
Txomin Hiriart-Urruty
Au soir du premier tour, mais aussi durant toute la campagne, une petite musique est constamment revenue de la part des candidats de tout bord, des Kanboars mais aussi, des réseaux sociaux : l’idée d’une alliance entre Peio Etxeleku et la liste de gauche Nahi Dugun Herria.
Certains argumentant que “les deux programmes étaient proches”, que “les deux listes étaient compatibles”, d’autres ne comprenant pas pourquoi il n’y avait pas une seule liste dès le premier tour face à une candidature qui faisait l’unanimité contre elle, mais aussi jusqu’à souhaiter “une union de la gauche au second tour”.
On ne peut nier le fait que chaque liste l’ait envisagée mais la configuration au soir du premier tour avec Peio Etxeleku en tête a modifié la donne. Nahi Dugun Herria et Peio Etxeleku avaient pour but premier de sortir Mr Devèze du pouvoir tant son absence et sa gestion du dossier Marienia ont alimenté une volonté de dégagisme à Kanbo.
Alors pourquoi Peio Etxeleku n’a pas tendu la main à Nahi Dugun Herria alors que les points communs étaient nombreux entre les deux listes? Le calcul de Peio Etxeleku a été le suivant : profiter du fait évident que personne de Nahi Dugun Herria ne se déporterait chez Deveze mais aussi capitaliser sur « la prime au vainqueur ». Ceci lui permettant de prendre la mairie sans devoir s’embarrasser d’alliés qui pourraient avoir un regard critique sur sa gestion de la mairie et ne le suivraient pas comme un troupeau.
Mais pourquoi tant de défiance ? Des éléments de réponse se trouvent du côté de la constitution de la liste et des différences sur le programme. Lors de la constitution de son équipe, la stratégie de Peio Etxeleku a été limpide et l’a lui-même expliqué à bon nombre de personnes. Il lui fallait des personnes de droite mais aussi de gauche pour pouvoir espérer toucher un électorat le plus large possible. Ce premier grand écart menant à la constitution d’un attelage hybride allant d’un ancien militant communiste à une personne de droite extrême, tout en passant par des personnes ayant été à Nahi Dugun Herria, posait un premier problème. Le « en même temps » que l’on connaît si bien ne pouvant pas être une option pour Nahi Dugun Herria, il lui aurait fallu se séparer de certaines personnes. Il n’y était sûrement pas prêt.
D’autre part les deux programmes sont clairement proches quand on voit que les thématiques de Peio Etxeleku sont celles largement développées par Nahi Dugun Herria depuis 12 ans. A ce titre on peut légitimement se demander si elles ne représentent pas une autre tactique politique. Si cela avait été le cas, s’allier à Nahi Dugun Herria aurait dû pousser Peio Etxeleku à appliquer tout le programme. Seul, il peut plus facilement faire l’impasse sur certains points.
Maintenant les kanboars doivent être conscients d’une chose, voter Peio Etxeleku c’est voter à droite. Il faut toujours avoir en tête qu’il est membre du PNV. Ce parti qui est très peu connu du grand public ce côté des Pyrénées est très puissant en Euskadi. Parti de « centre droit », il dirige quasiment sans discontinuer la communauté autonome depuis la fin du franquisme bien qu’en constant recul depuis quelques années notamment à cause de nombreux cas de corruption. Pourtant il est prêt à tout pour se maintenir au pouvoir et noue des alliances avec la droite espagnole, les socialistes espagnols et même localement avec la gauche radicale Podemos.
L’un des objectifs de Peio Etxeleku, outre d’assouvir son ambition personnelle, est de réussir à implanter le PNV ici. Il y a notamment œuvré en créant des sections locales et en ralliant diverses personnes mais le parti souffre cruellement d’un manque de base sociale. Prendre la mairie de Kanbo serait pour lui une manière de prouver que l’implantation du PNV en Iparralde est crédible.
Enfin, j’ai ici essayé d’apporter les lumières que je pouvais au débat politique en restant le plus factuel possible. Mon orientation politique n’est un mystère pour personne et je voudrais redire que je ne mets vraiment pas de signe d’égalité entre Etxeleku et Deveze, ce dernier représente pour moi tout ce qu’il y a de plus réactionnaire à Kanbo.
Certains critiqueront sûrement ce texte et je reste ouvert au débat. Seul l’avenir nous dira si je me suis fourvoyé ou non.

par