n’importe quelle thèse qui aurait été présentée juste avant.
      Et je pense même que les mots que vous utilisez peuvent être rangés dans un ordre différent pour dire une chose ou son contraire.
      En fait, ils ne disent rien de vous !
      Ne soyez pas meurtri par ma répartie car je n’ai aucune raison, ne vous connaissant toujours pas, aucune de raison de ne pas dire les choses en généralité et avec discrétion.
      Pour les dire encore autrement, je ne pense pas que vous ayez véritablement apaisé les craintes de notre ami Haritschelhar auquel je présente des excuses d’avoir pris sa place et que, de ce fait, j’autorise évidemment à contester ma position.
      joxet

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