Récupérer notre pouvoir d’agir

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Jakes Bortayrou
Jakes Bortayrou
Employé dans l'enseignement du basque aux adultes, membre de BATERA et militant d'Abertzaleen Batasuna
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La crise actuelle dresse un bilan sans complaisance pour ce sujet. les systèmes politiques et économiques actuels. Au-delà des constats, il est désormais temps d’engager de nouvelles batailles à des échelles locales et globales.

Hormis ceux et celles qui ont connu la maladie ou un deuil proche et pour lesquelles la période est dramatique, pour tou·te·s les autres la situation est semblable en ce printemps 2020 : bombardé·e·s d’informations contradictoires et anxiogènes, submergé·e·s d’émotions négatives, de la peur à la rage, sermonné·e·s et infantilisé·e·s par un pouvoir désorienté, appauvri·e·s ou en voie de l’être après des semaines d’arrêt d’activités, épuisé·e·s par la surcharge de travail pour certain·e·s, supportant plus ou moins bien le cocon-carcan familial, nous sortons lessivé·e·s de cette période de confinement, faisant à reculons le “deuil” de nos fêtes estivales, de nos vacances programmées et de beaucoup de nos projets professionnels, associatifs ou autres, assimilant peu à peu l’ampleur des changements et des problèmes à venir.

Lutter collectivement contre le découragement ou le repli sur soi est la première urgence et pour cela, réfléchir, s’organiser et agir restent les recettes incontournables comme beaucoup l’ont déjà fait sur le terrain de la solidarité humaine, durant ces semaines au temps suspendu.

Les analyses de cette crise sanitaire comme un aspect de la crise globale du système capitaliste, ses causes et ses conséquences géopolitiques, écologiques, économiques et sociales sont amplement documentées et à la portée du plus grand nombre.

Les alertes sur les fuites en avant probables (“stratégie du choc”) ainsi que les appels à ne plus recommencer comme avant se multiplient.

Mais comment ne pas céder au sentiment d’impuissance face à l’ampleur de la tache ? Sortir du capitalisme, renverser les logiques du profit à tout prix, mettre à genoux les classes dominantes, certes, mais par où commencer ?

Essayons un classement.

D’abord différencier les court, moyen et long terme. Pas si simple d’ailleurs, car une crise comme celle-ci ouvre l’éventail des possibles et ce qui fin mars, paraissait impensable, trop radical, ne l’est plus aujourd’hui.

Reste que relocaliser les chaînes de production, reconvertir celle-ci et les millions d’emplois qui vont avec vers des objectifs socialement utiles et écologiquement acceptables, prendra du temps et nécessitera un énorme pouvoir d’agir des forces favorables au changement.

Autre bataille cruciale : ne pas différer mais accélérer la transition écologique dans la période qui s’ouvre. Les représentants du capitalisme mortifère se sont déjà exprimés sans vergogne à ce sujet et le gouvernement français n’a pour l’instant, imposé aucune condition au soutien accordé aux entreprises.

Troisième enjeu : l’articulation indispensable local-global au niveau territorial et micro-macro au niveau social. Les AMAPs autant que la fin des exportations de poulets subventionnés vers l’Afrique. Les monnaies complémentaires autant que la socialisation des banques et le contrôle du crédit. La relocalisation productive autant que le rapport de force sur chaque lieu de travail pour revoir quoi et comment produire.

Les urgences et les différents fronts de lutte à venir.

Sanitaire en premier, pour sauver des vies ici et ailleurs dans le monde. Masques, tests, traitements, vaccins : faire barrage à la marchandisation, imposer l’action publique sous contrôle citoyen et la coopération internationale contre les multinationales pharmaceutiques et tous les intérêts mercantiles. Des moyens tout de suite, plus que des applaudissements pour les services publics de santé gérés par les collectifs de soignant·e·s. Des conditions de sécurité à imposer par ceux et celles qui y travaillent, dans les écoles, les transports et tout lieu de travail.

Sur le front social, l’appauvrissement résultant des faillites et suppressions d’emplois à venir, impose une bataille pour un revenu garanti dans des modalités à définir et une diminution des dépenses incompressibles (loyers, transports…).

Au niveau économique, interdiction de tout soutien aux entreprises versant des dividendes, rachat et “monétisation” des dettes des États par la BCE.

Au chapitre des libertés, défense des droits démocratiques pour tou·te·s face, à la volonté de contrôle renforcé sur nos vies, au fichage accru, face à une police toute puissante au sein de laquelle les pires tares héritées du colonialisme reprennent force. Fermeture des centres de rétention, protection et régularisation des migrants. Libération plus large des prisonnier·es. Enfin, condition indispensable à tout le reste, au-delà de la pression pour une action résolue des pouvoirs publics, s’organiser et se mobiliser de façon autonome par rapport aux institutions et appareils d’État dans nos associations, collectifs de lutte, syndicats ou organisations politiques.

Peut-être faudra-t-il s’inspirer du processus du Forum social mondial des années 2000, et le réactiver à tous les niveaux : mondial, continental, national et local comme espaces de convergence, non pas tant pour discuter des multiples crises du système (on y est en plein dedans) mais pour définir des objectifs concrets à gagner, renforcer des coalitions, construire des rapports de force et engager des batailles.

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